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Du catharisme au calvinisme ? (2)

Par rolpoup :: dimanche 18 mars 2007 à 8:19 :: Cathares

 

 

 

…/…

 

 

 

Retour au XVIe siècle

 

Revenons-en donc à nos calvinistes synodaux. Ayant vu ce qu'il en est du catharisme, sous un jour qu'on a essayé de vouloir positif, est-on plus avancé sur l'étrange revendication de nos Synodes méridionaux ?

 

On a vu que le catharisme renvoie à une orthodoxie plus ancienne que la médiévale occidentale, scolastique et catholique, cela certes, non sans gauchissements dans lesquels les Pères ne se seraient évidemment pas reconnus. N'en restent pas moins des éléments sensibles, notamment dans une théologie des sacrements ; élément important de l'identité réformée. Cela concernant l'orthodoxie ancienne occidentale, mais surtout avant cela, orientale.

 

Concernant l'Occident patristique, je proposerai juste un autre biais d'approche des choses. Sachant que le calvinisme est tout aussi régulièrement schématisé en religion de la prédestination que le catharisme l'est en religion dualiste, sachant par ailleurs que l'époque de nos Synodes est celle de l'établissement de l'orthodoxie de la doctrine, et sachant en outre que le catharisme, en un de ses courants, celui qui croit qu'il y a deux principes, Dieu et le mauvais principe qui lui fait face, croit fermement à la prédestination, on pourrait s'interroger sur ce rapport éventuel. Mais autant le dire tout de suite, sous un certain angle, c'est sans doute une impasse, pour cette raison simple qu'à l'époque de nos Synodes, la prédestination n'est pas encore une originalité calviniste. C'est un lieu commun de la théologie occidentale, qu'a partagée cette forme occidentale du catharisme, celle qui admettait deux principes. La doctrine vient du docteur communément reconnu, saint Augustin, reconnu par les catholiques, les cathares, les protestants, car je le redis ce n'est pas une originalité calviniste. Pour la réforme, elle plonge, comme pour Augustin, dans l'enseignement du salut par la grâce. C'est Luther qui l'a remise à l'honneur contre Érasme, dans son Traité du serf arbitre. Calvin n'a fait que s'en tenir à cette tradition que tenait encore avant la Réforme, et aussi fermement qu'elle, un théologien devenu aussi insoupçonnable que Thomas d'Aquin. Aussi lorsque la Sorbonne prend position pour Bolsec contre Calvin dans une controverse qui reproduit celle de Luther contre Érasme, l'enjeu qu'est la justification par la foi seule que garantit la prédestination, cet enjeu de la controverse d'alors n'est pas loin. En revanche, on est loin du temps où la prédestination deviendra la caractéristique du calvinisme, plus loin encore du lieu commun de la culture théologique à bon marché qui en fait la clef de voûte du calvinisme. Contre cette impression, ou plutôt ce préjugé, communément répandu, il suffit de constater que la doctrine apparaît tout à la fin du livre III de l'Institution chrétienne de Calvin qui ne lui consacre que 4 chapitres sur les 80 de son livre, et qu'il ne fait que reprendre, et de façon plus modérée en un sens, ce que disait Luther contre Érasme. Il faudra encore, pour en venir au préjugé aujourd'hui commun, passer par cet étudiant de Théodore de Bèze, Arminius, qui choqué, et on peut le comprendre, par un enseignement présenté de toute façon trop schématiquement, sera à l'origine de la controverse néerlandaise avec son collègue plus ancré dans la tradition, Gomarus. Cette controverse, pimentée par un conflit politique qui verra le parti de Gomarus, représentant le calvinisme classique, l'emporter, fixera définitivement le mythe selon lequel le calvinisme aurait inventé la prédestination, d'où, suite à la découverte au XXe siècle que des cathares la professaient aussi, la tentation d'y voir un rapport. Mais on est probablement dans un trompe-l’œil baroque.

 

Cela précisé, il est un angle, l'angle où Calvin défend par cette doctrine, à la suite de Luther, l'idée que notre captivité au péché est telle qu'il faut un acte souverain de Dieu pour nous en sortir, un acte qui dépend de sa seule décision et qui suppose donc prédestination ; sous cet angle, l'angle correct par lequel il faut aborder cette doctrine, le rapprochement avec le catharisme, quoique sans doute sans rapport de filiation historique sur ce plan, n'est pas sans intérêt. Le catharisme, plus encore que la Réforme, est convaincu de la captivité au péché des êtres humains, déchus dans un monde étranger, oublieux de leur vrai nature, et devant dès lors bénéficier d'un acte souverain de Dieu les réintégrant à leur nature céleste, à savoir la communication de l'Esprit dans le consolamentum, acte de Dieu signifié dans le geste d'imposition des mains des Parfaits. Pour le courant qui admet deux Principes, c'est-à-dire une déchéance des âmes dans une création carrément étrangère à Dieu, cela suppose prédestination. On ne revient pas d'un tel exil par sa propre volonté. Les adversaires des cathares emploient alors des arguments similaires à ceux qu'emploieront plus tard les adversaires de la prédestination dans la Réforme, Érasme en tête.

 

Cela dit il ne faut pas trop forcer le rapprochement, puisque, d'une part, je l'ai dit, la prédestination n'était pas alors une originalité calviniste, et que d'autre part, dans le courant des cathares qui l'admettent, elle se fonde sur l'idée, à laquelle n'adhère pas le calvinisme, de préexistence des âmes, voulant que les âmes qui viennent de Dieu, qui lui appartiennent ne peuvent être arrachées de sa main.

 

 

Inutile à plus forte raison, s'il ne faut pas forcer des parallèles comme la prédestination, de s'arrêter sur des rapprochements fantaisistes comme celui de la croix huguenote, où l'on a parfois voulu voir une analogie avec la croix occitane, réputée croix cathare. Outre que la croix occitane n'est en aucun cas un ornement de cathares qui dédaignaient évidemment un tel objet la croix ; celui-là symbole des comtes de Toulouse en général, y compris les Montfort, depuis les Croisades en Orient : la croix occitane n'a que peu de rapport avec la croix huguenote, qui ressort de la croix du St Esprit, symbole de l'Ordre fondé par Henri III, symbole donc du parti des "politiques" contre les catholiques intransigeants de l'époque ultérieure des guerres de religions.

 

On trouverait d'autres similitudes-pièges sur lesquelles il est donc inutile de s'arrêter.

Mais doit-on alors arrêter là aussi notre propos de départ et conclure que les synodaux des siècles passés se sont fourvoyés inutilement ? Je ne le crois pas. J'ai déjà laissé apparaître en filigrane les lieux du rapport qui peut être établi, et que les chercheurs calvinistes de l'époque ont bel et bien voulu souligner, en laissant peut-être trop dans l'ombre ce qui, en revanche, les séparait incontestablement du catharisme, d'où sans doute leur discrédit ultérieur.

Comme points de rapprochement, j'ai fait allusion à deux choses : la doctrine des sacrements et la filiation épiscopale non-romaine, cette seconde ayant été plus soulignée par nos synodaux, mais n'étant pas sans lien avec la première puisqu'elle donne un contenu aux points communs garantis par cette filiation épiscopale.

Puisqu'on a parlé de la croix j'aborderai la chose par ce biais : pas de signe de croix chez les cathares, pas de signe de croix chez les calvinistes.

 

 

Docétisme cathare et théologie des sacrements

 

Les sacrements, donc : prenons Bérenger de Tours, dont la conception symbolique de l'Eucharistie est condamnée comme hérésie en pleine époque cathare [9]. On a tendance à se dire aujourd'hui qu'il n'avait jamais qu'une approche pré-réformée de la chose. Eh bien à l'époque, ce n'est pas si simple : les historiens se demandent aujourd'hui s'il n'avait pas quelque lien avec ce qu'on a appelé le pré-catharisme. Aujourd'hui, suite notamment aux controverses de la Réforme, on distingue très bien la manducation des éléments eucharistiques et la réception du salut dans l'Incarnation. À l'époque, ce n'est pas aussi évident. D'où le développement, par les cisterciens principalement, du mythe anti-cathare du Graal (c'est un lieu par où les néo-cathares assument le discours des anti-cathares : ici le paradoxe veut que les néo-cathares se soient imaginés que Montségur était le château romanesque du Graal ! [10]). En fait la quête du Graal est un cycle de romans visant à ancrer la conception qui rend indispensable au salut le miracle de la transsubstantiation. Et on est dans une question de pouvoir, car le miracle en question est au pouvoir de l'Église où se poursuit donc l'Incarnation.

 

Et refuser la transsubstantiation, c'est refuser cette conception de l'Incarnation qui veut qu'elle se poursuive dans l'Église — sous le terme théologique d'Incarnatio continua — à l'ombre de laquelle se développent, en premier lieu chez les adversaires des cathares, et donc tout d'abord les cisterciens, des théologies qui en participent. Le propos est de répandre le corps du Christ en étendant le règne de l'Église ; par des moyens allant de la prédication et de l'administration de l'Eucharistie à la prise de la Croix. Prise de la Croix : j'ai nommé la Croisade. Porter sa mort, ici au combat militaire, comme le Christ l'a portée au combat du calvaire. La théologie de la Croix est, concrètement, d'abord celle de la Croisade. Participer à la mort du Christ, à sa crucifixion, renoncer à soi-même pour réduire tout à la domination de celle qui est la continuation de son Incarnation, l'Église. On comprend pourquoi une obédience non romaine, une "exemption" par rapport, finalement à l'épiscopat romain, est fort subversive, et sera elle-même sujette à la Croisade. D'autant plus subversive qu'elle abhorre cette idée d'Incarnatio continua qui justifie toutes les violences. Or la croix est pour les cathares l'instrument de la torture du Christ, qui n'a rien d'adorable. Or pour eux, sa vie et sa mort ont fonction symbolique, visant à nous apprendre à transformer notre exil depuis le paradis originel en mission pour y ramener les siens.

 

Si la vie du Christ a fonction symbolique, à plus forte raison les gestes qui signifient sa mort, comme le partage du pain. Et du même coup, la Croix ne saurait être une panacée, non plus que les signes de croix.

 

Remarquons qu'on est ici fort proche de la pratique calviniste, disons zwinglienne - calviniste, réformée en général. Proximité de pratique pour des raisons qui elles aussi sont fort proches : à savoir la fonction symbolique des signes et sacrements. Spécificité de la tradition réformée dans le monde protestant, seule tradition où l'on y ait abandonné le signe de croix, tout en ayant opté pour une conception plus symbolique de la Sainte Cène. Conception symbolique aussi de la consécration au ministère, du "sacrement de l'ordination", si l'on veut l'appeler ainsi. Or, certes sans avoir les moyens documentaires qui sont les nôtres pour bien repérer ce fait, c'est sous cet angle que pour attester sa légitimité propre, le calvinisme s'est tourné plus précisément, synodalement, vers les cathares. Ce sera notre dernier point.

 

 

Filiation ecclésiale

 

Les mouvements hérétiques médiévaux, concernant donc plutôt l'intérieur de la chrétienté latine, sont nombreux. Les plus connus sont les vaudois et les cathares. Les vaudois sont clairement des hérétiques de l'intérieur. À poursuivre donc — en termes techniques : à persécuter —, mais avec une plus nette espérance de les réconcilier : ils sont si proches de la parole romaine qu'ils sont éventuellement récupérables. Et sachant que le mouvement de François d'Assise est leur exact équivalent, mais fondé au temps où la hiérarchie a jugé préférable de s'assouplir pour ne pas occasionner une nouvelle dissidence, on comprendra qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que certains vaudois aient pu être récupérés sous le nom de "pauvres catholiques".

 

La majorité d'entre eux n'ayant pas pu être récupérés ont fini par développer des points de vue plus éloignés du catholicisme qu'ils ne l'étaient au départ. Au départ l'essentiel de leur hérésie est de revendiquer pour les laïcs le droit de prêcher. Au fur et à mesure des persécutions dont ils sont victimes, ils s'éloignent plus sensiblement, lisant de façon autonome des Écritures qui ne mentionnent pas certaines doctrines romaines, comme le purgatoire, qu'ils en viennent donc à rejeter. En outre la dérive par rapport à Rome est favorisée par ce qu'on a appelé la "solidarité hérétique". Des persécutés aussi éloignés les uns des autres que sont les cathares et les vaudois finissent par nouer des contacts, peut-être d'abord essentiellement fonctionnels, mais qui finissent par susciter des influences réciproques. Et tandis que les vaudois sont devenus réformés, ce n'est pas par hasard, si, des trois rituels cathares que l'on a retrouvés, un se trouvait... dans un recueil de liturgie vaudois, en Italie du Nord. C'est largement de là que vient l'assimilation Albigeois-vaudois de nos synodaux, assimilation qui a contribué à les discréditer. On pourrait parler aussi de ce qu'on a appelé l'internationale valdo-hussite (c'est-à-dire un complexe hérétique commun qui se noue entre vaudois et disciples de Huss) ; et on pourrait parler encore des contacts noués entre les franciscains spirituels persécutés à leur tour et les vaudois auxquels au départ ils ressemblaient fort. C'est au point que le mouvement franciscain n'existe au fond au départ que parce qu'on ne fait pas deux fois le même coup au pape : François d'Assise ressemble comme un frère à Valdès. Parlant des vaudois, un lieu significatif de cette "solidarité hérétique" est donc leur adhésion à la Réforme calviniste en 1532 au synode Chanforan.

 

L'origine du mouvement bogomilo-cathare — puisqu'il y a une entité partagée, avec structure épiscopale commune du mouvement bogomile à l'est et cathare à l'Ouest — l'origine de cette structure est probablement bulgare. Et non pas, comme on l'a longtemps cru, ou comme on a fait mine de le croire, manichéenne, en traitant de cathares ce qui se voulaient simplement chrétiens, car ce terme, cathares est une insulte de leurs adversaires — terme équivalent à manichéens, lesquels aussi sont insultés d'ailleurs, en passant, puisqu'on considère leur foi, qui n'est pas celle des cathares comme quelque chose de vil. Mais les cathares ignorent toute ascendance et toute littérature manichéenne. Le bogomilisme le premier signalé est bulgare, au milieu du Xe siècle. Le terme Bougres passé en français et signifiant à l'origine "Bulgares" est un de ceux qui désignent alors les cathares occidentaux. Origine bulgare qui n'exclut nullement des racines occidentales protestataires, sensibles dans ce qu'on a appelé un pré-catharisme existant dès l'an mil, tandis que le contact bogomilo-cathare est attesté au milieu du XIIe siècle. Le mouvement bogomile, centré en Bulgarie, fournit au catharisme sa structure épiscopale, et sa revendication de la succession apostolique. En Bulgarie, et dans les terres byzantines, le mouvement est donc attesté dès le milieu du Xe siècle. En face de Rome, qui voudrait lui imposer le latin, comme de Byzance, qui voudrait la réduire à sa discipline. On ne trouve pas plus propice au développement de courants autonomes, en termes ecclésiaux : d'hérésies.

 

L'acharnement de la hiérarchie catholique contre les cathares parviendra à ses fins : l'extermination. Après des décennies et des décennies de massacres et de persécution, le dernier parfait d'Occitanie, Bélibaste, sera brûlé en 1321 à Villerouge-Terménès. Le bogomilo-catharisme se survivra encore plus d'un siècle, principalement en Bosnie où il se fondra dans l'islam avec l'invasion turque, préférant ce joug-ci aux jougs catholique ou orthodoxe. Le statut de dhimmi, de "protégés" selon la façon musulmane, protection toute relative, les verra peu à peu se dissoudre, de sorte qu'on peut penser que les Bosniaques musulmans de notre actualité ex-yougoslave sont pour plusieurs descendants de cathares.

Le catharisme, lui, a bel et bien disparu dans les cendres du dernier parfait, quel qu'il soit, puisqu'il faut, pour qu'il subsiste, un parfait qui confère le consolamentum. Ce qui n'est dès lors plus possible. La chaîne de la consolation est rompue irrémédiablement, puisqu'un parfait déchu pour cause de rupture des marques de sa condition devait être re-consolé pour poursuivre son ministère.

 

Mais si le catharisme a disparu définitivement, ce n'est pas sans avoir contribué de façon sans doute significative à la germination d'une idée importante pour l'ecclésiologie : la possibilité de l'existence d'une structure successorale légitime qui ne soit pas romaine. La trace de cet ensemencement d'idées est perceptible chez les vaudois de Lombardie à partir du début du XIIIe siècle. On sait que Vaudès et ses disciples entendaient recevoir leur légitimité de Rome et ne prétendaient en aucun cas fonder une hiérarchie, qui à leurs yeux aurait été aussi illégitime que schismatique. Il n'y a pour eux de légitimité épiscopale et ministérielle que reconnue par Rome. Or au XIIIe siècle, les vaudois se divisent entre les partisans de cette idée d'une part, les pauvres de Lyon, et d'autre part les pauvres lombards, qui autour de Jean de Ronco se réclament d'une autre hiérarchie que la hiérarchie romaine, cela sur la base de leur contestation — de type donatiste — de la validité des sacrements administrés par les prêtres indignes. Dès cette époque les vaudois de Lombardie ont donc conçu la possibilité d'une structure ministérielle non-romaine. Or les historiens s'accordent à voir chez ces vaudois lombards, de la mouvance de Jean de Ronco, une influence cathare. De fait, on sait que se développera dans les vallées alpines une solidarité hérétique, qui sera à l'origine de l'assimilation vaudois-cathares de nos réformés synodaux, puisqu'ils travaillent sur des documents vaudois et cathares trouvés dans les mêmes recueils vaudois. Est-ce suite à ce contact et cette solidarité hérétique que les vaudois développeront l'idée que leur origine et leur légitimité successorale remonte à l'époque pré-constantinienne et ne doit rien à Rome ? Toujours est-il que c'est devenu un lieu commun du valdéisme du XIVe et du XVe siècle. On pourrait risquer une autre question, à laquelle certes les textes ne fournissent pas de réponse : puisque le vaudois Jean de Ronco a subi, sur le plan des idées, l'influence cathare, est-il impossible qu'il y ait trouvé aussi la légitimation de sa revendication cléricale ? Si l'on ne peut évidemment pas répondre à cette question, en l'absence de textes, on doit au moins de toute façon constater que de leur côté les cathares contournant déjà Rome pour la Bulgarie pour fonder leur légitimité épiscopale, Jean de Ronco et ses successeurs ont pu au moins y percevoir l'idée suivante : la reconnaissance de Rome n'est pas indispensable pour qu'un ministère soit légitime. Voilà une idée, qui via la révolution hussite en Bohème, à une époque quant à laquelle les historiens s'accordent à parler d'internationale valdo-hussite ; voilà une idée qui via le hussisme atteindra jusqu'aux Réformateurs protestants. Il faut bien le constater, une telle idée est exactement celle qui sous-tend l'intuition des synodaux méridionaux des XVIe et XVIIe siècles : une succession légitime non-romaine, que Luther lui-même concevait encore difficilement : bien que la mettant concrètement en pratique, il a conscience, le concernant, plus d'une rupture avec Rome [11], que d'une succession extra-romaine, que revendiqueront les Synodes méridionaux. Une telle idée est au plus probable d'insémination cathare, ce catharisme qui considère que le vécu sacramentel, ordination comprise, est, en fonction de la distance qu'il met entre ce monde et la réalité céleste, toujours symbolique, jamais ex opere operato ; ne serait-ce pas une telle idée qui via le valdéisme aurait rejoint la Réforme calviniste ? Puisque dans le complexe solidaire hérétique valdo-cathare du bas Moyen Age, c'est ce pôle là, symbolisme sacramentel et succession ecclésiale, qui est le plus spécifiquement cathare. Y aurait-il eu, de la part de nos synodaux, perception d'une analogie ? Ce sera ma conclusion : sous cet angle précis, il faudra peut-être reconsidérer, en tenant compte des acquis de l'historiographie, la classique assimilation calviniste des cathares et des vaudois que l'on a pris, peut-être trop légèrement, l'habitude de juger imaginaire.

 

 

R.P.

Nîmes, SHPF, Carré d'Art, 9 juin 2001

 

 

 

_________________________________________

[1] Cf. Guy Bédouelle, "Les Albigeois, témoins du véritable Évangile : l'historiographie protestante du XVIe et du début du XVIIe siècle", Cahiers de Fanjeaux, n°14, Toulouse, Privat, 1979, p. 45 sq. (cf. p. 56 sq.). Dès 1572, au 8e Synode des Églises Réformées, tenu à Nîmes, la question de la publication de "l'Histoire des Albigeois" est à l'ordre du jour. Au 13e Synode, tenu à Montauban en 1595, il s'agit de montrer que la religion réformée est plus ancienne que la catholique romaine. En juin 1602, le Synode des Églises Réformées du Dauphiné charge le pasteur Dominique Vignaux de rassembler tous les documents utiles à cette fin — ils sont présentés par son fils Jean Vignaux au Synode national de Gap en 1603. Le Synode du Dauphiné confie au pasteur Jean-Paul Perrin le travail d'historiographie concernant les vaudois et Albigeois, qui sera publié en 1618. Cf. Michel Jas, Braises cathares. Filiation secrète à l'heure de la Réforme, Portet-sur-Garonne, Loubatières, 1992.

[2] Cf. Marie-Humbert Vicaire, "Les Albigeois, ancêtres des protestants. Assimilations catholiques", Cahiers de Fanjeaux, n°14, Toulouse, Privat, 1979, p. 23 sq.

[3] Cf. la Confession de foi de La Rochelle, art. 7.

[4] Institution chrétienne, III, vi-x.

[5] L'historien et théologien luthérien de la Faculté de Théologie Protestante de Strasbourg, Charles Schmidt, émettait dès 1848 une hypothèse allant dans ce sens, dans son Histoire et doctrine de la secte des Albigeois ou Cathares, p. 1-5.

[6] Par le Père Dondaine. Cf. la plupart des textes cathares traduits, in René Nelli, Écritures cathares, nouvelle édition : Anne Brenon, éd. du Rocher, 1995.

[7] Croisade qu'ils semblent avoir contribué à détourner en grande partie sur les terres Trencavel.

[8] Cette Inquisition, exempte, donc, est tout simplement ce qu'on appelle aussi le Saint Office, aujourd'hui la "Congrégation pour la doctrine de la Foi".

[9] Cela à travers tout un cheminement des propositions de Béranger de Tours, au XIe siècle, à la proclamation du dogme de la transsubstantiation à Latran en 1215.

[10] Cf. à ce sujet les travaux de Michel Roquebert, notamment Les cathares et le Graal, Toulouse, Privat, 1994.

[11] Cf. son Épître à Léon X, en Introduction de son Traité de la liberté chrétienne.

 

 

 

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