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Pour en finir avec la « concurrence des mémoires »

Par rolpoup :: vendredi 23 février 2007 à 10:16 :: Mission et colonies


 



Pour en finir avec

la « concurrence des mémoires »





De la libération d’Auschwitz à Soweto et ailleurs


Deux années-tournant :
1945 et plus haut dans le temps, 1492.  

1945. La libération du camp d’Auschwitz marque l’abattement de tous les racismes, et dévoile en même temps dans l’anti-hébraïsme et l’anti-judaïsme une racine immémoriale de ce qui est devenu le racisme, en premier lieu le racisme antisémite et avec lui tous les racismes. Cette étape proprement dite remonte à l’époque de l’Espagne inquisitoriale, à la péninsule ibérique d’alors.

Jusqu’à présent on peut distinguer cinq temps principaux de l’antisémitisme, se superposant les uns aux autres en couches, sans s’annuler : 1) celui de l’Antiquité, à la racine de tous les autres, dénoncé dès le livre biblique de l’Exode, exécrant les juifs — inassimilables comme signes de l’Autre, le Tout Autre qui dérange ; 2) celui de la chrétienté, y ajoutant et l’idée de substitution de l’Église à Israël, et plus tard l’accusation de déicide ; 3) celui de l’islam, faisant fonctionner l’idée de substitution sur le mode de la « dhimmitude » — valant d’ailleurs aussi contre les chrétiens qui eux non plus ne s’assimilent pas —, avec ses glissements (comme l’invention de signes distinctifs que reprendra la chrétienté puis le IIIe Reich) ; 4) celui de la modernité développant dès l’Espagne de l’Inquisition et justifiant depuis l’ère des Lumières les thèses racialistes qui déboucheront sur l’antisémitisme raciste proprement dit — envisageant une inassimilabilité biologique ; 5) l’antisémitisme antisioniste, particulièrement subtil, puisque devant éviter la dénonciation d’antisémitisme postérieure à la Shoah.

C’est au moment où l’Inquisition « racialise », « ethnicise » l’anti-judaïsme, en attribuant au « sang juif » le fait que les marranes, ces juifs convertis au christianisme de force, ne pratiquent pas exactement le christianisme catholique comme on l’attend d’eux ; c’est à ce même moment que des navigateurs portugais, les premiers, vont ramener des côtes d’Afrique, à l’instar de leurs ennemis musulmans, des esclaves, d’abord quelques-uns, puis de plus en plus.
Auparavant, le 8 janvier 1454, le pape Nicolas V a publié une bulle autorisant par écrit le roi du Portugal et à travers lui, les autres souverains européens, à pratiquer massivement la traite et l’esclavage des Africains.


1492. Achèvement de la reconquista espagnole. Expulsion des juifs d’Espagne. 1492. Les navigateurs de la péninsule ibérique ont découvert l’Amérique. La réduction en esclavage des populations locales semble ne pas satisfaire l’exigence économique, d’où l’importation de populations d’Afrique en quantité de plus en plus industrielle.

Injustifiable religieusement et théologiquement. D’où la mise en place progressive d’une classification raciale — initiée en partie dans l’anti-judaïsme —, facilitée par la couleur de la peau ; où l'on invoque, par une mauvaise exégèse, le récit biblique de Noé et de Cham ; et où hélas le judaïsme, par l’autorité des textes de certains rabbins blancs, a contribué lui aussi au « noircissement » de Canaan qui justifierait la violence raciste contre les Noirs et qui retomberait, par ricochet, sur les juifs. Cette « exégèse » regrettable sera bientôt justifiée et entérinée par… les philosophes des Lumières, qui s’accordent à admettre la « hiérarchie des races » (cf. Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, PUF, 2002) — au sommet de laquelle trônent les Européens ! (On est loin du temps où Aristote sait encore que « l’Égypte est le berceau des Mathématiques » et que « les Égyptiens étaient excessivement noirs de peau » ou du temps où Hérodote, témoin oculaire, note que « les anciens Égyptiens ont la peau noire et crépus les cheveux. »)

Le point de désaccord entre philosophes des Lumières ne porte pas sur la question de la « hiérarchie des races » (ils sont d’accord en cela !), mais sur la question de savoir s’il y a « monogénisme » (une seule souche humaine à l’origine) : position allant de Buffon, maître en cela de la plupart des autres, à Kant inclus — ou « polygénisme » (plusieurs souches humaines à l’origine) : en tête des « polygénistes », Voltaire, buffonien comme ses confrères, mais trouvant que le maître est trop inféodé au récit biblique donnant une origine humaine unique. Pour lui, « il n’est permis qu’à un aveugle, de douter que les Blancs, les Nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Américains, soient des races entièrement différentes. » (Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, "Introduction", § 2, éd.
Garnier/Bordas, p. 6.) Cela dit, ils sont tout de même doués de raison : « ...des singes, des éléphants, des nègres, (...) semblent avoir tous quelque lueur d’une raison imparfaite » (Voltaire, Traité de métaphysique, 1739). Reste que « la race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre comme la race des épagneuls l’est des lévriers (...). On peut dire que si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est très inférieure. Ils ne sont pas capables d’une grande attention, ils combinent peu et ne paraissent faits ni pour les avantages, ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l’Afrique comme les éléphants et les singes ; ils se croient nés en Guinée pour être vendus aux Blancs et pour les servir. » (Voltaire, Essai sur les mœurs…, op. cit.)


Cela dit, les philosophes des Lumières sont contre l’esclavage, nous a-t-on enseigné sur les bancs de l’école. Voire !

Est-ce du fait de son « monogénisme » que Buffon semble être si… humain ? — :  « Quoique les Nègres aient peu d’esprit, ils ne laissent pas d’avoir beaucoup de sentiment, ils sont gais ou mélancoliques, laborieux ou fainéants, amis ou ennemis, selon la manière dont on les traite ; lorsqu’on les nourrit bien et qu’on ne les maltraite pas, ils sont contents, joyeux, prêts à tout faire, et la satisfaction de leur à âme est peinte sur leur visage ; mais quand on les traite mal, ils prennent le chagrin fort à cœur et périssent quelquefois de mélancolie : ils sont donc fort sensibles aux bienfaits et aux outrages, et ils portent une haine mortelle contre ceux qui les ont maltraités ». Etc. On pourrait multiplier ce genre de citations et autres horreurs…

L’ «humanisme» buffonien n’est sans doute pas le fait de son seul «monogénisme» puisque «polygéniste», Voltaire est réputé être abolitionniste, nonobstant ses actions dans quelque compagnie nantaise de trafic triangulaire…

Il n’est pas jusqu’à Hegel (qui n'est pas «polygéniste»)  et sa lignée, plus tard, pour confirmer encore cela, soutenant après d’autres un type d’options « abolitionnistes, à terme » ; Hegel qui soutien que « l’unique rapport essentiel que les nègres ont eu, et ont encore avec les Européens, est celui de l’esclavage. Les nègres n’y voient rien de blâmable. » (Hegel, La raison dans l’histoire, trad. fr., éd. 10/18, p.259.) D’où probablement l’absence de gêne de Hegel à s’enthousiasmer pour Napoléon — qui rétablit en 1802 l’esclavage, aboli en 1794 par la Révolution française sous la pression de Haïti, et rétablit le Code Noir émis une première fois par Louis XIV / Colbert en 1685, et durci par Louis XV, le roi bien-aimé des philosophes, sans qu’ils n’aient émis la moindre protestation ! Rétabli par Napoléon en 1802, il implique l’interdiction des mariages "mixtes" et de l'accès aux Noirs du territoire du pays des Droits de l’Homme !

Tous, dans la philosophie des Lumières, sont en principe contre l’esclavage "des Nègres" (certains, comme Montesquieu, avec humour — comme s’il y avait de quoi rire ! — : on connaît le fameux chapitre 5 du livre XV de L’Esprit des Lois, que l’on ne lit jamais jusqu’à la fin). Nombre d’entre eux estiment donc que les choses peuvent «évoluer», que les «races inférieures» peuvent être «éduquées» ; ceux-là préfigurent l’aile « progressiste » de la colonisation qui ne dira pas autre chose (cf. Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc, éd. Complexe, 2002) ! Aucun ne met clairement en doute la fameuse «hiérarchie des races» — à l’exception de ceux qui se refusent à classifier ainsi l’humanité : ainsi des protestants puritains et piétistes anglo-saxons, tels des quakers (cf. Louis Sala-Molins, op. cit., p. 265, n. 15), les premiers abolitionnistes effectifs, puis des méthodistes.

On pourrait multiplier les citations (cf. pour cela Louis Sala-Molins, op. cit.), qui contribuent hélas peut-être à expliquer le fait que l’Europe héritière des Lumières ait si mal résisté au racisme du XXe siècle, quand les juifs (que Voltaire estime à peu près autant que "les Nègres" — cf. son Essai sur les mœurs…, op. cit.) étaient censés « métisser sa pureté », qu’elle préservait par des voies qui s’appelleraient apartheid dans les colonies et ex-colonies jusqu’à la fin du XXe siècle. Était-elle convenablement armée intellectuellement pour résister efficacement contre Auschwitz, cette Europe, ainsi que notre pays, la France, qui ne peut plus que promettre «de ne jamais oublier ce qu’il n’a su empêcher» (J. Chirac, 25.01.05) ?

Et quand le racisme a été abattu en 1945, a-t-on été intellectuellement assez armé pour en saisir toutes les conséquences ? Ce qui a continué de se passer dans nos colonies permet d’en douter ; ce qui continue de se passer dans bien des attitudes, même officielles, et des discours, s’apparentant à ce qu’ailleurs on intitule à juste titre « révisionnisme » ou « négationnisme », permet d’en douter.

Et pourtant, c’est bien le racisme qui a été abattu en 1945. Le racisme antisémite en premier lieu, et tous les autres avec. Comme on conçoit un trouble devant le non-bombardement des lignes de chemin de fer menant à Auschwitz, on doit constater que l’apartheid a survécu 50 ans, dans des pays vainqueurs, comme l’Afrique du Sud, et la France a continué à considérer comme des non-citoyens, soumis éventuellement aux travaux forcés, pour ne rien dire de la chicotte, des populations entières de son Empire

Il est incontestablement insupportable que certains opposent parfois la douleur née du racisme anti-Noirs à celle née du racisme antisémite, l'un étant en outre probablement à la racine de l'autre, puis réciproquement. Il est tout aussi insupportable qu’on laisse passer — sans compter l’humour raciste que l’on est souvent forcé de supporter comme dans certaines grimaces simiesques censées devoir être prises au second degré ! —, des discours minimisant — fût-ce discrètement — le tort immense occasionné par les systèmes, esclavage, colonisation, néo-colonialisme, liés au racisme (ne trouve-t-on pas trace d’un tel discours minimisant depuis les manuels scolaires — fait montré et dénoncé par exemple dans le site http://perso.wanadoo.fr/yekrik.yekrak — jusqu’à certains ouvrages «négrologiques»… ?!) —, racisme pourtant abattu, il y a 60 ans, en 1945, de telle sorte qu’il ne peut plus être minimisé, non plus que ses conséquences ni la profondeur des abîmes qu’il a ouverts.

Mais les conséquences du souvenir de l’horreur totale d’Auschwitz peuvent-elles être toutes saisies ?


Esclavage, origines, conséquences

Le débat sur l’esclavage et ses suites semble heureusement relancé. Il y a besoin, urgent, de débloquer la parole sur le sujet.


Je suis dubitatif quant à bien des éléments de réponse proposés aux questions qui se posent — comme par exemple la réponse que suggère Laurent Lemire à la question «Pourquoi les Noirs ont-ils été les victimes du système?» («La vérité sur la traite des Noirs» — «Pourquoi les Noirs ont-ils été les victimes du système?» Nouvel Observateur n°2104, semaine du 03/03/2005 au 10/03/2005) : «résistance physique, notamment adaptation au milieu épidémiologique américain où sévissent la rougeole et la variole, force physique, faible coût, etc.»). Je propose, ci-dessous un élément d’explication lié au départ à la non-participation à un Empire unifié et puissant, et donc protecteur.

On a un exemple similaire antécédent : les Slaves. Voilà plusieurs peuples rassemblés sous un seul vocable : «les Slaves». Sans parler de leur culture, de leurs traditions, etc., qu’ont-ils de commun qui leur ait valu ce vocable ? D’avoir constitué à une époque antécédente un réservoir d’esclaves ! Latin slavus (= esclave) — devenu «Slave».

En bref, des raisons historiques vraisemblables en sont qu’ils ont accédé à une dimension de puissance impériale et à une religion d’Empire (qui scellait les structures impériales) plus tard que les autres. Les Empires, qu’ils soient arabes ou persans et de religion musulmane, ou romains et de religion chrétienne (mais aussi auparavant perse sassanide, etc.) protégeaient de fait ceux qui de par leur religion entraient dans leur sphère d’influence. L’institution de l’esclavage n’était contestée que de façon non radicale. Les réalités économiques voulant que… — les populations hors zones impériales, en clair celles des zones «païennes», peu unifiées et donc de faible puissance, étaient la proie des nécessités des Empires.

Le commerce des humains n’était considéré, les concernant, que comme moyennement dramatique. Premier réservoir, donc, les Slaves non-christianisés. Deuxième réservoir important, les Africains non-christianisés (les Éthiopiens en étaient en principe exclus par leur christianisme) — ou mutatis mutandis, non-islamisés.

La mémoire a des continuités redoutables. Le racisme nazi concernant les Slaves peut aisément s’enraciner dans cette mémoire enfouie ; les caractéristiques physiques des Slaves semblant plutôt difficiles à distinguer de celles des Germains. L’esclavage infériorise collectivement sa victime dans le regard du «maître».

Le tournant de 1492 a entériné la «biologisation», la «racialisation» des différences religieuses. L’Inquisition espagnole distinguait les chrétiens d’origine juive convertis bon gré mal gré, les «marranes» — convertis plutôt «mal gré»en l’occurrence — ; distingués par leur «sang», dont «le manque de pureté» (la limpieza de la sangre) expliquait le particularisme religieux. On l’a dit, 1492 voit non seulement l’expulsion des non-chrétiens d’Espagne, mais aussi la découverte de l’Amérique, où bientôt les nécessités économiques impliqueront l’usage abondant de réservoirs d’esclaves. Le «réservoir» slave est à cette époque «asséché» par la christianisation de ses zones.

Qu’à cela ne tienne, un autre «réservoir» païen subsiste, toujours fonctionnel pour les musulmans, le «réservoir» sub-saharien. La péninsule ibérique emboîtera le pas à son concurrent musulman.

Précisons qu’il n’est pas question de se hasarder à quelque uchronie, cette façon de jouer des «si» en histoire : «si» les choses s’étaient passées autrement les «Blancs» n’auraient pas eu les préjugés (qui n’ont pas complètement disparu) qu’ils ont eu et les «Noirs» n’auraient pas connu ce sort. Probablement, mais les choses se sont passées ainsi, dans un temps qui fut ce qu’il a été. (En regard de quoi devrait pouvoir, sans rien excuser, se désamorcer une des racines d’une amertume antillaise éventuelle à l’égard du continent africain :) N’oublions pas qu’alors, d’époque immémoriale, la vente des esclaves est un fait acquis, contesté par quasiment personne : c’est en général le sort des captifs de guerre. Sort habituel, d’où la participation de potentats africains à la vente d’autres Africains, comme auparavant ici et ailleurs à un niveau interne. Rien de très extraordinaire, n’était l’augmentation significative, consécutive à la «demande» (mondialisée…), entraînant l’augmentation artificielle du nombre des guerres dites tribales en vue du nombre de captifs «à vendre». (Un cycle encore souvent entretenu, mutatis mutandis, à notre époque. Qui ignore en effet l’appui des grandes sociétés occidentales, les sociétés françaises n'étant pas en reste, et des pouvoirs, à des dictatures, ou à des rebellions contre des démocraties ?)

Aspect non-prévu : la question «raciale». Puisque les puissances chrétiennes européennes ont jugé de leur devoir de baptiser leurs esclaves, se pose un nouveau problème, théologique : chrétiens, sont-ils encore esclaves ? La réponse économiquement fonctionnelle sera «raciale». La question «raciale» ayant déjà joué pour expliquer le christianisme particulier des chrétiens d’origine juive, les «marranes», elle reprendra du service en regard de la couleur de peau des esclaves d’origine africaine : c’est cette couleur précisément qui les marquera comme esclaves, indépendamment de leur religion — et les désignera, via leur infériorisation esclavagiste, comme «de race inférieure», cela, donc, jusque chez des philosophes des Lumières  (voir ci-dessus).

Effet non prévu par les potentats africains commerçant avec les Européens : ils ont la même couleur de peau que le «produit» qu’ils trafiquent. Ils seront dès lors à terme stigmatisés eux aussi comme «inférieurs». Et cela deviendra une habitude, comme pour les Slaves face aux Germains, et une habitude admise par les deux parties ! On est loin de l’Antiquité égyptienne noire, aux origines des développements de la civilisation du bassin méditerranéen ; on est loin aussi du respect médiéval de l’Éthiopie du mythique prêtre Jean…

Est née une vision hiérarchique des «races» quasiment inconsciente, qui anime même des meilleurs parmi les humanistes, notamment ceux qui sont parmi les initiateurs de la colonisation, poursuite «civilisatrice», sur place, du rapport noué à travers l’esclavage. (Avec, tout de même un résultat positif préalable pour l’humanité en général : la prise de conscience à travers l’énormité de cet esclavage-là, de l’illégitimité de tout esclavage.)

En attendant, les potentats locaux au service des «Blancs» poursuivront leurs relations, toujours hiérarchiques, qui subsisteront, pour n’être jamais dénoncées, même dans la décolonisation, sous la forme, concernant la France, de ce qui deviendra ce qui a été appelé Françafrique.

Une gestion hiérarchique à base redoutable, qui est aujourd’hui dénoncée par les Africains, que ce soit dans la crise franco-ivoirienne, dans la crise franco-togolaise, ou ailleurs déjà et bientôt, et de plus en plus.

À l’heure ou l’on s’interroge en Europe à juste titre sur les catastrophiques non-dits coloniaux qui hantent jusqu’aux manuels scolaires, dénoncer en même temps la façon dont les soubresauts de la libération produisent des effets désagréables, notamment pour les «Blancs», est contradictoire. Ou en d’autres termes, cela ressemble fort à l’attitude de colons humanistes qui auraient demandé un emploi plus modéré de la chicotte — en vue au fond de maintenir les choses en l’état !

Le temps d’une rupture, serait-elle provisoire, est en passe d’advenir avec la génération qui monte. Elle sera rendue inévitable par la perpétuation, souvent inconsciente, des attitudes «de colons», humanistes certes, attitudes issues des temps passés. On s’est penché à juste titre sur les crimes racistes intra-européens. On n’a pas encore vraiment regardé en face leurs effets coloniaux et post-coloniaux.

Ce déficit transpire en Afrique dans  divers symptômes.  Sans compter les moments carrément épouvantables. Ainsi l’armée française tuant en novembre 2004 à Abidjan plusieurs dizaines de civils, drame affreux en soi, et de plus souligné par le rôle catastrophique de sa communication avec sa «vingtaine» de morts concédés sans un mot de regret, et par le relais exécrable de ses médias laissant à penser que décidément une vie ne vaut pas une vie. Et tout cela offre aux Africains le signe — heureux finalement — que la liberté, leur liberté, inaliénable, ne saurait leur être octroyée par quelque ancien dominateur que ce soit.


Les religions face à l’esclavage

Autre question posée actuellement : «Les marchands juifs participent-ils à la traite atlantique?» (Nouvel Observateur, ibid.), si la réponse est évidemment globalement : non — pour les raisons que l’on va voir —, comme l’écrit Laurent Lemire (ibid.) à l’appui de l’article 1 du Code noir, est-il opportun de préciser : «A La Rochelle, Nantes et Bordeaux, de grandes familles protestantes ont en revanche prospéré grâce au commerce triangulaire» ? Non qu’il n’y ait pas un élément de vérité en cela. Mais : 1°) est-il opportun de lever la stigmatisation d’une minorité en en désignant une autre qui était loin d’avoir le monopole d’une pratique commune peu remise en cause (cela vaut naturellement dans toutes les religions d’alors et pour les protestants aussi bien que pour les juifs) ? 2°) Qu’en est-il du protestantisme «des familles protestantes» en question ? : 1685, date de la promulgation du Code noir est aussi la date de la révocation de l’Édit de Nantes. Les protestants qui veulent continuer à l’être doivent quitter le territoire, comme l’article 1 du Code noir requiert l’expulsion des juifs des colonies. 3°) Selon les articles 2 à 8 du même Code noir, «tous les esclaves (…) seront baptisés (...) dans la religion catholique» (art. 2) ; sera interdit «tout exercice public d’autre religion que la catholique» (art 3) ; «ne seront préposés aucuns commandeurs à la direction des nègres, qui ne fassent profession de la religion catholique (…)» (art. 4) ; suivent l’interdiction du trouble du culte catholique (de la part de ceux de la «religion prétendue réformée» - art. 5) l’obligation d’observation des fêtes catholiques (art. 5-7) et l’interdiction aux non-catholiques de «contracter (…) mariages» (art. 8). 4°) Si l’on ajoute à cela le fait qu’au-delà du protestantisme d’origine de certaines familles, le protestantisme pris au sérieux est à l’origine de l’abolition — : Lemire précise que c’est « sous l’impulsion des Quakers américains que l’abolitionnisme s’organise de manière plus efficace surtout en Angleterre: en 1807, le Parlement britannique interdit la traite» ; les quakers sont des protestants radicaux, auxquels il faudrait ajouter ces autres protestants exigeants que sont les méthodistes —, on est en droit de se demander si la précision concernant la minorité protestante persécutée dans ce passage disculpant à juste titre la minorité juive est vraiment opportune. Bref la pratique de la traite et de l’esclavage, et leur non-dénonciation claire, sont indépendantes de la religion d’appartenance et sont assez communément admises (ainsi dans son article «Colbert parlait de "meuble"», Marie Lemonnier regrette à juste titre «l’obscène silence des philosophes des Lumières» - cf. supra pour les philosophes)…

La pratique de la traite et de l’esclavage a été le fait des nations européennes et de leurs peuples, catholiques ou protestants ou autres, quand ils étaient tolérés, comme en Hollande pour les juifs. Les religions établies quelles qu’elles soient n’en ont pas empêché la pratique.

Mais en revanche, l’abolition n’est peut-être pas indépendante de la prise au sérieux de certaines exigences religieuses !

Un article de Gilles Manceron («L’exploitation raciste d’un crime contre l’humanité»Le Monde, 05.03.05), fournit un certain nombre de précisions utiles. Je le cite : «La traite a été organisée aux XVIIe et XVIIIe siècles à partir de tous les ports de mer français par le pouvoir royal, en particulier sous le règne de Louis XIV par le ministre Colbert, qui a confié la traite royale à des compagnies d’Etat et encouragé la traite privée par des primes aux négriers. Dans les colonies, terres de racisme et d’arbitraire, le premier article du Code noir de 1685... interdisait la présence des juifs (même si celle-ci y a été, en plusieurs lieux et époques, tolérée).
Il n’y a pas eu, si on considère l’ensemble des armateurs et des ports, une proportion importante d’armateurs juifs : on ne trouve guère qu’à Bordeaux, principal port négrier français au XVIIIe siècle, une minorité d’armateurs de traite juifs d’origine portugaise (environ 20 %).
Ce qui n’est pas le cas ailleurs, en particulier à Nantes, principal port français de traite au début du XIXe siècle, lors de l’apogée de ce trafic. Et aucun juif ne figurait parmi les capitaines de navires négriers (parmi lesquels, en revanche, on trouvait une proportion importante de Bretons...).
Des travaux récents ont conclu à l’influence de familles juives tolérées à Saint-Domingue sur un défenseur des droits des "libres de couleur" et adversaire de l’esclavage comme Julien Raimond, qui joua un rôle important à Paris dans la préparation de la première abolition de 1794. Et rappelons que c’est Napoléon qui, après la Révolution, a rétabli l’esclavage, lequel s’est poursuivi sous Charles X et Louis-Philippe jusqu’à son abolition en 1848 par un gouvernement républicain comprenant pour la première fois deux ministres juifs.»

Gilles Manceron nous rappelle donc que non-seulement aucune minorité n’était en pointe dans la pratique, mais qu’il y avait un monopole de l’État royal et colbertiste — auquel pouvaient participer des privés, parmi lesquels éventuellement, on le comprend, des descendants des minorités exclues. Mais donc, qu’en est-il du judaïsme des descendants de juifs portugais et du protestantisme des descendants de protestants qui participent à la traite royale ? L’article 1er du Code noir, on l' avu, interdit la présence des juifs dans les colonies (ils n’y sont donc, qu’exceptionnellement et très précairement tolérés). Les articles 2 à 8, on l'a vu aussi,  sont pour le moins restrictifs quant à la présence protestante ! Et 1685 (cf. supra), date de la promulgation du Code noir, est aussi la date de la révocation de l’Édit de Nantes. Les protestants officiellement n’existent plus, et ne sont donc plus tolérés comme ils l’étaient relativement dans le cadre de l’Édit de Nantes. Ceux qui s’obstinent à ne pas avoir disparu, les «opiniâtres», sont condamnés — les hommes aux galères, les femmes à la prison, les pasteurs à mort. Ceux qui le peuvent quittent donc le territoire, seul moyen, malgré que cela soit interdit, de subsister comme protestants. (Quant aux Bretons signalés par Manceron, rien d’extraordinaire qui soit à stigmatiser spécifiquement, on le comprend : ils sont forcément nombreux parmi les marins !)

… Et pourtant, pour en rester aux minorités, les unes comme les autres ne remettent pas beaucoup en cause, au plan théorique (non plus que les catholiques majoritaires), une pratique à laquelle elles ont naturellement peu part du fait de l’ostracisme dont elles sont victimes.

Et le fait que les philosophes les Lumières eux non plus ne fassent indubitablement pas grand bruit (leur «silence obscène») — le tremblement de terre de Lisbonne les bouleverse manifestement bien plus — laisse à penser que tout cela s’est passé sans grand trouble : on faisait avec, et on dormait quand même, quelle que soit sa religion ou sa non-religion (et il ne faut pas négliger non plus la réalité d’une traite musulmane — que le dossier du Nouvel Observateur note aussi — qui n’est, jusqu’à aujourd’hui, pas toujours abolie – par ex., entre autres, au Soudan). À ce point, dans un premier temps, la question religieuse avait joué plutôt comme protection des bénéficiaires d’une religion universalisée (en gros les «monothéismes»), au déficit des autres, les «païens», «razziables» parce que moins protégés (comme les Slaves avant les Africains) — le racisme advenant a posteriori.

Ici, concernant ce qui se dit chez les philosophes, on va (peut-être malgré soi ?) jusqu’à conforter objectivement le fait ! — notamment dans la lignée de Buffon, assez généralement reçu, et de sa hiérarchie des races, qui donne à l’esclavage une base raciste étayée, avec une argumentation que la pratique n’avait pas reçue auparavant.

Tout cela jusqu’à ce que les consciences pointilleuses (sur lesquelles on ironise) des protestants puritains et autres piétistes (quakers et méthodistes en tête) anglo-saxons, ou les troubles dont témoigne le cahier de doléances de Champagney, en Haute Saône, ne viennent aiguillonner cette «douce» torpeur, et ne rejoignent les actes de révolte des «marrons», qui déboucheront bientôt sur l’indépendance de Haïti via le décret d’abolition par la Convention, de 1794, remis en question en 1802 par Napoléon — tandis que la seconde abolition française, celle de 1848, inclura le remboursement des ex-propriétaires pour la perte de leurs meubles !

Troublant tout cela, mais c’est de là que l’on vient. Bref, nul n’a à pavoiser pour un silence qui porte des échos jusque dans les silences d’aujourd’hui face aux crimes néo-coloniaux… Silence que l’Histoire risquerait de nous reprocher à notre tour.


Toussaint-Louverture

Toussaint-Louverture François Dominique (1743-1803), général et homme politique haïtien, chef du mouvement d’indépendance de l’île. Fils d’esclaves, de son vrai nom François Dominique Toussaint ou Toussaint Bréda. Né esclave le 20 mai 1743, près de la ville de Cap-François (actuel Cap-Haïtien) à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), Toussaint-Louverture est déjà affranchi en 1776 et a déjà lui-même affranchi un esclave noir. Lorsque la Révolution française éclate, toutes les classes sociales de Saint-Domingue exultent et espèrent tirer avantage de la situation. Des Droits de l’Homme, proclamés en août 1789, tous en France n’ont pas forcément saisi ces implications-là, malgré les Amis des Noirs comme Condorcet ou l’Abbé Grégoire.

Dans les colonies, l’article Premier de la Déclaration de 1789 a pourtant fait écho : « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en Droit » — tous les Hommes. Toussaint Louverture représente comme un premier germe pour « la Ruse de la raison » dans l’Histoire qui verra advenir toutes les conséquences, universelles, de ce qui s’est proclamé là ! Des conséquences qui eussent pu surprendre les proclamateurs. Tous les hommes, quelle que soit la couleur de leur peau. Et de là, même, tous les… Hommes, quel que soit leur sexe — ce que n’avaient pas forcément conçu non plus les proclamateurs ! De cela aussi la révolte haïtienne est dès lors signe avant coureur. La moitié féminine de l’Humanité n’accèdera en France au droit de vote en France qu’en 1945 ! Tandis que les « indigènes » des colonies n’y accèderont jamais — avant leur indépendance !

Toussaint-Louverture, donc, organise en 1791 un mouvement de révolte des Noirs contre les planteurs de Saint-Domingue et doit son surnom de Louverture aux brèches qu’il ouvrait parmi ses ennemis. Le 29 août 1793, le Commissaire Sonthonax, menacé de toute part, proclame la libération des esclaves dans la colonie afin de rallier les populations noires à l’idéal révolutionnaire.

Sous la pression de ce mouvement, la France révolutionnaire abolira l’esclavage. La Convention vote l’abolition de l’esclavage le 4 février 1794 et le 25 juin suivant, Toussaint Louverture rejoint avec ses troupes le général en chef Laveaux.

Ce qui permet aux Français à repousser l’invasion hispano-britannique. Ayant délivré le général Levaux assiégé dans Port-de-Paix, il sera nommé général en chef des armées françaises de Saint Domingue — le 1er septembre 1797 ; il installe progressivement un "pouvoir noir" sur la colonie. Avec l’adoption de la Constitution coloniale le 8 juillet 1801, Toussaint Louverture prend le titre de gouverneur général à vie. Il entreprend alors de réorganiser le gouvernement de Saint-Domingue et se montre bon administrateur.

Mais dès lors, Napoléon Bonaparte s’oppose à lui. Il envoie une forte expédition militaire qui débarque dans l’île en février 1802 sous le commandement de son beau-frère, le général Charles Victor Emmanuel Leclerc, pour rétablir le pouvoir français — au prix de quelles exactions ! Les troupes haïtiennes sont repoussées et Toussaint présente sa démission. Il est vaincu, capturé et accusé de conspiration.

Arrêté le 7 juin 1802, Toussaint est transporté immédiatement à bord d’un bateau qui fait route vers la France. Un arrêté des Consuls en date du 4 thermidor an 10 (23 juillet 1802) ordonne son transfert et son internement au Fort de Joux, dans le Jura. Il arrive dans la forteresse de Joux le 23 août 1802. Après la visite réglementaire chez le commandant de la place, il est conduit dans sa cellule. Celui que l’on surnommera le Précurseur meurt l’année suivante.

Dès 1801 avait été prise la décision de rétablir l’esclavage. La loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) décrète de la maintien de l’esclavage dans les colonies rendues à la France. L’indépendance d’Haïti est proclamée le 1er janvier 1804 au nom des Principes de la Révolution française.

La France devra attendra 1848 pour abolir l’esclavage — précédée par ses ennemis anglais abolissant la traite dès 1807 et imposant cette abolition à la France napoléonienne vaincue, au Traité de Vienne en 1815. La France révolutionnaire aurait pu faire figure de précurseur avec son abolition de 1794, précédée alors seulement des États américains du Vermont (1777), de la Pennsylvanie — sous la pression des quakers (1780), et le Royaume du Danemark (1792).

Tant que l’universalité de la liberté en Droit reconnue en 1789 ne sera pas advenue, l’Histoire mènera son combat. Elle le mène actuellement en Afrique. Propos du président ivoirien Laurent Gbagbo : « l’Afrique devra faire sa Révolution de 1789 en présence d’Amnesty International ». Ce sera donc laborieux, et moins violent, heureusement, plus conforme au contenu du principe universel proclamé en 1789.

Si l’Histoire est le processus de l’avènement de la liberté universelle (Hegel), procédant depuis la liberté du seul despote oriental de l’Antiquité, via la liberté de quelques-uns des époques grecque et romaine, jusqu’à la liberté de tous initiée par le christianisme et proclamée par la Révolution, toutes les potentialités de cet avènement ou de sa proclamation, dont sont porteuses à tour de rôle diverses nations, sont loin d’être advenues. Si chaque étape de ce développement procède dans un premier temps comme un germe au cœur de l’étape antérieure en déshérence, comme le christianisme naissant au cœur de l’Empire romain sur sa fin (qu’il ignore), le personnage de Toussaint-Louverture ne porte-t-il pas une signification déterminante dans l’avènement des potentialités de liberté universelle de la Révolution française, dont une part décisive éclot sous nos yeux dans l’Histoire de l’Afrique d’aujourd’hui contre l’opposition de la culture antécédente qui en a porté la promesse ?


Certes, on ne va pas proposer de rêver un rêve dont le débouché est sans doute hors l’histoire, qui n’aboutit malgré sa « ruse », celle de la « Raison » censée la conduire, qu’à des recommencements et des désillusions. La clef en est cachée en Dieu. Sachant cela, et du fait de cela, il n’est pas interdit de tenter un quotidien plus apaisé…


Concurrence des mémoires ?

Faut-il opposer souffrance à souffrance, racisme à racisme — où il n’y a place au contraire que pour de la solidarité ? Pourquoi deux racismes qui ont la même racine malsaine, qui n’en font au fond qu’un, ne pourraient-ils pas être combattus ensemble partout où ils se présentent ?

Et c’est pourtant possible, que l’on sache ! Deux exemples :

Martin Luther King :
"quand les gens critiquent les Sionistes, ils parlent des juifs. Votre propos est antisémite" / "When people criticize Zionists, they mean Jews, You are talking anti-Semitism." (extrait de "The Socialism of Fools: The Left, the Jews and Israel" / Le Socialisme des imbéciles: la Gauche, les Juifs et Israël, by Seymour Martin Lipset; in Encounter magazine, December 1969, p. 24).

Aucune raison qu’une telle parole du pasteur Martin Luther King ne puisse pas être assumée aussi par un Arabe. Je pense à ce vieil ami tunisien disant sa certitude que la revendication juive de la terre israélienne aurait pu être assumée de la part du monde arabe comme don d’hospitalité d’un peuple, palestinien, en droit de terre lui aussi.

Et deuxième exemple, plus récemment, qui n’est pas d’un héros et martyr comme Martin Luther King, certes, mais qui ne manque pas de signification pour autant : Steven Spielberg, qui s’est attaché à faire mémoire de la Shoah avec "La liste de Schindler", en 1993, a produit aussi, en 1997, un film peut-être moins connu, me semble-t-il, mais remarquable, dénonçant la traite esclavagiste, "Amistad".

L’un devrait-il s’opposer à l’autre ?!

Un livre récent, d’Olivier Le Cour Grandmaison (Coloniser exterminer, éd. Fayard), permet de repérer les recoupements, les entremêlements incontestables des dérives possibles entre les crimes produits par l’idéologie coloniale et l’idéologie nazie ! — c’est hélas ainsi : la chose est bien étayée — sous le terme alors admis d’ «extermination». Tout cela dévoile un abîme de mémoire quoi n’est pas prêt d’être levé ! Et qui est lourd de potentialités explosives. L’entremêlement des racismes depuis le XVe jusqu’au XXe siècle est inextricable, qui rend bien légère l’expression récente de «racisme anti-Blancs» !

Les nazis ne reprochaient-ils pas aux juifs de «métisser» la «race aryenne blanche», les juifs qui étaient «métissés» eux-mêmes, mêlés de ce «sang inférieur» qui coulait dans les colonies ? Le génocide juif (l’épouvantable débouché, plutôt que surgissement ex-nihilo, d’un processus dont a participé aussi l’idéologie coloniale) n’a-t-il pas eu un de ses «laboratoires» dans le projet d’ «extermination», aujourd’hui reconnu comme génocide, des Hereros dans la colonie allemande de Namibie (premier génocide du XXe siècle) ? Le comportement des Allemands en Namibie qui a vu une telle dérive était-il très original par rapport au comportement des autres colonisateurs dont les Français ? La déhumanisation qui caractérise la Shoah n'a-t-elle pas des racines dans la déhumanisation des esclaves qui allait jusqu'à leur refuser leur mémoire ? — : les déportations supposaient un brassage rendant impossible la communication dans les langues d'Afrique, on voulait même une éradication des origines allant jusqu'à l'effacement et au remplacement du nom !...

Reste un fait gênant pour tous, qui disqualifie définitivement la thèse d’une concurrence des mémoires : l’entremêlement des racismes depuis le XVe jusqu’au XXe siècle est inextricable.



R.P.



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