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Autour de l’Édit de Nantes (1)

Par rolpoup :: mercredi 28 février 2007 à 9:03 :: Réformation

 

 

  

 



Autour de l’Édit de Nantes

 

 

 

 

En avril 1598, Henri IV signait à Nantes un Édit donnant pour un siècle une paix religieuse globale à la France. Depuis François Ier, au début du XVIe siècle, la France hésite entre l’Église catholique romaine et la foi de la Réforme. Le phénomène est alors international. Mais ailleurs des solutions ont été tranchées. L'Espagne s'est durcie dans un catholicisme intransigeant. L'Angleterre a rompu avec Rome.

Entre ces deux grandes puissances, les diverses principautés et autres États chrétiens européens en sont venus à cohabiter sur le principe scellé à la fin de la guerre de 30 ans dans la paix d'Augsbourg (en 1555) : cujus regio, ejus religio - ce qui signifie que chaque roi détermine la religion de son peuple.

 

*

 

La France, elle, hésite alors encore. S'y trouvent trois partis principaux.

Premier parti, celui du roi, issu de la tradition humaniste ; le roi est chrétien, certes, - “roi très chrétien” même, tel est son titre - chrétien et catholique, mais il n'hésite pas à traiter, depuis François Ier, avec les États protestants et même avec la Turquie musulmane contre l'Espagne catholique. Attitude très moderne à l'époque dont on ne trouve l'équivalent qu'en Angleterre, traitant avec la Perse.

Second parti en France, le parti ultra catholique, qui formera la Ligue, s'alliant avec l'ennemi espagnol pour garantir un catholicisme intransigeant.

Troisième parti, les protestants, avec une aile stricte et une aile modérée, proche du parti du roi.

Dans l'esprit du roi, il doit pouvoir dès lors s'esquisser entre un catholicisme modéré et un protestantisme modéré un compromis gallican (Église à la Française) sur un mode pas si éloigné que ça de l’Église anglicane en Angleterre - malgré qu'en France la rupture avec Rome n'ait pas eu lieu. Pour Henri III, cette volonté de compromis lui vaudra d'être assassiné par un tenant du parti ultra catholique. Pour Henri IV, le compromis passera par sa conversion au catholicisme - on connaît la fameuse formule "Paris vaut bien une messe", puis, pour lui aussi, débouchera sur son assassinat.

L’Édit de Nantes s'inscrit dans cette lignée royaliste, dite "politique" - autre titre, plus commun, que l'on donne au parti royaliste. Plusieurs édits similaires ont précédé l’Édit de Nantes. Il se spécifie par ce qu'il est la première esquisse presque réussie du projet royal gallican, qui échouera finalement, échec scellé par sa Révocation par Louis XIV en 1685.

 

*

 

Dès lors, suite à la persécution des non catholiques, la religion à la Française prendra le chemin de la laïcité. Quant au XVIe siècle, l'esquisse de cette future laïcité se situe plutôt, en France, du côté de l'alliance avec les princes protestants ou avec le Grand Turc - alliances que la royauté française a contractées dès François Ier - que du côté du projet gallican de l’Édit de Nantes. En Angleterre, l’Église parallèle à celle du projet, l’Église anglicane, n'était pas le lieu de la laïcité, mais plutôt son opposition puritaine (équivalent anglais de l'aile stricte du protestantisme français d'alors) - qui en venait déjà à voir d'un bon oeil l'idée d'accorder la liberté de culte aux juifs ou aux musulmans.

 

*

 

L’Édit de Nantes évoque quelque chose de connu : ce document royal signé par Henri IV en 1598, entre le 13 et le 30 avril selon les hypothèses, et qui permet pour près d'un siècle la cohabitation des catholiques et des protestants en France. Tant bien que mal.

Édit, donc, document royal, signé à Nantes où Henri IV vient de remporter la victoire sur ses ennemis ligueurs, alliés à l'Espagne, en obtenant le ralliement de Mercoeur qui tenait la Bretagne, dernier bastion de la Ligue, c'est-à-dire des ultra  catholiques.

Nantes donc. Le lieu est symbolique, parce qu'il est le dernier bastion catholique à résister à Henri IV ; cela concernant l'époque de la signature de l’Édit Symbolique aussi pour nous, avec le recul, pour sa portée pédagogique : à l'époque l’Édit de Nantes représentait sans doute peu de choses. Précédé par toute une série d'édits similaires, donnant autant de paix provisoires, il n'a alors pas la portée quasi mythique qu'il a acquise depuis quant à la question de la tolérance.

Symbolique pour nous de même le fait que l’Édit n'empêche pas que pour trois siècles, Nantes où il est signé, sera le principal port esclavagiste français, qui sera à l'origine de la déportation de milliers d'hommes. Et le Code noir date de la même année que l’Édit de Nantes, 1685. Le symbole n'est pas indifférent concernant le rapport de la discrimination religieuse et de la discrimination raciale d'une part, et de la liberté d'autre part.

Nantes, ville ligueuse donc. Ville ultra catholique proche de l'ennemi d'alors, l'Espagne. Pourquoi cela, pourquoi une inimitié vis-à-vis des protestants telle qu'elle pousse à s'allier contre eux avec l'ennemi de la nation ?

Pour le comprendre, on peut emprunter cette description d'un sociologue contemporain[1] : "le protestantisme a extrêmement réduit le champ de l'extension du sacré dans la réalité si on le compare au catholicisme qui lui fait face" dit-il. Il poursuit : "L'immense réseau d'intercession qui unit le catholique vivant ici-bas aux saints et aux âmes de tous les défunts disparaît [...]. Ce processus a été très bien résumé dans l'expression (de Max Weber) 'désenchantement (= dés-ensorcellement) du monde'. Le croyant protestant ne vit plus dans un monde toujours et partout pénétré des des êtres et des forces sacrés".

Cela certes, n'est sans doute pas pleinement paru comme tel au XVIe siècle, mais a pu frapper l'intuition populaire catholique comme le montrent certains actes - B. Cottret, signale des cas de profanation de cadavres de protestants[2]. Actes typiques d'une panique devant l'intuition d'un monde qui se scinde et se désenchante.

 

*

 

Face à un monde que l'on perçoit comme s'écroulant, la guerre est donc passionnelle. Côté Ligue - ultra catholique -, on hait le roi, et pas seulement Henri IV, mais déjà ses prédécesseurs plus ou moins humanistes (J.M. Constant, dans son livre sur La Ligue  montre la foule brûlant un tableau représentant Henri III fondant l'Ordre du Saint-Esprit - lieu par excellence du parti des "politiques"[3]).  

Un véritable anti-royalisme se fait jour - en tout cas quant à la royauté en son état d'alors (puisqu'il s'agit essentiellement de renverser la dynastie des Valois au profit d'une dynastie plus nettement catholique - les Guise par exemple). Cet anti-royalisme populiste existe depuis longtemps. Henri III en a été victime, assassiné par un moine. Henri IV, ex-protestant, accédant au trône avec la bénédiction de Henri III, et dont son abjuration ultérieure n'a pas fait un catholique enthousiaste, ne peut qu'être suspect à plus forte raison. On sait qu'il mourra assassiné lui aussi.

 

 

*

 

Dans ce contexte, l’Édit de Nantes est avant tout un coup d'arrêt aux guerres de religion, un fruit de la lassitude face à des guerres dont on comprenait que par leur moyen, on ne parviendrait pas à se réduire l'un l'autre. Où côté catholique majoritaire, qu'on ne réduirait l'autre, minorité tout de même importante, qu'à trop grand prix... Alors, par réalisme, on se résout à la paix.

 

*

 

Face à cela, voilà l'intérêt des commémorations - ici de la commémoration de cet Édit de Nantes devenu mythique par la vertu du regard historique rétrospectif. Outre ce fait, que la commémoration donne sens au passé, le passé peut devenir par là riche de leçons dans les circonstances, toujours différentes certes, du présent.

Concernant l’Édit de Nantes aussi, il s'agit donc en premier lieu de comprendre ce qu'il fut en son temps, pour pouvoir, en second lieu, discerner de quelles leçons et significations il est porteur pour nous.

Par rapport au sens de l’Édit de Nantes en son temps, il n'est pas si facile à comprendre que ce que l'on croit trop facilement. C'est ainsi, par exemple, qu'en le comprenant comme on est tenté de le faire, comme une étape dans un cheminement qui conduit vers les Droits de l'Homme et la laïcité, il est à craindre qu'on ne glisse vers de nombreux contresens. Le moindre n'est pas celui qui veut que l’Édit de Nantes étant une étape vers la laïcité, c'est qu'il en est l'ancêtre.

J'ai déjà suggéré qu'à travers le parallèle de l'Angleterre de l'époque, on peut soutenir à peu près l'inverse. A savoir que c'est plutôt parce que l’Édit de Nantes a échoué que la France est aujourd'hui un État laïque. Ou en d'autres termes, que la laïcité n'est pas tant issue de l’Édit de Nantes en soi, que par une sorte de paradoxe, de sa Révocation par Louis XIV, et cela, certes, contre le souhait de Louis XIV.

 

*

 

On commet ce contresens, donc, en lisant l’Édit  de Nantes comme une étape, et pour ce faire, en ne lisant l'histoire que dans un cadre franco-français - où effectivement avec le recul, il pourrait n'apparaître que tel : une étape. L’Édit de Nantes serait alors une spécificité française, point de départ d'une évolution vers cette autre spécificité française, la laïcité.

Mais sans compter le fait que la laïcité en général n'est peut-être pas si spécifiquement française que cela, lire l’Édit de Nantes dans un simple cadre national, risque d'être, sachant le contexte du XVIe siècle, la meilleure garantie de ne pas le comprendre[4]. Selon E.G. Léonard, "la grande politique se faisait alors hors de France, et c'était l'hostilité anglo-espagnole qui préparait les destins de l'Europe [...]"[5].

*

 

On situera donc la France du XVIe siècle dans le cadre international qui est le sien. Au XVIe siècle, la France est quatrième de trois grandes puissances européennes ; elle est au carrefour de ces trois grandes puissances, et aussi des grandes idéologies européennes de l'époque.

 

*

 

La première grande puissance de l'époque est l'Espagne, en lien avec l'Empire germanique des Habsbourg, de même famille royale - et dotée de l'appui de la Papauté. L'Espagne est la puissance catholique par excellence - selon de le titre de ses rois, les rois catholiques, précisément.

A l'heure où l'Europe est agitée par le mouvement humaniste qui débouchera sur les rives de la Réforme, l'Espagne a réussi à renforcer son catholicisme. Elle vient de conquérir des continents lointains. En 1492, Christophe Colomb atteignait les îles d'Amérique au profit de la reine Isabelle la Catholique. En 1492 aussi, l'Espagne achevait, sous le pouvoir de cette même Isabelle, la Reconquête de la péninsule ibérique contre les musulmans. Reconquête qui s'accompagnait de l'expulsion des juifs et des musulmans, expulsion ou conversion forcée.

Depuis, l'Inquisition pourchassait impitoyablement les nouveaux chrétiens, ex-juifs, ou ex-musulmans, mal convertis, continuant leur ancien culte en secret. Protestants, héritiers des humanistes, et autres alhumbrados ont été éliminés. Alors l'Espagne et l'Inquisition esquissent les premières théories racistes : les bons chrétiens étant ceux dont les ancêtres étaient déjà catholiques, on parle de pureté du sang, en l’occurrence celui des grands-parents eux-mêmes chrétiens et catholiques.

Plus grande puissance d'alors, sa politique persévérante de préférence nationale-religieuse-raciale, la mènera progressivement au déclin, alors que ses ennemis se développeront. Pour ne prendre qu'un exemple, sa politique de préférence nationale-raciale étendue à toute la péninsule ibérique verra l'exil de la famille juive portugaise des Spinoza qui ira enrichir matériellement et spirituellement la Hollande protestante qui les accueille. Une ligne de continuité certaine, dans le déclin, relie cette Espagne glorieuse qui, encouragée en cela par la Papauté d'alors, se replie sur un catholicisme intégriste, jusqu'à devenir en quelques siècles ce pays sous-développé qui viendra s'éteindre sur le lit de mort de Franco, allié comme à la Papauté, à tous les fascismes européens du XXe siècle - cette Espagne s'éteindra là pour ne renaître qu'avec Juan Carlos, pour l’anecdote Bourbon, descendant d'Henri IV, et qui mettra en place avec quatre siècles de retard une politique religieuse finalement fort proche du projet de l’Édit de Nantes !

Mais au XVIe siècle, on est avant la CEE et avant Vatican II. Et à l'époque l'intégrisme catholique s'étend depuis le Vatican et l'Espagne, à tout le continent européen, notamment germanique, par les Habsbourg, et jusqu'aux autres zones catholiques européennes.

Ce courant a donc aussi des partisans, nombreux, en France. Au XVIe siècle, il s'agit de la Ligue, parti anti-protestant et anti-humaniste, soutenu par le roi espagnol Philippe II. Ici l'ennemi international est double, les protestants et les Turcs.

 

*

 

Deuxième grande puissance européenne d'alors, on a nommé les Turcs, avec pour ennemi, l'Espagne et par elle la catholicité en général, cela dans la perspective d'une continuation des Croisades.

Au XVIe siècle, les Turcs dominent l'essentiel du monde musulman, en tout cas sunnite, puisque c'est à l'exception au moins des Persans chiites. Les Turcs ont définitivement renversé les Arabes au XVe siècle, au grand désespoir de ce témoin arabe du fait, le sociologue Ibn Khaldoun. C'est au point qu'au XVIe siècle, en chrétienté, musulman se dit Turc, tout simplement.

Renversés par les Turcs, les Arabes n'ont pas manqué de léguer une oeuvre philosophique importante, notamment à la chrétienté - on pense bien sûr à Averroès, à l'origine d'une pensée, notamment politique, décisive pour l'Occident comme première esquisse de l'idée de séparation effective des pouvoirs temporel et spirituel. Ainsi le poète italien, Dante Alighieri, qui se réclame de l'averroïsme politique, et de ladite séparation des pouvoirs.

On est aussi avec Dante, devant l'un des premiers humanistes de ce qui sera la Renaissance. Et l'humanisme est évidemment conscient de son universalité scientifique et philosophique, qui entend dépasser les deux universalisme plus étroits, en conflit, que sont la chrétienté et l'islam. D'où l'Alliance que François Ier traite avec les Turcs contre les Espagnols, attitude incompréhensible pour les catholiques stricts, qui commencent dès lors à développer leur suspicion, allant bientôt jusqu'aux assassinats, à l'égard des rois de France. En cela, ils sont encouragés par le pape, qui continue à rêver de Croisade (tel Grégoire XIII qui pour dire officiellement sa joie de voir massacrer les hérétiques lors de la St-Barthélémy, commande à Giorgio Vasari une fresque qu'il fait placer en face de celle célébrant la bataille de Lépante où les Habsbourg battaient les Turcs en 1571. Les deux fresques ornent toujours la salle Regia du Vatican).

Concernant la question de la tolérance, on sait que les musulmans la pratiquaient de façon relative à l'égard de ceux qu'il appelaient les dhimmis, relativement "protégés", à savoir ce qui sont considérés comme "gens du Livre", à la tête desquels les juifs et les chrétiens. Cela fait que dans les régions proches de l'Empire turc, comme la Hongrie, certains protestants préfèreront la domination turque, qui, au vu de ce que les Turcs ne se mêlaient pas des querelles doctrinales internes au christianisme, se montraient à leur égard plus tolérants que les catholiques. Cela étant dit, la tolérance en question est toute relative, très loin de la laïcité, et contrairement à une impression première, sans rapport réel non plus avec l’Édit de Nantes, on le verra.

Le contact intéressant et utile aux nouvelles conceptions politiques de l'Occident est celui qui concerne le biais philosophique, Averroès, et non la pratique officielle de la tolérance relative traditionnelle, qui a son équivalent traditionnel en chrétienté concernant les minorités juives.

Entre les Turcs donc et les Espagnols, l'attitude du roi de France est mitigée, s'alliant tantôt avec les uns, tantôt avec les autres. Même ambiguïté à l'égard des protestants - François Ier fait massacrer les vaudois du Lubéron mais est dans le camp protestant lors de la guerre de 30 ans - ambiguïté aussi avec la troisième puissance européenne d'alors, protestante donc, l'Angleterre.

 

*

 

Troisième puissance européenne, l'Angleterre est, malgré cette ambiguïté des alliances, celle dont la royauté française est sans doute la plus proche par son attitude.

Comme les rois de France, les rois d'Angleterre, sous l'influence humaniste, ont marqué leur distance d'avec la Papauté. Il ont eux, franchi le pas que les rois de France n'ont pas franchi. Il ont rompu avec Rome, suite à décision du roi Henri VIII - officiellement, on le sait pour des raisons matrimoniales, mais ici comme ailleurs les choses sont évidemment plus compliquées. François Ier a sans doute aussi été tenté. Mais quand même traditionnellement plus libre vis-à-vis de Rome - ayant en outre eux-mêmes une fonction sacerdotale de par leur sacre, les rois de France ont peut-être cru n'avoir pas besoin de franchir le pas.

En fait, on attribue souvent le fait que François Ier soit resté dans le giron romain à "l'Affaire des placards" où une attitude jugée peu respectueuse d'un responsable protestant affichant un traité contre la messe jusque dans les appartements royaux, aurait bloqué définitivement le roi à l'égard de la Réforme.

Quoiqu'il en soit l'Angleterre a franchi un pas que la France n'a pas franchi. Dès lors s'y constitue une Église anglicane, qui tout en maintenant sa structure traditionnelle, épiscopale - donc avec prêtres, évêques, et archevêque à Canterbury, tous soumis au roi - ; tout en maintenant cette structure, adopte une doctrine dans l'ensemble calviniste. Le tout, on le sait avec l'aval global de Calvin. Calvin correspondant avec le jeune roi Édouard VI, l'encourageait à ne pas bouleverser l'ancienne structure. Même si le résultat final, sous la reine Élisabeth Ière marque un certain recul par rapport au temps d’Édouard VI, on est dans un cadre doctrinal globalement calviniste. Cela ne fait certes pas disparaître les diverses tendances au sein de l’Église anglicane, depuis les plus catholicisantes, jusqu'aux plus purement calvinistes - selon le modèle en place à Genève - c'est-à-dire de type représentatif, on dirait peut-être aujourd'hui "démocratique".

Volonté de réforme plus radicale, plus purement démocratique, on a nommé les puritains (le terme désignant avant tout cette volonté de réforme plus purement représentative). Les puritains, connaissent plusieurs courants, depuis les réformés jusqu'aux quakers, et passant par les indépendants et les baptistes. Les tensions ne cesseront de croître entre les puritains et les partisans de la royauté anglaise avec les évêques comme soutien de la structure monarchique. Les tensions déboucheront sur la Révolution puritaine de Cromwell, pour laquelle on peut parler de première esquisse de ce qui sera la laïcité, le pouvoir refusant de se mêler des questions internes aux Églises.

Cette Révolution est incontournablement l'ancêtre des Révolutions plus clairement laïques que sont la Révolution américaine, et surtout la Révolution française, qui s'en réclamait explicitement. Quant à l'Angleterre, on sait que la monarchie et l’Église anglicane ont été rétablies, elles qui sont dans une autre tradition que la laïcité. 

 

 

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Autour de l’Édit de Nantes (2)

Par rolpoup :: mercredi 28 février 2007 à 9:02 :: Réformation

 

 

 

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Ce parcours schématique nous ramène à la France du XVIe siècle. On l'a dit, au carrefour des autres puissances, plus proche de celle-ci que de celle-là, mais ne s'y assimilant jamais complètement, s'y esquissera une autre voie, signifiée par l’Édit de Nantes, qui de par son échec s'avèrera avoir annoncé le développement français systématique de la laïcité. Mais par cela seulement. Avant d'en venir là on considérera rapidement les données conduisant à l’Édit de Nantes et par là ce qu'il voulait signifier.

Comme pour l'Angleterre, l'espérance protestante pour la France est d'y voir se développer une Église gallicane réformée. Cela est net chez Calvin. Ainsi dédicace-t-il son Institution de la religion chrétienne au roi François Ier, en parallèle avec ce qu'il se montre réticent à l'établissement trop rapide d’Églises réformées en France. Calvin trouverait volontiers dans la famille royale française l'équivalent d'un Édouard VI d'Angleterre. Ce faisant, Calvin n'est nullement irréaliste. Simplement son espérance pour la France ne se réalise pas - on a vu que l'échec de ce projet a été attribué à "l'Affaire des Placards". Peut-être "l'Affaire des Placards" n'est-elle que le symptôme d'une réalité sociale plus profonde dans la France d'alors. La Ligue montre l'existence d'un catholicisme populaire très fort.

Quoiqu'il en soit, le projet de la constitution d'une Église gallicane ouverte aux idées de la Réforme, bien que sans doute nuancé dans un sens catholicisant, n'est pas abandonné après ce premier échec. Le pôle royal, qui, réaliste, n'ignore pas la force du parti catholique, ne peut pas ignorer non plus, par réalisme aussi, que le parti protestant est alors loin d'être négligeable. Et après François Ier, ce fait est central dans la politique royale. "Politique", terme qui désigne les partisans de la voie moyenne.

Le personnage central en France est bientôt Catherine de Médicis, la belle-fille de François Ier. Épouse de son fils Henri II, elle est la mère des trois rois qui lui succèdent, les trois derniers Valois, qui verront l'extinction de la dynastie, et l'élévation au trône d'Henri IV, Bourbon, signataire de l’Édit de Nantes. Catherine de Médicis accède au pouvoir réel du fait du bas âge de ses deux premiers fils rois, François II, qui accède au trône à 14 ans, et surtout Charles IX, qui y monte à 10 ans. C'est sous son règne qu'elle se fait attribuer la Régence. Elle règne donc de fait. Elle aussi est du parti réaliste, et est prête à faire de réelles concessions aux protestants, non par idéal bien sûr : elle sera l'instigatrice principale, selon toute vraisemblance, du massacre de la St-Barthélémy - en tout cas de son déclenchement, cela sans doute aussi par réalisme, parfois aux frontières mal marquées du cynisme.

Mais avant cela, c'est elle qui appuie le Colloque de Poissy, qui en 1561, réunissait catholiques et protestants en vue d'un accord qui aurait pu aller plus loin que l'on peut imaginer. On y trouve des évêques protestants, comme celui d'Uzès et celui de Valence, et même un cardinal protestant, le cardinal de Châtillon, qui ne participeront pas à la communion romaine, mais se réuniront pour recevoir une sainte Cène - calviniste donc - distribuée par l'évêque d'Uzès. C'est sur le mode de présence du Christ à la Cène, précisément, que se trouvait la difficulté de l'accord entre ces divers évêques et pasteurs à Poissy - signe de ce que la tentation gallicane unitaire était forte. C'est au point que l'accord était proche de se faire sur la Confession luthérienne d'Augsbourg. Mais il y eut blocage des deux côtés.

Après l'échec sous François Ier, après ce second échec marquant de Poissy, l'espérance gallicane unitaire s'éloigne un peu plus. Des expériences de rencontre possibles jusque là deviennent de moins en moins vraisemblables. Pensez qu'en 1561, l'année du colloque de Poissy, donc, un évêque comme celui de Troyes, Antoine Caracciolo était reconnu par les protestants de son diocèse comme pasteur de leur communauté, dirigeant les cultes après avoir célébré les offices catholiques !

Mais 1561 est suivi par 1562, année où le chef du parti catholique intransigeant, le duc de Guise, perpétrait le massacre de Vassy, massacre de protestants en train de célébrer le culte (le dimanche 1er mars 1562) - entraînant la première guerre de religion. Deux mois avant, Catherine de Médicis avait signé l’Édit de janvier accordant aux protestants une liberté bien plus étendue que celle qu’octroiera l’Édit de Nantes. Dix ans plus tard, avait lieu le massacre de la St-Barthélémy : que de chemin parcouru !

Mais jusqu'à Henri IV inclus et à l’Édit de Nantes, de guerres en édits de pacification, toute une part des protestants et des catholiques modérés n'ont jamais désespéré de voir ce projet toujours plus insaisissable se réaliser quand même.

C'est au point que lorsqu'Henri III, dernier Valois et prédécesseur d'Henri IV, fondait l'Ordre du Saint Esprit, symbole s'il en est de la fidélité à la royauté, il créait, sans le savoir, le modèle de la croix huguenote. L'Ordre du Saint-Esprit est le lieu de rencontre des politiques, ce parti du centre. C'est si évident qu'on voit les ligueurs y concentrer leur haine. Or, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, l'Ordre du Saint-Esprit est ce dont les rois de France ornent leur poitrine. Choisir ce symbole comme celui du protestantisme français n'était évidemment pas indifférent. On ne pouvait mieux traduire une espérance gallicane, d'autant que tout le monde savait ce que c'était.

On est donc avant le temps de la laïcité et de la République, qui verra disparaître des croix huguenotes les fleurs de lys ; avant même le temps de la Révocation et de la clandestinité, qui verra la colombe devenir larme.

C'est le temps de l’Édit de Nantes et de l'espérance gallicane. Henri IV a donc signé le document, donnant la liberté de conscience aux protestants. Ce qui ne signifie pas on le sait que cette liberté ne soit pas strictement contrôlée, déjà restreinte même avant signature par la révision du Parlement de Paris. Le projet qui y apparaît n'en est pas moins assez favorable aux protestants, sur le plan politico-militaire et juridique plutôt que sur le plan religieux ou il apparaît comme assez restrictif.

Au plan civil, les protestants ont accès à toutes les fonctions, les nobles protestants conservent leurs privilèges et les cours de justice voient les protestants représentés équitablement. En revanche quant au culte, il est interdit à Paris, ville royale, et dans les villes épiscopales, autorisé dans les places seigneuriales protestantes - places armées, donc, à l'époque -, et ailleurs, il est autorisé en deux lieux par baillage ou sénéchaussée, sortes de circonscriptions juridiques de l'époque. Ce déséquilibre entre l'aspect politique apparemment ouvert et l'aspect religieux plus restreint peut surprendre, cela surtout si on le juge à l'aune de la laïcité. On dira alors que l’Édit de Nantes en est loin, l'inscrivant sur le fameux chemin qui y conduit ; on pourra même trouver qu'à côté de cela, l’Édit est en outre bien compréhensif à l'égard de privilèges de castes, aristocratiques - aristocratie où tous sont plus ou moins en lien familial.

Mais si, en revanche, on laisse cette perspective pour se resituer dans le contexte de l'époque, et dans la perspective du parallèle international qu'on a vu, alors les choses prennent un tout autre sens. Où l'on reparle du projet royal gallican. La société d'alors est toute religieuse et hiérarchique, d'une hiérarchie dans laquelle, le politique, le juridique et le militaire sont intégrés à part entière. Au sommet de cette hiérarchie politico-religieuse, le roi, personnage sacré, oint, clé de voûte de la structure religieuse. Immédiatement en dessous les évêques, dans la sphère desquels cette même hiérarchie se reproduit de façon réduite. Au dessous encore dans cette hiérarchie royale, la noblesse, elle-même hiérarchisée. Le tout se compliquant bien sûr de divers rouages juridiques, des parlements aux baillages. Vu sous cet angle, les choses s'éclairent. Avec l’Édit de Nantes, on est très proche du cujus regio ejus religio (à chaque peuple la religion de son roi) adopté ailleurs en Europe suite à la paix d'Augsbourg, mais le principe se voit réinscrit dans la hiérarchie politico-religieuse gallicane. Au sommet le roi : dans sa ville, on pratique sa religion, de même dans les villes épiscopales. On a vu ce qu'il en était lorsque des évêques pouvaient encore être protestants, au début du XVIe siècle. On a vu aussi le cas le Caracciolo, à la fois évêque catholique et pasteur protestant dans son diocèse de Troyes, y produisant une sorte de préfiguration en miniature de l’Édit de Nantes. A l'époque de l’Édit, après la clôture du Concile de Trente en 1563, il n'y a plus d'évêques protestants, mais il y a toujours les nobles protestants, et sur leur place à eux qui sont donc partie intégrante de cette hiérarchie religieuse, la liberté de culte est pleinement assurée. Et puisque par eux, le protestantisme s'inscrit comme réalité de la société française, on concèdera des lieux de cultes ailleurs, un peu comme on les concède aux délégations étrangères des ambassades.

Mais en outre, au vu du souci de garantir les droits en justice des protestants, se dessine l'intégralité du projet, constituer une Église de France à l'Anglaise. C'est ainsi que dans cette perspective, le fameux sigle R.P.R., Religion Prétendue Réformée, n'est peut-être pas si discriminant qu'on pourrait le penser, en ce sens que pour de nombreux protestants d'alors, l'espérance originelle d'une réforme de l’Église de France n'est nullement abandonnée, et jusque là, l’Église n'est pas encore réformée, la réforme n'est toujours que prétendue. Sans compter que le poids de l’Église de France est suffisant pour que l'on puisse espérer une Réforme partielle, dans un sens protestant, sans rupture totale avec Rome. Évidemment ce n'est pas l'interprétation que les plus catholiques font du sigle, pensant eux que la Réforme a eu lieu à Trente. Mais un Duplessis-Mornay, conseiller d'Henri IV, ne fait pas mystère de son espérance de voir rompu le chemin qui mène de Paris à Rome, et donc de voir aboutir la Réforme telle que la souhaitait Calvin, mais certes d'une nouvelle façon, plus intermédiaire.

On sait que le chemin ne sera pas rompu et que l'espérance gallicane se réalisera d'une autre façon encore, qui exclura les protestants. Alors l’Édit de Nantes n'apparaît plus que comme lieu de tolérance de l'hérésie, et dès lors, tout au plus avancée considérable sur tout ce qui s'est fait alors, y compris chez les Turcs et leur système de tolérance des Gens du Livre que les philosophes donneront bientôt en exemple. Avancée même par rapport à cela, puisque dans l'islam, il n'est pas question de tolérer ce qui serait perçu comme hérésie, ou prétendue Révélation ultérieure au Coran. Mais une telle avancée ne vaut en Europe que dans la Révolution puritaine anglaise. L’Édit de Nantes n'est sans doute pas cela - pas une esquisse de la laïcité, mais un projet intégrant gallican échoué.

 

*

 

L'histoire a donc vu en son temps l’Édit de Nantes ne pas aboutir. Il faut dire que le compromis était mal parti. La Papauté, qui s'était réjouie officiellement du massacre de la St-Barthélémy, condamnait vigoureusement l’Édit royal - par la voix de Clément VIII. Et lorsque Louis XIV le révoque en 1685, il prétend en fait avoir réalisé l'objectif de son grand-père : constituer une seule religion gallicane. Simplement moins tolérante. Compte surtout pour lui la puissance économique de la France, qui selon sa mentalité, est liée à l'uniformité religieuse.

Domine alors, quant à la signification de Nantes, le réalisme économique. Nantes, non pas lieu de la tolérance, mais premier port esclavagiste français. En 1685, lorsque au mois d'octobre, il révoque l’Édit de son grand-père, il a déjà fait publier, depuis le mois d'Août, le "code noir", qui fait des esclaves non pas des êtres humains, mais des meubles ! On l'a compris, on connaissait alors la discrimination religieuse. Or, la légitimation de la pratique de l'esclavage se fondait antan sur l'autorisation que l'on se donnait d'exploiter des non chrétiens, là où en islam on s'autorisait à exploiter des non musulmans.

Puisque les esclaves devenaient chrétiens - car le "code noir" commandait de les baptiser ! -, restait pour les discriminer, la couleur de leur peau. Ainsi est né le racisme, devenu si évident qu'il affectait jusqu'aux philosophes des Lumières - né du mépris, colporté sur tout les continents colonisés. Ainsi rejaillissait sur tous les non Européens ce mépris qui, rejoignant celui qu'on portait aux juifs, s'inventait les théories pseudo scientifiques à base génétique, qui ont plongé l'Europe contemporaine dans le cauchemar que l'on sait, écho à celui de l'esclavage.

Où l'on voit apparaître le rapport que nous avait déjà fait pressentir l'Inquisition espagnole entre la discrimination religieuse et les autres discriminations, notamment raciale. Où l'on voit donc aussi l'actualité où nous mène la commémoration de l’Édit de Nantes.

 

*

 

Ce qui nous conduit, après un parcours dans ces divers chemins, à une question : aujourd'hui laïque, la France assumera-t-elle l'héritage de l’Édit de Nantes en sachant intégrer dans la laïcité ce qu'elle ne savait pas intégrer dans l’Église gallicane, la différence, religieuse - ou autre ? Cela concernant aujourd'hui non pas avant tout les protestants bien sûr, mais cette religion actuellement mal assumée, l'islam, mais aussi suite à la dérive raciste, les diverses cultures qui enrichissent notre pays.

Cela se traduira aujourd'hui par la prise en compte réelle de ce que l'acquis de la laïcité contre l'intégration gallicane, au-delà les avantages considérables qu'elle a procuré, a porté un inconvénient. Elle n'a pu s'affermir que par un temps anti-religieux, qui a entraîné l'inculture religieuse dont on sait qu'elle grève aujourd'hui la France. Cette occultation du fait religieux, au jour où les grandes idéologies du XXe siècle ont perdu de leur influence, pourrait devenir explosive.

Des géopolitologues constatent qu'aujourd'hui les anciens blocs identitaires mondiaux menacent de se reconstituer[6]. Comme la France du XVIe siècle était réceptacle des influences internationales européennes, on y vit aujourd'hui comme en écho plusieurs courants d'une réalité mondialisée. L’Édit de Nantes venait au bout de la lassitude de conflits inaboutis. La nouvelle géopolitique des blocs nous fait percevoir aujourd'hui les guerres contemporaines, et notamment celles de décolonisation comme relevant largement de ces anciens blocs. Dans ce cadre, une guerre comme la guerre d'Algérie, si importante pour la France d'aujourd'hui, se trouve inscrite dans une conflictualité remontant aux invasions musulmanes et aux Croisades. On est alors plus proche qu'on veut le croire des tensions passionnelles qui agitaient catholiques et protestants du XVIe siècle, alimentant aujourd'hui le racisme.

Se pose alors la fameuse question : réussira-t-on dans le cadre de la laïcité ce qui dans le cadre de l’Église gallicane a échoué, la réception de la différence. C'est la question qui est sous-tendue lorsque des historiens comme Jean Delumeau réclament un usage de la commémoration de l’Édit de Nantes pour une réflexion quant à l'intégration de la réalité musulmane en France.

Pour donner toutes ses chances de réussite à cette espérance, est sans doute centrale la question de l'école, et de l'enseignement, non pas du catéchisme, mais de la culture religieuse, devenue aujourd'hui lacunaire, on le sait. C'est à cette question me semble-t-il que nous conduit aujourd'hui la réflexion sur l’Édit de Nantes.

 

 

R. P.

Chartreuse de Valbonne, 3.5.98,

St-Géniès-de-Malgoirès, 15.10.98

 

 

______________________________________

[1] Peter BERGER, La religion dans la conscience moderne, Paris, Centurion, 1971, p.181-182.

[2] Bernard COTTRET,  L’Édit de Nantes, Paris, Perrin, 1997, p.164 sq.

[3] Jean-Marie CONSTANT, La Ligue, Paris, Fayard, 1996, p. 218.

[4] Cf. Béatrice NICOLLIER, “Édit de Nantes et paix de Vervins : une simultanéité fortuite ?”, Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme français, t.144, Janvier-Juin 1998, p.135sq. qui soutient que la main même de l’Espagne et du pape est présente dans les troubles qui agitent alors la France. Elle ajoute : “les théories les plus récentes tendent à [...] expliquer [le massacre de la St-Barthélémy] comme un coup d’État des Guises, soutenus par Madrid et par le duc d’Albe à Bruxelles [...]” ( p.144 ). Cf. n.28, sa référence sur ce point à Jean-Louis BOURGEON,  “Une source sur la St-Barthélémy, ‘L’Histoire de Monsieur de Thou’ relue et décryptée”, in BSHPF 134 (1988), p.499sq.

[5]  Émile-G. LÉONARD, Histoire générale du protestantisme, Paris, PUF, [1961] 1988, vol.II, p.137.

[6] Cf. HUNTINGTON sur “La guerre des cultures” dans la Revue Foreign Affairs (été 1994), puis en traduction dans la Revue Commentaire (cité dans Le Nouvel Observateur n°1755/26 juin-1er juillet 1998).

 

 

 

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