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La crucifixion comme élévation : rencontre islamo-cathare ? (2)

Par rolpoup :: mercredi 16 mai 2007 à 9:54 :: Cathares




.../...



 

Le Christianisme au Proche-Orient et les christologies hautes

Ce rapprochement avec la christologie johannique est susceptible de prendre beaucoup de sens si l'on se souvient de ce que la tradition johannique a été très influente dans le christianisme proche-oriental des débuts de l'ère hégirienne, généralement de mouvance monophysite[23].

Et la fréquentation de ces groupes chrétiens par Mahomet n'a pas pu ne pas contribuer à l'élaboration de la christologie coranique.

Dans un article intitulé « Mahomet et le monophysisme », l’historien Henri Grégoire[24] estime décisive l'influence des communautés chrétiennes de l'Arabie des premiers temps de l'islam, avec leur théologie plus ou moins profondément teintée de monophysisme. Et il argumente de façon très convaincante en faveur de la thèse selon laquelle, évoluant au contact d'un christianisme monophysite, Mahomet consent à son égard — espérant de sa part un ralliement à sa cause — de très larges concessions théologiques.

Pour Grégoire, « le point culminant de cette christologie presque chrétienne sera atteint dans la quatrième surate[25] », et le plus précisément au verset de la crucifixion. C'est ainsi que la meilleure traduction du fameux shubbiha lahum ne serait pas celle, devenue quasi-vulgate, de Kasimirski (« quelqu'un qui lui ressemblait fut mis en sa place »), mais celle plus classique : « ils furent le jouet d'une illusion[26] ».

Et Grégoire de préciser que ce n'est pas dans les anciennes sectes gnostiques qu'il faut chercher l'origine de cette formule du Coran, mais dans la sympathie du prophète à l'égard des chrétiens du Nejran dont l'Église, celle des Homérites, professe une christologie monophysite. Et en l'occurrence une christologie d'un monophysisme particulièrement radical, puisque les chrétiens du Nejran ont adopté la christologie dite « aphtartodocète » de Julien d'Halicarnasse[27].

C'est ici que la coloration johannique de l'idée d'élévation du Christ présente tout son intérêt, sachant que le monophysisme attache un grand intérêt à l'Évangile de Jean.

Il faut ajouter à cela que le monophysisme est alors loin d'être une originalité des chrétiens du Nejran. Les autres communautés chrétiennes qu'a connues Mahomet sont elles aussi monophysites, sous forme plus modérée : le christianisme de l'Éthiopie où la communauté musulmane naissante avait trouvé refuge durant les persécutions mecquoises ; le christianisme égyptien de même, que Mahomet connaît par Marie la Copte. Et le monophysisme atteint alors jusqu'aux hautes sphères de l'Empire. Ainsi, l'empereur Justinien a eu sa vie durant pour souci de ramener les monophysites à Byzance, convoquant dans ce but le IIe concile de Constantinople — sans le succès politique escompté.

Le IIe concile de Constantinople proclamera donc en 553 le dogme de l'anhypostasie de l'humanité du Christ et de son enhypostasie dans la divinité, dogme que l'Occident a longtemps soupçonné (ce parfois jusqu'à nos jours) de receler des risques de crypto-monophysisme[28].

Peu favorisé quant à son souci de réconciliation, Justinien n'aura pourtant pas manqué d'aller loin dans le sens du monophysisme, puisqu'on l’a dit, il finira par se rallier à la doctrine de Julien d'Halicarnasse !

Les démarches impériales dans le sens monophysite ne s'arrêteront pas avec la mort de Justinien.

La dernière forme des développements du monophysisme est, elle aussi, en lien étroit avec les soucis impériaux. Il s'agit du monothélisme, qui ne reconnaît en Christ qu'une seule volonté, divino-humaine, et qui sera condamné par le IIIe concile de Constantinople, en 681.

Il n'est pas sans intérêt de relever que c'est aux temps du dialogue de Mahomet avec les chrétiens du Nejran que le monothélisme connaît son plus grand succès parmi les chrétiens, et pas des moindres, puisqu'il emporte l'adhésion de l'empereur de Constantinople, Héraclius, de son patriarche, Sergius, et du pape de Rome, Honorius, qui le fait savoir à l'empereur (par une lettre qui dérangera Rome jusqu'aux temps modernes) en 634-635, soit l'an 12 de l'Hégire, deux ans après la mort du prophète. Lors de la naissance de l'islam, la chrétienté en son entier, par la voix de ses autorités, s'accorde à professer l'une ou l'autre des formes du monophysisme.

 

La christologie haute des cathares

Or le type de christologie que l’on retrouve dans les groupes cathares, réputée aussi johannique, nous rapproche fort de ce que l’on vient de voir. Le Christ vient, dans les théologies cathares, du monde de la préexistence, cela en plein accord apparent avec l'orthodoxie ; si ce n’est que son corps même n’est peut-être pas étranger à cette préexistence ; et si ce n'est qu'il n'est pas le seul à en venir.

Comme pour les orthodoxes, et plus particulièrement orientaux et post-origéniens, il ne s'en distingue pas moins des autres anges/âmes, êtres célestes. Il s'en distingue notamment par les raisons de sa descente. Là où les anges/âmes, à la suite de Lucifer/Sathanas sont descendus en châtiment consécutif à un péché céleste, préexistentiel, lui descend en mission salvatrice. Là où les autres s'empêtrent dans la chair, s'emprisonnent dans les tuniques d'oubli, lui s'y adombre.

Resté uni à Dieu dans la préexistence, en fonction de son lien privilégié avec lui — ici aussi en parfait accord avec l'orthodoxie, le catharisme ne se distingue en ce sens en rien d'une théologie de l'union du Verbe avec Dieu, selon Jean 1 qu'il revendique —, le Christ n'a pas péché. Il vient vers nous en illuminateur, en communicateur de l'Esprit saint, signifié dans le rite du Consolamentum[29], comme don de la réintégration de l'état préexistentiel, que lui-même, exempt de péché, n'a jamais quitté, comme l'atteste sa vie au-delà de la mort. C'est parce qu'il est au-delà de l'exil, qui est pour lui mission, qu'il est à même d'opérer ce salut-réintégration. C'est ce que les polémistes ont interprété invariablement comme docétisme — selon un terme bien imprécis pour rendre compte de la christologie cathare.

En fait le Christ est bel et bien descendu, mais il n'est pas déchu : c'est là l'essentiel de ce « docétisme », qui s'apparente en fait fortement aux hautes christologies que l’on a vue, fait de plusieurs orthodoxies orientales rebutées par les formulations du Concile de Chalcédoine de 451, IVe œcuménique, qui doivent beaucoup, à leurs yeux, non seulement aux nestoriens, mais aussi aux Occidentaux via l'action théologique de l'évêque de Rome Léon le Grand.

Entre Chalcédoine, et sa christologie « basse », qui distingue nettement l'humanité du Christ, et les formulations de Constantinople II, qui elles sont donc considérées par les Occidentaux comme faisant par trop de concessions aux monophysites et à leurs hautes christologies qui privilégient la divinité du Christ, passe une frontière entre Orient et Occident[30].


Assumant une christologie en cohérence avec leur anthropologie préexistentialiste, les cathares se situent nettement du côté chrétien oriental de cette frontière. Rappelons que le IIe Concile de Constantinople était convoqué en 553 par un Justinien qui espérait réconcilier ceux que l'on taxait de monophysisme condamnait aussi la préexistence origénienne.

La frontière est très étroite qui sépare d'une anthropologie de la préexistence, une christologie qui en fait provenir Jésus ; frontière au-delà de laquelle on se trouve en terrain bogomilo-cathare. Laquelle est beaucoup plus hétérogène en revanche aux christologies "basses" de l'Occident.

La persistance du monde de la préexistence ne trouve pas pour seul témoin le Christ. S'il accède à notre monde sans en contracter la corruption, il y vient d'une manière toute particulière. Il y vient pour cela accompagné d'un ange qui n'a pas contracté non plus la corruption, et qui a pour mission d'être sa mère[31], dès lors immaculée comme lui. On a nommé l'Immaculée Conception de Marie[32], thème présent, à une époque où il aurait été inassimilable en Occident, dans l'aphtarto-docétisme, dans on a trace dans le Coran, et que l'on retrouve sous la forme angélique dans le bogomilo-catharisme, à une époque où une telle doctrine est expressément attaquée par cet adversaire des cathares qu'est Bernard de Clairvaux[33], avant de l'être par leurs adversaires dominicains sous la plume de Thomas d'Aquin.

 

L’islam et les christologies basses

Quant au temps de la naissance de l’islam, la seule forme non-monophysite du christianisme, en tout cas en Orient, n'existe qu'en Perse (et en Syrie). Il s'agit du christianisme nestorien, que Mahomet a peu de chances historiques d'avoir rencontré.

Le seul cas envisageable, mais sans certitude, est le Persan Salman, qui rejoint les rangs musulmans. S'il a été chrétien, et nestorien, il a pu avoir son rôle dans la forme prise par la protestation de Mahomet quant à la christologie chrétienne. Mais il demeure inutile de recourir à une telle explication de l'interpellation du prophète.

Car c'est bien comme interpellation que son message se caractérise à l'égard de la christologie chrétienne — en l'occurrence d'une christologie de coloration monophysite. C'est ce que rappelle, entre autres, la tradition des "cinq sous le manteau", où Mahomet se propose — face aux chrétiens du Nejran — lui, sa fille Fatima, son gendre 'Ali, et ses petits-fils Hassan et Hussein, pour un jugement de Dieu, à propos de la christologie. Ordalie que refusent les chrétiens.

Cela nous fait rejoindre ici la thèse de Grégoire : la sourate IV, au verset 156, en plein accord avec une christologie radicalement monophysite comme celle des chrétiens du Nejran, ne témoigne pas en faveur d'un enseignement d'une non-crucifixion historique de Jésus.

En revanche ce texte témoigne de ce que Mahomet se situe dans le contexte d'une christologie très haute, et qu'il n'entend pas remettre en question comme telle ! Ce qui ne l'empêche pas de lui adresser sans relâche de vigoureuses interpellations.

Si l'on veut pratiquer l'analogie, on peut dire de ces interpellations qu'elles tirent dans le sens nestorien. Vers la christologie basse donc, dans un contexte où la christologie haute est la norme.

*

Il apparaît que des auteurs d'une importance considérable, dans les principaux courants de l'islam ancien, admettaient, avec la fiabilité historique des textes judéo-chrétiens, l'historicité de la crucifixion de Jésus, et lisaient le verset de l'élévation / crucifixion autrement que comme l'enseignement d'une non-crucifixion matérielle.

Lorsqu'ils esquissent quelque prise de position, ils rejoignent volontiers le camp nestorien, parlant de non-crucifixion de l' « aspect divin » de Jésus (ismaéliens, falasifa), ou se contentant de référer ce verset à celui des martyrs, non sans recourir à l'usage du paradoxe (Ibn 'Arabi).

Ce faisant, ils rejoignent de façon indirecte la théologie coranique. En effet si ce verset témoigne immédiatement de l'ouverture de Mahomet à la haute christologie des chrétiens de son temps, et notamment de l'Église des Homérites, cette ouverture n'empêche pas le prophète de remettre en question cette haute christologie, ce qui le rapproche d'autant des courants nestoriens, dont rien ne dit toutefois qu'ils les aient connus.

C'est aussi des nestoriens que Ghazâli se sentira proche, dans sa critique des christologies chrétiennes.

Il en ressort que l'islam premier entendrait non seulement ne pas nier la crucifixion du Christ, mais aussi ne pas remettre en question la substance des christologies chrétiennes les plus hautes, que l’on retrouvera dans le catharisme. À l'égard de ces christologies, il se veut plutôt interpellation contre les excès verbaux et religieux qui en procèdent à ses yeux trop facilement. Et milite en faveur d’une christologie basse.

 

Conclusion

Cet aperçu permet de dire que l’idée d’une influence de l’islam sur le catharisme est au fond inutile[34] ; mais permet en revanche de voir apparaître un bain de culture théologique d’origine en commun… qui (bien que l’islam, à l’inverse du catharisme, milite en faveur d’une christologie basse) a pu occasionner des rencontres qu’aurait remarquées Pierre de Vérone… avant que ne les remarquent, peut-être, les Patarins de Bosnie auprès des Turcs…

 

R. P.
Montaillou 4-5-6 août 2004
Mémoire pyrénéenne

  

 


[1] Somme de Pierre de Vérone, éd. T. Kaeppeli, Une somme contre les hérétiques de saint Pierre martyr (?), in Archivum Fratrum Praedicatorum, t. XVII, p. 234, cit. in Jean DUVERNOY, Le catharisme : la religion des cathares, Toulouse, Privat, 1976, p. 87.

[2] IRENEE de LYON, Adversus Haereses, I, xxiv, 3-4, trad. Alain Rousseau, Paris, Cerf, 2001, p. 111-112.

[3] Louis MASSIGNON, « Le Christ dans les Evangiles selon Al-Ghazâli », Opera minora, t. II, Dar Al-Maaref (Liban), 1963 [Revue des études islamiques, 1932, cahier IV], p. 536 (appendice II : La mort du Christ en croix).

[4] Cf. diverses traditions in Michel HAYEK, op. cit., p. 224 ss.

[5] Écritures cathares, éd. Nelli-Brenon, Monaco, Le Rocher, 1995, p 320-321.

[6] Ibid.

[7] Louis MASSIGNON, op. cit., p. 535.

[8] Ibid.

[9] In Michel HAYEK, Le Christ de l'islam, Paris, Seuil, 1959 (présentation et traduction de textes musulmans sur le Christ), p. 232.

[10] Ibid. p. 230.

[11] Ibid. p. 233.

[12] Selon Robert CASPAR, Traité de théologie musulmane, Rome, 1987, p. 219. Les deux autres sont Ibn 'Arabi (cf. infra) et Ibn Taymiyya (qui nous ferait descendre au XIVè siècle, époque où l'exégèse « docète » est devenue la quasi- unanimité), que l'on ne considérera pas.

[13] MASSIGNON, op. cit., p. 534.

[14] ABU HAMID GHAZALI, Réfutation excellente de la divinité de Jésus Christ selon les Évangiles, éd. et trad. par Robert CHIDIAC (Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, sciences rel., vol. 54), Paris, Leroux - P.U.F., 1939.

[15] Cf. MASSIGNON, op. cit., p. 530.

[16] Cit. ibid.

[17] Ibid., p. 531.

[18] Cette réticence vis-à-vis des textes antécédents semble être partagée par l’islam et le catharisme. Coran privilégié par rapport à une Bible finalement rejetée là. Attitude réservée vis-à-vis du Premier Testament au profit du Nouveau ici, chez cathares : attitude très négative à l'égard des textes historiques de la Bible en tout cas, attitude perçue généralement, et de façon trop schématique, comme rejet de l'Ancien Testament. Dans un cas comme dans l’autre attitude réservée cependant, qui peut ressembler tout de même à une façon de scier la branche sur laquelle on est assis. Cela dit, le parallèle que l’on pourrait concevoir est un trompe-l’œil : pas de notion de manipulation des textes à rejeter chez les cathares. Pas de substitution d’un texte « à corriger » par un texte « corrigeant » comme dans l’islam.

[19] À quoi pourrait s'ajouter l'impact négatif de l'image de la croix qui déferle d'Occident. Ce qui peut s'illustrer par la coïncidence des dates de l'appel de Clermont à la première Croisade et de la vocation religieuse de Ghazâli — 1095.

S’est développé le culte du tombeau vide, du saint sépulcre, et des rognures d’ongles et autres reliques de Jésus ! D’autant plus surprenant — et cela nous ramène au cœur de l’actualité — que ce soit là, dit-on communément, la cause initiale des Croisades : garantir les pèlerinages au tombeau vide. Cela pour s’entendre dire qu’il n’est pas là ? Est-ce pour n’avoir pas entendu la parole silencieuse de l’Ange aux femmes du tombeau du dimanche de Pâques : « il n’est pas ici », qu’on fomenta huit croisades — et plus ? Gageons que c’est cette découverte désormais irréfutable : le tombeau est vide, qui orientera dès lors le Moyen Age vers la République laïque ; à travers la réception de la pensée politique du musulman médiéval, hérétique aussi en terre d’islam, Averroès ! Le théoricien français de la laïcité, Ernest Renan, lui rendra cet hommage.

[20] Robert CASPAR, op. cit., p. 219.

[21] In HAYEK, op. cit., p. 227.

[22] IBN 'ARABI, Futûhat Makkiyya, ch. 195, 388. 5, d'après la traduction anglaise de William C. CHITTICK, in Les illuminations de La Mecque, textes traduits en français et en anglais, ouv. coll, Paris, Sindbad, 1988, p. 269-270.

[23] Pour la possibilité de sympathie monophysite à l'égard de la théologie johannique, cf. Raymond E. BROWN, La communauté du disciple bien-aimé (Lectio divina 115), Paris, Cerf, 1983, p. 127, n. 230, le "danger de monophysisme" dérivable du johannisme.

[24] Henri GREGOIRE, « Mahomet et le monophysisme », Mélanges Charles Diehl, I, Paris, Leroux - P.U.F., 1930, p. 107 ss.

[25] Ibid. p. 112.

[26] Ibid., p. 114.

[27] Ibid. p. 116-118. Pour mémoire l'aphtartodocétisme consiste à affirmer que le Christ a revêtu une nature humaine exempte de la corruption adamique, une nature adamique ante-lapsaire.

Sur l'état des controverses christologiques au sein de la chrétienté aux premiers siècles de l'islam, cf. aussi, Ch. J. LEDIT, Mahomet, Israël et le Christ, Paris, 1956, au début.

[28] Rappelons que cet enseignement de Constantinople II affirme que dans l'union du Christ et de la divinité, l'hypostase (non pas la nature) humaine est écartée, la nature humaine étant assumée par l'hypostase du Verbe. Cf. Jean MEYENDORFF, Initiation à la théologie byzantine, Paris, Cerf, 1975, p. 210, les attaques contre ce dogme de ceux qui craignent que ne s'y trouvent des latences monophysites, "néo-chalcédoniennes".

[29] Cela pour une accentuation de la pneumatologie qui peut donner à l'Occidental l'impression d'un déficit trinitaire concernant le Fils, mais qui renvoie surtout, aussi, indirectement en Orient — et à la forme orthodoxe orientale de la théologie trinitaire.

[30] Qui ira s'accentuant après la crise cathare (cf. infra. les nouvelles perspectives théologiques issues des adversaires des cathares et dont on ne retrouve pas l'équivalent en Orient ; le problème bogomile y a été traité différemment). Cela pourrait s'illustrer avec l'iconographie. Il est connu que des Christ en majesté de l'époque carolingienne, encore proches de l'iconographie byzantine — malgré la rupture qui apparaît déjà en théologie de l'icône dans la différence d'approche entre le Concile de Nicée II (787) et le Concile de Frankfort (795) — aux représentations du bas-Moyen Âge latin, l'évolution s'est faite dans un sens accentuant l'humanité du Christ et les réalités naturelles. Avec ce moment tournant, les fameuses fresques de Giotto figurant la vie de François d'Assise, où apparaît ce lieu symptôme des réalités naturelles : la perspective. En tout cela aussi le catharisme, proche de l'Orient et donc des temps carolingiens, pouvait faire, comme cela a été remarqué ailleurs, figure de conservatisme.

[31] Interrogatio Iohannis 8, Version de Carcassonne, trad. Nelli, in Écritures cathares, op. cit., p.53. Cf. aussi divers témoignages à ce sujet in Jean DUVERNOY, Le catharisme, op. cit., pp. 88, 116.

[32] Cf. Roland POUPIN, "Les cathares et l'Immaculée Conception", in éd. Emmanuel LE ROY LADURIE, Autour de Montaillou, village occitan, Castelnaud la Chapelle, L’Hydre, 2001, Actes du Colloque de Montaillou d’août 2000.

[33] On sait que Bernard fustige les chanoines de Lyon pour tenir cette doctrine. On est à l'époque de la naissance du valdéisme (mi XIIe), dans des milieux en ébullition, dont il est permis de se demander quel est leur rapport avec un pré-catharisme, qui au regard de cette doctrine fondée en haute christologie renvoie peut-être sous cet angle à son contact bogomile (déjà établi selon les sources diverses au milieu du XIIe).

[34] Sur ce fond commun l’islam a sans doute même dépassé le catharisme, puisqu’il en est venu majoritairement à considérer que Jésus avait pu simplement éviter la croix, la vidant de toute signification, même symbolique ou mythique. La fonction d’évacuation de la violence qu’elle garde évidemment dans le catharisme y est simplement évitée, au risque de voir la violence resurgir (cf. à ce sujet la théorie de René Girard), sous une forme somme toute classique…

 

 

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