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Relations franco-africaines...

Par rolpoup :: dimanche 25 février 2007 à 9:09 :: Mission et colonies








Relations franco-africaines :

que sait-on de nos colonies ?





Ceci est une présentation, en forme d’introduction à quelques livres brefs (signalés par le symbole * renvoyant aux références complètes en fin d’article), en vue d’aborder la complexe crise franco-ivoirienne pour ce qu’elle est : la pointe émergée de la crise franco-africaine, ou même euro- ou occidentalo-africaine qui marquera plus qu’on ne croit ce début de XXIe siècle. Je parle d’emblée de crise franco-ivoirienne, pour donner l’appellation qui convient à la crise apparue en Côte d’Ivoire en 1999. Crise qui s’est avérée depuis 2003, avec Marcoussis, et surtout depuis 2004 avec la guerre «des six jours» d’Abidjan, être une crise franco-ivoirienne, et être compréhensible seulement comme telle.

Ce qui n’empêche pas que la résolution de cette crise sera d’abord proprement ivoirienne, lorsque l’acteur ex-colonial se sera effacé — pour laisser la nation ivoirienne, et l’Afrique avec elle, à son propre débat interne — certes dans le cadre de la «mondialisation» et de la communication mondialisée.

La non-énonciation de la dimension franco-ivoirienne de la crise dite ivoirienne la rend incompréhensible et dès lors plus difficilement soluble. À simple titre d’illustration, le nom du pays, que ses dirigeants successifs ont eu la sagesse politique et historique de ne pas changer (on sait combien le changement de nom de quelques pays africains lors de la décolonisation n’a eu aucun impact, loin s’en faut, quant à leur indépendance réelle) : assumer le nom reçu de l’histoire, de la longue histoire qui passe par la colonisation — c’est particulièrement évident pour le nom «Côte d’Ivoire» — peut être un préalable pour assumer cette histoire. Le rejeter ne garantit en aucun cas une meilleure capacité à digérer cette histoire trop souvent indigeste !

L’histoire des relations euro-africaines — dont font naturellement partie les relations franco-africaines — remonte au XVe siècle, et se développe dans le cadre du trafic esclavagiste, qui s’autorise pour les Européens de la mise en place d’une idéologie particulière. Comprendre cela permet de comprendre la spécificité de l’esclavage moderne et du trafic triangulaire, qui sous cet angle, n’a rien à voir avec l’esclavage traditionnel pratiqué sous toutes les latitudes et continents. L’esclavage moderne, du fait de son fondement idéologique original, est inassimilable à la «traite interne», contrairement à ce que tente de dire un certain révisionnisme institutionnel.

Et l’idéologie qui s’est mise en place alors est devenue un des fondements de la pensée des Lumières, hélas. Il s’agit de l’idée, du mythe, de la «hiérarchie des "races"». Rappeler et affirmer cela, notamment en parlant de la philosophie des Lumières, c’est heurter de front un tabou, mettre en cause un des piliers les plus sacrés de la civilisation européenne et moderne. D’où la difficulté. D’où l’opposition que rencontrent des livres comme celui de Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan * ou celui de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche *. Ces deux livres offrent pourtant un point de départ incontournable — et sans lequel on risque fort de ne rien comprendre.

Ce fondement idéologique est celui sur lequel, en parallèle avec, et après l’abolition de l’esclavage, s’établira le système colonial, reposant à son tour sur le même mythe de la «hiérarchie des "races"» et qui n’a alors pas été remis en question. Ce que montrent de façon très claire, pour la France, des livres comme celui de Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc * ou celui de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard & Françoise Vergès, La République coloniale *.

Or, c’est cette même mythologie qui fondera le nazisme, nazisme qui en importera les effets au cœur de l’Europe (voir
ici aussi le livre de Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche *). C’est à ce point qu’apparaît le cœur du tabou qui rend cette histoire difficile à démêler : la Shoah. Il est indubitable que la Shoah porte une spécificité irréductible, radicalement irréductible, pas même comparable à l’horreur des déportations esclavagistes. Quelque chose d’unique a eu lieu : la volonté et la mise en place des moyens de la destruction systématique et totale d’un peuple — dévoilés : d'où l'importance symbolique de la date du 27 janvier 1945, celle de la découverte du camp d'Auschwitz au jour de sa libération. Cela n’avait pas eu lieu de telle sorte avant.

Cette irréductibilité relève de la métaphysique (on a parlé de mal absolu). Ce constat conduit hélas souvent à une dérive : celle qui va de l’irréductibilité métaphysique indubitable à l’idée qui y serait liée, d’inaccessibilité quasi-totale à l’investigation historique. Cela renvoie naturellement à la dimension sacrée — ce sacré inversé en forme de «plus jamais ça» qui est devenu un des fondements centraux de l’Europe — de l’abîme du mal dévoilé par la Shoah. N’oublions pas que cela a obligé l’Europe à refonder la philosophie, et même la théologie : qui ne sait pas qu’il y a un autre concept de Dieu après Auschwitz, selon le titre du livre de Hans Jonas * ?

C’est là que se glisse l’erreur qui fonde les dérapages vers les débats sur l’idée d’une «concurrence des mémoires» : le sacré, et ce sacré-là aussi, a tendance à déborder sur l’histoire — on parle bien d’ «histoire sainte» — bloquant donc, ou mettant de… sacrés obstacles à l’investigation historique. Cela d’autant plus qu’on redoute à juste titre les pseudo-historiens qui, sous prétexte d’accessibilité à l’investigation historique, se font fort de nier les faits historiques et les sources qui les attestent : j’ai nommé le courant qui prétendant procéder à une révision de l’Histoire a été intitulé révisionniste, et n’est que négationniste.

Ce même tabou, le glissement de la catégorie métaphysique du sacré à l’histoire, a joué dans la tentative, qui a failli réussir, d’instaurer la fameuse loi — désormais non-loi — du 23 février 2005, participant en même temps du révisionnisme institutionnel qui appuie tel livre sur l’esclavage du prix du Sénat, tel autre sur l’Afrique du prix des lecteurs de France Télévision, et qui préfère retenir de la présence française outremer le bitumage des routes plutôt que son fondement hiérarchique comme République coloniale.

Tout cela s’autorisant donc aussi de ce que cela prétend combattre, à savoir la fameuse «concurrence des mémoires» fondant une certaine relecture populaire qui se bâtit autour de l’abîme de la Shoah, et qui en déplace l’indicible. Ce sacré nouveau, paradoxalement, n’exclut pas l’anti-sémitisme, puisqu’il crée une catégorie abstraite de juifs qui relègue les juifs réels qui n’y correspondent pas à la nudité de leur humanité — dont on risque en permanence de se venger puisqu’ils ne correspondent pas à l’abstraction sacrale qu’on voudrait projeter sur eux. Se met en place quelque chose qui ressemble à une sorte d’assomption de la Shoah dans une sphère j’allais dire «extra-terrestre», en ce sens que l’irréductibilité métaphysique rejoignant une indicibilité historique, on se rend incapable de déceler les racines qui ont conduit à cet abîme.

Or les racines sont bel et bien celles-là mêmes qui ont fondé idéologiquement l’esclavage moderne et la colonisation, à savoir le mythe de la «hiérarchie des "races"». Il n’y a qu’à comparer, puisque c’est la même langue, le vocabulaire de l’Allemagne de la Shoah avec celui du 1er génocide reconnu du XXe siècle (depuis 2004 — avant c’était celui des Arméniens), celui des Hereros dans la colonie allemande de Namibie.

Ce mythe s’enracine dans la péninsule ibérique du XVe siècle, qui doutait de l’humanité des «Indiens» et se voyait autoriser (jusque par la voix du pape — Nicolas V) l’esclavage des noirs en fonction de la couleur de leur peau au moment où l’Inquisition «racialisait» l’anti-sémitisme (la limpieza de la sangre
la pureté du sang).

Où le révisionnisme aussi plonge ses racines dans un passé plus ancien que prévu (cf. Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire *). Et le risque de se venger de juifs qui ne correspondent pas à l’abstraction sacrale qu’on voudrait projeter sur eux vaut aussi pour les noirs, dont on a grand peine à supporter l’insupportable humanité : on les veut saints et parfaits pour soutenir leur cause. Ils deviennent exécrables, et sont exécrés, dès qu’ils s’avèrent aussi humains que les autres humains.

Le mythe de la
«hiérarchie des "races"» a été détruit en principe en 1945 avec l’abattement du nazisme, mais ses reliquats n’ont nullement disparu comme fondement métaphysique y compris de la civilisation des vainqueurs. Pensez que l’Afrique du Sud de l’apartheid est parmi les vainqueurs. Mais sans aller jusqu’à s’arrêter à ce cas extrême et trop facile, puisqu’il dédouane les autres, il n’est aucun des pays qui ait conservé des colonies après 1945, France incluse évidemment, qui n’ait conservé ce fondement de son Empire qui venait d’être abattu en Europe suite au dévoilement de son aboutissement innommable.

Nous voilà donc au cœur de la contradiction qui rend si complexe la crise euro-africaine, dont la crise franco-ivoirienne de ce début de XXIe siècle est le dévoilement criant : l’Europe, France incluse, a désormais comme fondement sacral essentiel la Shoah, métaphysiquement irréductible, comme radical «plus jamais ça». Or la Shoah est l’aboutissement, basculement en mal absolu, d’une idéologie qui est au cœur d’un des piliers, et même du pilier essentiel — cet autre fondement sacral, la pensée des Lumières — de l’universalisme européen, et particulièrement français. Le livre de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard & Françoise Vergès, La République coloniale *, montre à quel point le projet universaliste de la République a pour pendant exact le projet colonial ! Or, cela a conduit à l’abîme dont on reconnaît à juste titre l’irréductibilité qui fonde le «plus jamais ça» de notre «nouvelle» sacralité fondatrice.

Car il se trouve que le moteur idéologique d’un Empire (français et européen) qui n’a pas disparu en 1945, a continué à tourner, autorisant les massacres coloniaux des années 1950-1960 — que dévoilent à satiété les livres de Verschave * et qu’énumère en résumé (en remontant à l’Ancien Régime), le Calendrier des crimes de la France outre-mer de Jacques Morel *.

Verschave, dans La Françafrique, le plus long scandale de la République *, a de même abondamment montré que la décolonisation politique officielle des années 60 n’a en aucun cas abattu ce fondement caché de la relation franco-africaine — françafricaine, selon le terme désormais consacré.

C’est ainsi que c’est cette même idéologie qui lie indissolublement l’Europe au génocide rwandais, et nous interdit définitivement de nous en laver les mains sous prétexte, comme on le lit jusque dans les meilleurs journaux de gauche, révisionnistes quand même, que nous ne tenions pas les machettes. Ce qui revient à disculper les idéologues nazis Rosenberg ou Goebbels (cf. Philippe Lacoue-Labarthe & Jean-Luc Nancy, Le mythe nazi *) de la Shoah sous prétexte qu’ils n’ont jamais ouvert un bidon de zyklon B ! Avant les machettes, c’est l’idéologie qui a tué, et l’idéologie en question relève bel et bien du mythe européen et «scientifique» de la
«hiérarchie des "races"» — encore et toujours — enseigné génération après génération au Rwanda sous sa forme localement adaptée (cf. le livre de Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide *).

D’où le fourvoiement gravissime des médias français qui ont appuyé du début jusqu’à la fin le pouvoir génocidaire du Rwanda (cf. J.-Paul Gouteux, Le Monde, un contre-pouvoir ? *). Idéologiquement incapables de sortir du schéma ethnique.

Et c’est là qu’on parvient à la dernière crise coloniale à ce jour, la crise franco-ivoirienne.

*

La crise franco-ivoirienne commence par ce que j’appellerai un enfermement médiatique français — et en général plus largement occidental — dans des positions qui s’avèrent à présent de plus en plus intenables.

Cet enfermement trouve des fondements dans quelques erreurs d’interprétation de départ liées à l’idéologie mal dévoilée dont j’ai parlé. Et comme ceux qui font la parole médiatique sont humains, ils font preuve, et c’est humain, d’une terrible difficulté à admettre qu’ils se sont si lourdement égarés.

D’où les silences gênés concernant les procès en diffamation perdus par Le Monde, Paris-Match, etc. — dont le plus fameux est la condamnation du Monde pour la divulgation, avérée mensongère, de l’histoire des «escadrons de la mort de Gbagbo» — illustration parfaite, hélas, du fameux et historique «calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose» — attribué à Goebbels.

L’exemple le plus criant de cela concerne évidemment tout ce qui a tourné autour du «fameux» concept d’ «ivoirité».

La dérive hystérique — n’ayons pas peur des mots — des médias français et du pouvoir français qui les a suivis trouve une de ses sources dans l’effet Rwanda. J’en ai rappelé quelques données.

On sait donc que le rôle de la France à l’occasion du génocide rwandais a posé beaucoup de questions (et je ne parle pas ici de l’aspect des choses souvent évoqué, lié à la dimension stratégique dans la concurrence franco-anglo-saxonne). Quoi qu’il en soit des faits, quoi qu’il en soit du degré de responsabilité du pouvoir français, reste qu’il est mis sérieusement en question, y compris au niveau pénal international.

Il est surtout avéré, donc, je l’ai dit, que les médias français, et notamment Le Monde, ou Libération, ont joué concernant le génocide rwandais, un rôle catastrophique — comme l’a montré dans Le Monde, un contre-pouvoir ?, Jean-Paul Gouteux *, récemment décédé. Il a gagné définitivement, avant sa mort, tous ses procès contre Le Monde, jusqu’en cassation.

Or voilà que, même pas une décennie après le génocide rwandais, après ce qui a épouvanté le monde et en quoi les médias français ont joué un rôle épouvantable — voilà que germe, en 1999, en Côte d’Ivoire, une crise autour de la question de la nationalité d’un candidat à l’élection présidentielle, appuyé par le FMI, mais inéligible du fait des conditions de nationalité prévues par la constitution. A.D. Ouattara, puisque c’est lui, fait valoir à Paris que c’est son origine nordique, et surtout musulmane, qui fait obstacle à sa candidature.

Si l’argument suscite l’incompréhension en Côte d’Ivoire, où l'on prend tout juste la peine d’y répondre (un musulman, Ouattara himself, y a même été Premier ministre — ce qui ne le rend pas éligible à la Présidence), en France (où il est à peu près inconcevable qu’un musulman soit Premier ministre), l’argument fait mouche. À partir de ce moment, la France, par la voix de ses médias, choisira l’ingérence directe, décrétant illégitime une telle inéligibilité.

Où l’on assiste en même temps à ce paradoxe qui veut que la prétention universaliste d’une République coloniale fondée sur la
«hiérarchie des "races"» s’autorise désormais d’une prétention à combattre le racisme supposé des autres ! (Ce qui n’est jamais qu’une reprise actualisée du mythe de la République universaliste combattant les «ethnismes».)

Cela sur le mode de la pensée analogique : le Rwanda, on vient de l’évoquer, n’est pas loin. Et qu’importe si la situation n’a rien de comparable. Le Rwanda est à trois mille kilomètres de la Côte d’Ivoire, mais les habitants des deux pays sont noirs : cela suffit dans l’imaginaire européen à mettre en branle la pensée analogique, sur le mode «l’Afrique c’est les tribus et les problèmes ethniques», vieux réflexe de l’idéologie coloniale — signe supplémentaire qu’elle n’a jamais été éradiquée.

Et qu’importe s’il n’y a au Rwanda qu’une seule ethnie, dont l’ethnographie européenne du temps colonial en a fait deux (cf. Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide *). Qu’importe si en Côte d’Ivoire elles sont nombreuses, trop nombreuses pour qu’une minorité telle que les Tutsis au Rwanda puisse subir un génocide de la part d’une tribu suffisamment plus importante en nombre que les autres. Qu’importe cela et d’autres faits innombrables ! En une France tétanisée par ce qui s'est passé il y a peu au Rwanda, et qui veut "éviter de reproduire la même chose", la pensée analogique s’est mise en branle : les «ivoiritaires» sont en passe de perpétrer un nouveau Rwanda en Côte d’Ivoire contre les «musulmans du Nord», nouveaux Tutsis.

Il n’est pas jusqu’à un film qui ne soit produit, s’attachant à démontrer «le parallèle rwandais», qui circule sous le manteau — diffusé par une ONG auto-intitulée «prévention génocide» dirigée par un sociologue belge, Benoît Scheuer (la Belgique, ancien colon, partage naturellement le malaise français sur la Rwanda). Le film : Côte d’Ivoire, poudrière identitaire, fera un tabac dans les milieux français échaudés par le Rwanda, appuyant un peu plus le réflexe de la pensée analogique. Il fera un flop en Côte d’Ivoire, où il a suffi de le sortir de sous le manteau et de le diffuser en prime time à la télévision nationale pour en démonter la «démonstration».

Il n’empêche qu’en Europe, la mythologie analogique et la thématique de la «xénophobie» ivoirienne ont été un peu plus ancrées dans les esprits, relayées par tous les médias — gérés par des hommes (humains, trop humains), qui auront grand peine à se retirer de ce délire, et qui ne feront donc que le répéter et le renforcer.

C’est ainsi que le grand public a aussi été renforcé dans ses certitudes, à l’appui de slogans de résistants repris en contre-sens — comme (exemple parmi tant d’autres de paroles abruptes des résistants) le fameux «xénophobe et après ?» interprété au pied de la lettre là où il est une dénonciation d’une accusation aussi absurde !

Et à présent, au fur et à mesure que les conséquences désastreuses de ce délire se font jour, au fur et à mesure, en parallèle, qu’apparaît le vrai sens du combat des patriotes ivoiriens, de leur cause panafricaine, combat soutenu sur tout le continent, les médias français et plusieurs médias occidentaux ne savent plus que faire entre s’enferrer et tenter le «révisionnisme évolutif» — selon ce terme proposé par Théophile Kouamouo ironisant sur l’attitude du quotidien français Libération (en tête dans le néo-colonialisme anti-ivoirien).

Le livre de Théophile Kouamouo, La France que je combats *, explique la prise de position résolue en faveur de patriotes ivoiriens de ce journaliste franco-camerounais, démissionnaire du Monde parce qu’on y trafiquait ses articles quand on ne lui interdisait pas carrément de dire ce qu’il savait !

Symptôme criant du divorce franco-africain (du fait de cette idéologie non dévoilée), le livre de Stephen Smith, qui au Monde censurait Th. Kouamouo, Stephen Smith par ailleurs condamné avec Le Monde pour calomnie par la justice française pour l’invention des fameux «escadrons de la mort», c’est son livre, Négrologie, qui a reçu le prix des lecteurs de France Télévision.

Cela alors qu’il est jugé invariablement raciste (son livre est d’ailleurs assez proche de celui de l’auteur d’extrême droite Bernard Luggan intitulé God bless Africa) par tous les intellectuels africains (cf. le livre collectif ci-dessous, Négrophobie *).

Or c’est ce fondement idéologique et médiatique qui a fourni ses bases aux événements de 2002-2003 et plus visiblement de novembre 2004, où la France a été impliquée militairement par ses autorités contre la population ivoirienne, l’armée française allant jusqu’à tirer sur la foule.

La situation des médias français est d’autant plus périlleuse que le temps fort de l’hystérie passé, la pensée analogique se révèle comme ce qu’elle est : une pensée essentialiste, qui n’est pas sans proximité avec le racisme… Abattu en 1945, mais qui n’en reste pas moins un pilier enfoui de la civilisation européenne et particulièrement française, ce qui explique l’irrésistible ascension de Le Pen et sa victoire avérée, sous la forme de la «lepénisation» des esprits, qui n’est rien d’autre que le renouement avec ce fondement enfoui.

Les médias français se sont ainsi avérés soutenir idéologiquement — on espère à leur insu — tout simplement un coup d’État contre une démocratie, fomenté à l’appui d’intérêts économiques clairement néo-coloniaux (cf. le livre de Mamadou Koulibaly, La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire *).


Tel est l’arrière-plan de l’imbroglio dans lequel s’est engagé à l’appui des médias, le pouvoir français, diplomatiquement, et militairement ! — et d’où est né paradoxalement un vrai mouvement d’indépendance économique de nature panafricaine — par lequel la libération idéologique de l’Europe devra passer aussi.

 

 

R.P.
Le Mas Stes Puelles,
Compagnons de Paratge
23 septembre 2006

 

_____________________________

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, La République coloniale, Hachette/Pluriel, 2003.

Dominique Franche, Rwanda, Généalogie d’un génocide, Mille et une nuit, 1997.

Jean-Paul Gouteux, Le Monde, un contre-pouvoir ?, L’esprit frappeur, 1999.

Hans Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz, Rivages / Poche, 1994.

Théophile Kouamouo, La France que je combats, éd. Le Courrier d’Abidjan, 2006.

Mamadou Koulibaly, La guerre de la France contre la Côte d’Ivoire, L’Harmattan, 2003.

Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-Luc Nancy, Le mythe nazi, L’Aube / Poche, 1996.

Domenico Losurdo, Le révisionnisme en histoire, Albin Michel, 2006.

Jacques Morel,
Calendrier des crimes de la France outre-mer, L’esprit frappeur, 2001.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche, Albin Michel, 2001.

Louis Sala-Molins, Le Code noir ou le calvaire de Canaan, PUF, 1987.

Alain Ruscio, Le Credo de l’homme blanc, éd. Complexes, 2002.

François-Xavier Verschave, De la Françafrique à la mafiafrique, Tribord / Flibuste, 2004.

                        La Françafrique, le plus long scandale de la République, Stock, 1988-1999.

F.-X. Verschave, Boubacar Boris Diop, Odile Tobner, Négrophobie, Les Arènes, 2005.



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