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Réincarnation ? Résurrection ?

Par rolpoup :: mercredi 07 mars 2007 à 8:24 :: Entre temps

 

 

 

 

 



RÉINCARNATION ? RÉSURRECTION ?

 

 

 

 

Lorsqu'on met aux prises la foi à la résurrection avec la croyance à la réincarnation, décidément actuelle, on est aux prises en même temps et d'emblée avec deux risques, on est entre deux écueils :

 

- Un premier écueil concerne les tenants de la notion de résurrection, et parmi eux ceux qui se sentent menacés, eux ou au moins leur foi, par cet apparent raz de marée réincarnationiste. Ce sentiment de menace prend la forme d'une sorte de mise en parallèle de deux croyances, qui débouche sur une sorte d'alternative. Alternative réincarnation ou résurrection. Comme entre deux façons deux d'envisager la survie - Pinochet est-il voué à ressusciter ou à se réincarner ? Alternative cauchemardesque qui nous situe dans la perspective d'une résurrection d'épouvante à la Stephen King, ou plus classique, "la nuit des morts vivants". Une espèce de survie. Or, à y regarder de près, ce n'est pas exactement la doctrine classique de la résurrection !

 

- Le deuxième écueil concerne les tenants de la croyance à la réincarnation. Il consiste à recevoir au pied de la lettre, au pied du discours, ce qui, on va essayer de le mettre en lumière, est un mythe - cela dit sans nuance péjorative. Cet écueil débouche sur une confusion généralisée, qui consiste à s'imaginer avoir été Mozart, Jeanne d'Arc ou Léonard de Vinci, mais plus rarement Pinochet ! Les personnages célèbres intéressants voient ainsi leur âme se multiplier étrangement de nos jours puisque les personnages célèbres intéressants sont loin d'être aussi nombreux que les adeptes de la réincarnation. Ce faisant ces adeptes naïfs de la réincarnation s'offrent à la critique et à l'ironie en prêtant le flanc de leur croyance au ridicule. On connaît les Paco Rabanne, Shirley McLaine, et autres figures d'artistes clamant avoir été dans une autre vie prêtre égyptien, moine tibétain, que sais-je encore, quand des personnages célèbres, donc, ne sont pas explicitement cités, ou, pour les plus humbles, crapauds devenus princes - par le miracle du baiser de papa et maman qui a fini par conduire à leur naissance à leur vie actuelle. La croyance est poétique, avec une dimension mythique donc - les croyances à la réincarnation, faudrait-il dire, car elles sont très diverses. Mythiques, poétiques, elles présentent par là un intérêt qu'il ne faut pas négliger.

 

Concernant ceux qui admettent la résurrection et qui seraient ébranlés par le succès de ce qu'ils vivent comme une concurrence, il faut souligner encore que c'est là une erreur de perspective liée à une façon de comprendre la résurrection comme une sorte de survie, nécessairement alternative, dans cette perspective, à la réincarnation : en effet, selon cette façon de voir les choses, soit on survit en se réincarnant, soit on survit en ressuscitant, mais difficilement les deux. Que dire alors du judaïsme de la Kabbale, qui croit aux deux à la fois ? C'est que la résurrection n'est pas une sorte de survie, mais l'accès à une dimension de l'être qui n'est pas celle de notre vie organique qui se perpétuerait. Il suffit de relire 1 Corinthiens 15 pour se convaincre que ce genre de perpétuation n'était pas la conception de Paul, ou de relire les récits de la résurrection de Jésus pour constater que c'est tout autre chose qu'une perpétuation de la vie naturelle, ou animale pour le dire comme Paul. La résurrection est accès à une autre réalité, et investissement de la réalité naturelle par cet indicible. Aucun parallèle avec la réincarnation, qui est au contraire, justement, retour à cette réalité, serait-ce dans une perception mythique, ou poétique, ou bien imagination, ou espérance, de retour à un organique tout à fait connu, lui. Il est important de bien poser ces repères pour éviter ces deux écueils.

 

 

Le christianisme ignore globalement la croyance à la réincarnation, quoique sous d'autres formes, elle semble y émerger périodiquement. Je laisse tomber évidemment les contrevérités à sensation que l'on trouve parfois dans des publications ésotériques du genre "la réincarnation reconnue au Concile de Nicée" (lorsqu'il m'est arrivé de lire cela, j'ai cru tout d'abord à la pure mauvaise foi de ceux qui professaient ce genre d'abîme d'inculture. Puis entendant certains jeunes chrétiens, dans tel entretien de préparation au mariage, par exemple, me parler d'incarnation pour désigner la transmigration des âmes, j'ai cru comprendre : j'imagine que certains auteurs ésotériques ont confondu le dogme de l'Incarnation, sujet de Nicée effectivement, avec la réincarnation. Non pas mauvaise foi, mais lacune culturelle. Quoiqu'il en soit, rien de cela à Nicée).

 

Mais cela dit, il existe quelques émergences de ce type de croyance. La plus fréquemment évoquée est celle du christianisme cathare[1]. Effectivement dans le catharisme occidental tardif apparaît une croyance à la transmigration des âmes, à partir du XIIIe et surtout du XIVe siècle. Cet enseignement est ignoré dans le catharisme antécédent, et n'apparaît jamais dans les textes orientaux du catharisme. Mais il faut quand même en tenir compte.

 

Toutefois, parler ici de réincarnation, au sens moderne du terme est anachronique. On est plus proche du platonisme, avec son idée que l'âme est une réalité universelle, qui fait perpétuellement retour (c'est le sens du mot d'origine grecque "métempsycose"). On a affaire dans le platonisme, non pas à une âme individuelle qui se réincarnerait (au quel cas il aurait fallu dire "métensomatose", mais cela est précisément évité dans la philosophie grecque). Point d'âme individuelle qui change de corps, comme l'imaginent les modernes, mais une âme commune qui fait perpétuellement retour, et dont chacune de nos individualités est une sorte de dégradation passagère.

 

Or, il existe dans l'Antiquité, sans parler de la gnose, une forme chrétienne, et orthodoxe, de platonisme : l'enseignement d'Origène. Alors le platonisme y est fortement nuancé par l'héritage biblique, mais on y trouve de façon très précise cet élément du platonisme : la préexistence des âmes. Nos âmes ont été créées à l'origine bonnes et sont déchues dans des corps suite au péché originel, corps dont il s'agit d'être rachetés dans la foi, puis dans la résurrection, l'accession à des corps spirituels, comme le dit la 1ère épître aux Corinthiens. Et ce passage à la sphère paradisiaque, la traduction latine du traité des principes d'Origène (l'original grec étant perdu) l'appelle "in animam verti" (littéralement "changements en âme"), ce qui correspond à la notion grecque de "métempsycose". Point de réincarnation en tout cela, on le voit, mais il se trouve que certains moines origéniens ont été condamnés au IIe Concile de Constantinople, en 553, pour y avoir adhéré, si l'on en croit le Concile. L'idée de préexistence aurait permis de glisser à la croyance.

 

C'est là qu'on revient au catharisme. On sait aujourd'hui que les cathares sont les tenants, au Moyen Âge, d'une forme plus ancienne de christianisme, de type origénien justement, avec un large courant qui professe explicitement la préexistence des âmes, précisément. C'est sans doute un des éléments qui les a fait définir comme dualistes : un monde céleste, d'où nous sommes déchus, opposé à un monde terrestre où nous sommes en exil. Toujours est-il que du coup, la croyance à la transmigration a pu se développer. Comme éventuellement pour les moines origéniens condamnés à Constantinople, rien n'empêche en effet qu'on ait pu admettre chez certains cathares tardifs, que cette âme préexistante revête plusieurs corps successifs, pour une fonction proche finalement de celle que revêt dans le christianisme catholique d'alors, le purgatoire. Il se trouve qu'on est alors aux XIIIe-XIVe siècles, et qu'on a vu apparaître alors un parallèle de cette idée dans le judaïsme kabbalistique...

 

 

Il faut souligner que l'on est avec tout cela en présence d'une approche mythique, cela dit sans nuance péjorative, soulignons-le encore. On est en présence d'autant de tentatives d'approcher des réalités pressenties, mais qui échappent à notre capacité de cerner les choses, de saisir, de conceptualiser. On est en présence de réalités auxquelles on n'accède que par un travail de l'imagination. Cela vaut pour notre réalisation de ce qu'il y a un parallèle entre une notion comme celle du purgatoire, et l'idée de réincarnation. Travail de l'imagination pour aborder, en image donc, ce qui en soi échappe à l'image.

 

***

 

Il y a, par ailleurs, dans la tradition mystique de l'islam, le soufisme, où, en général, on ne croit pas à la réincarnation, une notion parallèle très importante concernant pour le coup, le monde de la résurrection. Il s'agit de la notion de "monde imaginal", selon la traduction effectuée par Henry Corbin, ce grand spécialiste de l'islam et de sa mystique, traduction à partir du latin médiéval mundus imaginalis de ce qui est en arabe le 'alam al-mithâl, le monde intermédiaire - intermédiaire en l'occurrence entre les réalités matérielles d'ici-bas, accessibles à nos sens, et les réalités purement spirituelles qui nous échappent totalement, puisque nos intelligences ne fonctionnent qu'à partir de nos sens. Des mystiques musulmans du Moyen Âge, comme Sohrawardi ou Ibn 'Arabi, ont ainsi conçu l'idée d'un monde intermédiaire entre celui des sens et celui de l'Intelligence pure, Dieu, un monde intermédiaire accessible à l'imagination, non pas un monde imaginaire, mais un monde imaginal, c'est-à-dire un monde qui existe réellement, contrairement à ce qui serait un monde imaginaire. C'est le monde des corps subtils, corps spirituels ; monde intermédiaire, où s'opère la création, où les idées pures de Dieu revêtent une forme qui va se réaliser dans la matière, monde où s'opèrent les miracles, et monde, donc, de la résurrection.

 

Ce monde réel est donc accessible à notre pouvoir imaginatif, sans lequel de toute façon ce qui est hors matière nous demeurerait parfaitement inaccessible, dans la mesure où nous ne pensons qu'au moyen d'images. Mais tandis que l'imaginaire est dévoiement de ce pouvoir, en ce qu'il ne conduit nulle part, ou qu'il ne conduit qu’à des images sans correspondance réelle, le monde imaginal est un monde réel accessible à cette même faculté imaginative, comme un lieu carrefour, espace de rencontre entre notre monde et celui de Dieu. C'est là, soulignons-le, que sont, dans cette perspective, les corps de résurrection.

 

La rencontre entre le monde céleste et le monde matériel, s'y fait, pour notre imagination, dans le mythe. Car nos soufis, influencés par la tradition persane zoroastrienne, le sont aussi par le platonisme. En effet pour le platonisme, c'est dans le mythe qu'a lieu le point de contact entre le monde des Idées et celui de la matière. Le mythe n'est pas à prendre à la lettre, comme s'il décrivait une réalité matérielle ; il n'est est pas moins porteur d'une vérité à laquelle donc il donne accès, comme au travers d'un miroir, dirait Paul. C'est ce monde que l'on rejoint dans la résurrection.

 

On a donc un monde des idées pures - idées éternelles -, un monde inaccessible aux êtres de sens que nous sommes ; et une matière brute qui n'aurait pas de sens hors l'intelligence qui l'oriente, l'idée que Dieu en a en quelque sorte, et un troisième monde, intermédiaire, où ce sens se forge, imaginal, matière dans l'esprit, esprit dans la matière, où nous sommes, êtres humains, êtres de sens et intelligents à la fois, les témoins, dont nous sommes les ministres, et les destinataires dans la résurrection. Monde autre toutefois que celui l'on se réincarnerait, qui lui est notre monde de sens, organique. Ici, on est dans le monde angélique, dans l'autre siècle, le siècle à venir, pour le dire dans les termes du Nouveau Testament.

 

 

L'âme a été perçue comme immortelle dans l'essentiel du monde méditerranéen antique, ce monde de culture grecque. Sauf chez quelques-uns comme les Épicuriens qui optaient pour penser qu'après la mort, il n'y a plus rien. C'était leur façon à eux d'affronter la mort dans la sérénité : avant la mort, il n'y a pas de mort, on vit ; après la mort, il n'y a plus de pensée pour craindre encore quoique ce soit : la mort n'a donc pas à être redoutée. Mais à part ce courant, en fonction de notre conception des Idées, ou des formes pures mathématiques, on croit donc sous une forme ou une autre à l'immortalité de l'âme. Le monde juif et chrétien n'a évidemment pas échappé à la pensée ambiante.

 

Point de réincarnation à l'époque, au sens où on l'entend aujourd'hui, puisque cette croyance ne date que du XIXe siècle ; mais partage de l'idée d'une âme immortelle, cela en parallèle avec la croyance à la résurrection des morts. Le partage d'une conception épicurienne de la mortalité totale de l'âme avec celle de la résurrection est moins bien attesté. Cette croyance prisée aujourd'hui, qui est même parfois réputée biblique, me paraît aussi assez moderne. Le shéol de la Bible n'est pas la mortalité épicurienne, même si pour certains philosophes juifs, peut-être de la mouvance sadducéenne - si on en croit ce que disent d'eux leurs adversaires pharisiens ou chrétiens -, ont pu s'en rapprocher en se réclamant par exemple, à tort ou à raison, de l'Ecclésiaste. La croyance majoritaire, qui accompagne celle de la résurrection, reste probablement celle de l'immortalité. L'historien Josèphe en témoigne clairement, mais aussi, concernant le christianisme, divers propos du Nouveau Testament.

 

Tôt ou tard, devait donc apparaître la question de la compatibilité de cette croyance avec celle de la résurrection. Et comme celle de la résurrection est, elle, très clairement attestée, comme, de plus, elle a souvent été comprise de façon assez matérialiste, résurrection ou immortalité ne pouvaient pas ne pas en venir à être reçues comme une alternative (qui rejoint d'ailleurs celle qui est entre réincarnation et résurrection) : ou l'une ou l'autre. Et c'est souvent ainsi qu'on perçoit de nos jours immortalité de l'âme et résurrection des corps. Une alternative, ou bien deux temps successifs : une âme immortelle, qui après la mort du corps, attend la résurrection. C'est là sans doute la conception majoritaire du christianisme. C'est d'ailleurs dans ce temps intermédiaire entre la mort et la résurrection qu'a pris place le purgatoire. Ce peut-être pourquoi Luther a fini par pencher pour la mortalité de l'âme. Ce en quoi le protestantisme, dans sa majorité, ne l'a pas suivi.

 

On a parlé du monde imaginal dans le soufisme, le monde des corps subtils et de la résurrection, corps spirituels. On a peut-être là une solution. Liée à ce que l'on ne peut concevoir d'être humain, d'être pensant, que dans le cadre de la faculté imaginative. On ne pense pas, en effet, on l'a dit, sans cet intermédiaire. Or, la faculté imaginative participe de la dimension sensorielle de nous-même, donc corporelle. Nos sens sont la dimension corporelle par laquelle nous sommes reliés au monde. Nous en recevons l'information qui fait de nous des êtres pensants. D'où, à y réfléchir, l'immortalité n'est concevable finalement que comme résurrection, pas forcément matérialiste, mais sensorielle, d'une façon ou d'une autre, à savoir, au minimum, imaginale. C'est où l'immortalité de l'âme revêt forcément une dimension résurrectionnelle, un revêtement imaginal.

 

Et finalement on est très proche de l'interrogation que posait l'école d'Aristote à celle de Platon - qui est, on le sait, un moment essentiel dans la réception de l'immortalité de l'âme. Mais l'école d'Aristote interrogeait celle de Platon en ces termes : les Idées éternelles, parmi lesquelles l'âme immortelle, peuvent-elles exister en dehors de la matière où elles se réalisent ? Ou en tout cas, peut-on, nous, les concevoir en dehors de la matière où nous les percevons ? C'est ainsi que chez les aristotéliciens chrétiens du Moyen Age, au premier rang desquels Thomas d'Aquin, on définissait l'âme comme la structure du corps, la structure inscrite dans la pensée de Dieu. Dieu qui nous fait advenir comme êtres humains, dans le corps qui reçoit cette structure. Idem de la résurrection. La même structure qui nous fonde dans ce temps, nous fait advenir à nouveau dans la résurrection. C'est ainsi que la résurrection est corporelle, sans qu'il soit besoin d'aller imaginer un remodelage des éléments de matière devenus pour leur part pissenlit ou tragique pourriture [2].

 

Le dilemme résurrection/immortalité n'est pas sans ressemblance avec le dilemme résurrection/réincarnation. On vient de voir rapidement comment ce dilemme-là a été à peu près résolu. Celui-ci est tout de même un peu plus difficile à résoudre, mais si l'on considère la kabbale, il n'est peut-être pas insoluble. Il reste que les deux notions renvoient à deux attentes qui elles, sont fort dissemblables : retour en ce monde, dont on a vu qu'il n'est pas sans rapport avec une sorte de purgatoire, en tout cas si l'on est optimiste. Parce que faire retour en un monde où Auschwitz a réellement existé, est-ce simple purgatoire, n'est-ce pas déjà l'enfer ? Les cathares se posaient déjà de telles questions. Retour en ce monde, donc, pour la réincarnation, accession à un monde libéré, sauvé, racheté, pour la résurrection,... genre de Nirvana, peut-être, emportant l'esprit et les sens dans leur réintégration imaginale...

 

 

R.P.

 

 

 

_____________________________

[1] Voir mon livre : R. Poupin, Les cathares, l’âme et la réincarnation, Loubatières, 2000.

[2] Cette conception des choses qui résout le dilemme immortalité/résurrection peut pour le même coup résoudre la question de savoir ce qu'il en est du temps intermédiaire imaginé entre la mort et la résurrection. Si l'on pense à la dimension subjective, liée à nos sens, de notre conception du temps, de l'espace, et de leur relation, notre faculté imaginale peut nous faire percevoir comment subjectivement, la résurrection suit immédiatement la mort, comme le réveil suit immédiatement l'assoupissement pour celui qui dort, comme le dit Paul, tandis que le temps continue à s'écouler interminablement pour celui qui veille.

 

 

 

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