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La légende des cathares

Par rolpoup :: mercredi 14 mars 2007 à 8:08 :: Cathares

 

 

 

 

 



La légende des cathares

— et l’histoire

 

 

 

 

1. Subversion

 

Les lectures inquisitoriales et "néo-cathares" contre la subversion cathare

 

Le catharisme représente en christianisme médiéval une subversion considérable, et pas celle que l'on croirait, de l'autorité religieuse officielle. Au point qu'il semble que pour toute une tradition historiographique, c'est cela qu'il s'agit surtout de ne pas voir. Cette question est valable jusqu'à aujourd'hui.

Comment les cathares sont-ils perçus jusqu'à nos jours ? Comme des manichéens. On peut dire que c'est largement ce que retient encore un certain discours "officiel" malgré les dernières recherches. Or cette perception des cathares est directement issue des caricatures forgées par leurs adversaires. Classer les cathares comme manichéens à partir de leur accentuation certaine du dualisme commun était en leur temps une façon de les caser, de les rendre classifiables en en faisant un phénomène étranger. Une façon d'arracher leur aiguillon subversif, l'interrogation radicale qu'ils posaient - et posent encore - au christianisme en en participant. Et ne nous y trompons pas, cette façon de les regarder est toujours la façon la plus commune.

D'autant plus qu'on trouve ce discours aujourd'hui pas seulement chez les anti-cathares - car ils existent toujours, considérant que compte tenu de leur "manichéisme", leur extermination a pu être finalement un moindre mal (on n'a pas fait l'omelette qui a mené jusqu'à nous sans casser d'œufs) ; on trouve donc ce discours chez les anti-cathares, mais aussi d'une toute autre façon certes, chez les "néo-cathares". Eux le reprennent pour le revendiquer - globalement en termes de "gnose" (en un sens d'"ésotérisme" touristique) et d'une notion new age de "réincarnation" (deux choses au fond étrangères aux cathares).

Auparavant quelques courants du protestantisme réformé avaient contesté la version inquisitoriale des choses, mais souvent pour s'assimiler entièrement les cathares, en faire des protestants en quelque sorte, ce qui n'est pas très éclairant non plus. Ceux-là ont pour excuse d'avoir travaillé à l'époque où on n'avait que des documents inquisitoriaux, écrits par les adversaires des cathares, écrits légitimement suspectés donc par ceux qui voulaient défendre ceux qui étaient stigmatisés. Mais on a maintenant découvert suffisamment de textes des cathares eux-mêmes pour savoir que, pour inamicaux qu'ils aient pu être, les documents inquisitoriaux n'en étaient pas moins très minutieux et donc relativement fiables, si l'on en fait une relecture qui excepte leur vocabulaire classificateur et leur dimension caricaturale : c'est ainsi qu'on peut dire aujourd'hui que les cathares avaient certes des théologies dualistes plus accentuées que celles de leurs adversaires, mais qu'ils n'étaient en aucun cas manichéens.

Les cathares étaient chrétiens, tout simplement. Et c'est là précisément ce qui les rend insupportables parce qu'extrêmement gênants, profondément subversifs. Au point que quand ce constat devient trop gênant, on tente alors de marginaliser le plus possible leur réalité d'Église médiévale. C'est une des tendances actuelles, qui voudrait le catharisme comme "dissidence" plus ou moins marginale. Je passe sur le vocable conventionnel "cathare", terme qui leur a été attribué par malveillance par leurs ennemis et qu'ils n'ont jamais revendiqué...

Les cathares témoignent presque malgré eux d'un état du christianisme, parfaitement authentique, mais antérieur aux orientations que prend de plus en plus nettement l'Église officielle romaine, en Occident mais aussi déjà l'Église byzantine en Orient, avant le schisme de 1054 (l'existence d'un équivalent du catharisme, sous forme orientale de l'hérésie dite bogomile est antérieure au schisme entre Rome et Byzance).

Ces orientations nouvelles s'accentuent cependant surtout en Occident catholique romain. Elles prennent leur forme décisive dans l'oeuvre de Thomas d'Aquin, suite auquel l'Occident adopte la philosophie aristotélicienne venue du monde arabe.  Désormais la nature est de plus en plus perçue comme une réalité positive. Or ces nouveautés d'alors sont perçues aujourd'hui comme étant le christianisme de toujours. Au Moyen Âge ce tournant vers ce christianisme de toujours s'effectue aussi à l'appui du fer et du feu s'il le faut.

 

 

Le changement dans le sens
de l'accentuation de la notion d'Incarnatio continua

 

Ce tournant que prend le christianisme non-cathare est en lien avec toute une conception de l'Incarnation, et de son rapport avec le salut, et notamment sous l'angle de ce qu'en théologie on appelle l'Incarnatio continua, qui signifie que l'Incarnation du Christ se poursuit dans l'Église ; et c'est là la permanence de la subversion cathare.

Pour donner quelques exemples de ces développements : prenons Bérenger de Tours, dont la conception symbolique de l'Eucharistie est condamnée comme hérésie en pleine époque cathare [1]. On a tendance à se dire aujourd'hui : bon, il n'avait jamais qu'une approche pré-réformée de la chose. Eh bien à l'époque, ce n'est pas si simple : les historiens se demandent aujourd'hui s'il n'avait pas quelque lien avec ce qu'on a appelé le pré-catharisme. Aujourd'hui, suite notamment aux controverses de la Réforme; on distingue très bien la manducation des éléments eucharistiques et la réception du salut dans l'Incarnation. À l'époque, ce n'est pas aussi évident. D'où le développement, par les cisterciens principalement, du mythe anti-cathare du Graal (c'est un lieu par où les néo-cathares assument le discours des anti-cathares : ici le paradoxe veut que les néo-cathares se soient imaginés que Montségur était le château romanesque du Graal ! [2]). En fait la quête du Graal est un cycle de romans visant à ancrer la conception qui rend indispensable au salut le miracle de la transsubstantiation. Et on est dans une question de pouvoir, car le miracle en question est au pouvoir de l'Église où se poursuit donc l'Incarnation.

 

Autre exemple :

*

La théologie de la croix, devenue une évidence : cela aussi, on a appris à en distinguer la racine, qui renvoie à une métaphore paulinienne, au début de la première Épître aux Corinthiens, et qui revient à peu près — pour schématiser — simplement à une façon imagée de désigner la vertu d'humilité sous un angle radicalisé. Si cette distinction du thème post-médiéval par rapport à sa racine n'est pas toujours évidente aujourd'hui même, au Moyen Âge, où la théologie de la croix se forge à partir de cette racine paulinienne dans les prédications cisterciennes, elle s'estompe largement. La théologie de la croix prend une ampleur beaucoup plus considérable, elle aussi en lien avec l'Incarnatio continua. Là où l'humilité consiste au départ à se soumettre à Dieu comme le Christ, dont on pense qu'il était en droit d'espérer un règne messianique, et qu'il accepte cependant l'humiliation de cette mort d'esclave, elle en vient à signifier la soumission à l'autorité de l'Église, accompagnée souvent d'un certain masochisme, sinon d'un masochisme certain ; et à recevoir le salut de la croix imposée plutôt que de vérités divines de toute façon inaccessibles.

*

Quant aux effets, cette fois, du salut dans le cadre de l'Incarnatio continua : la réception du salut, eucharistie et croix, relève alors d'une irrationalité certaine, qui prépare le fidèle à toutes les étrangetés, dont la moindre, puisque la croix est adorable, n'est pas la persécution des "ennemis de la croix" : les juifs en premier lieu (il y aurait ici beaucoup à dire sur le supposé anti-sémitisme qu'on prête aujourd'hui aux cathares du fait de leur lecture de la Bible dont on s'imagine qu'elle consiste à un rejet de l'Ancien Testament ; signalons simplement que ce n'est pas au nom d'une théologie cathare qu'on persécute les juifs, mais d'un rejet de ceux qu'on répute mépriser la croix) ; persécution des juifs donc, mais aussi croisade contre les musulmans auxquels il faut arracher le tombeau du Christ ;  et contre les cathares, dont la christologie, justement, et notamment l'approche de la croix, n'est pas sans rapport apparent avec celle des musulmans. Non pas, je le précise, qu'il y ait influence des uns sur les autres, mais il y a bien terreau ancien commun, dans un christianisme antérieur à celui de la théologie cistercienne de la croix, et des Croisades qui, comme leur nom l'indique, en ressortent [3].

 

 

Les cathares témoins d'une forme antécédente du christianisme universel

 

Et les cathares revendiquent le mépris de la croix qu'on leur prête ! Comment adorer l'instrument sur lequel a été torturé un de tes proches ? demandent-ils à leurs persécuteurs. La croix redevient pour eux simplement le signe que, comme le disait Jésus selon l'Évangile johannique : "si le monde vous hait c'est que vous n'êtes pas de ce monde, comme moi-même je ne suis pas du monde" (Jn15:18 ; 17:14) - et qu'il va me crucifier.

Les cathares à l'époque où le christianisme se "carnalise", sont les témoins d'une haute christologie, remontant à une époque antécédente, issue largement d'Athanase d'Alexandrie, père de la christologie orthodoxe (eh oui !), et au-delà de lui, de ce sien prédécesseur alexandrin, Origène.

La plupart des christologies anciennes sont de ce type qu'on appelle "hautes", c'est-à-dire qui insistent sur ce que le Christ est un être céleste, et ce jusqu'en les zones les plus basses de l'Incarnation, la naissance et la mort. Ce qui, aux yeux de leurs adversaires, et des théologiens de l'Incarnation comme fin en soi, ou de la croix comme fin en soi, les rapproche d'autant des docètes, dans un magma généralisé où tout ce qui n'est pas ramené au salut par cette Incarnatio continua qui suppose une Incarnation du Christ comme fin en soi est perçu comme équivalent. Et où donc les cathares deviennent par excellence les miroirs des hérésies, avec en cœur de ce reflet, leur taxation de docétisme.

Les cathares docètes ? Pas plus que les théologiens de tendance monophysite qui ont laissé leur trace sur la christologie musulmane. En commun, cette certitude : le Christ est d'abord un être céleste, comme nous tous d'ailleurs, préciserait Origène. La différence est que tandis que nous sommes déchus dans la chair en conséquence d'une faute préexistentielle, lui y est envoyé par Dieu pour nous ramener à notre réalité préexistante. L'Incarnation ici n'est pas fin en soi, mais passage pour un retour.

Voilà qui nous est incompréhensible, comme héritiers des théologies de l'Incarnation comme fin en soi - et c'est là précisément pourquoi le catharisme est dès le départ et jusqu'aujourd'hui, réellement subversif. Le christianisme n'a pas toujours été tel que nous le comprenons et le vivons, tel qu'il nous est évident, et tel qu'à l'origine, aux XIe-XIIe siècles, il s'est construit comme expression d'une ecclésiologie du pouvoir. Du diable diront les cathares, le prince de ce monde, celui qui y a le pouvoir. La subversion est radicale, et elle n'est pas où on la croit. Beaucoup plus radicale que ce que l'on croit, elle n'est pas cette subversion qu'on leur attribue souvent et qui sert à justifier les violences anti-cathares - du genre : "leur renvoi de la sexualité au diable aurait pu dépeupler la terre. Leur extermination a donc pu être salutaire" ! On voit bien l'imbécillité d'un tel argument. On la verra encore mieux si l'on sait que sur ce plan, la pratique cathare était l'exact équivalent de la pratique catholique : le célibat n'était requis que des clercs. On ne voit pas que les pays catholiques soient particulièrement dépeuplés !

 

 

L'accentuation dualiste

 

Il n'en reste pas moins que le fondement de cette pratique commune est plus explicite chez les cathares, qui refusent de sacraliser la sexualité. Ici aussi, on est dans une antécédence à la théologie de l'Incarnatio continua. Le sacrement de mariage vient d'être institué, élément inclusif de cette sacralisation de l'histoire, dont les cathares ne laissent pas de penser qu'elle est celle des malheurs, de la violence, et des guerres.

On est ici au cœur de la question du dualisme cathare : l'histoire comme réalité catastrophique. Celle de la déchéance depuis le monde de la préexistence, celle d'une agitation permanente vers le pire, dont un des lieux privilégiés, mais pas le seul, est la sexualité. Je ne peux m'empêcher de citer Cioran : "on demeure interdit, écrit-il, devant la disproportion entre un moment d'oubli et la somme prodigieuse de disgrâces qui en résulte". Il note cela après avoir précisé, que sans le piège du plaisir, "la continence séduirait même les rats" [4]. La sexualité certes, mais aussi l'économie, entre autres... et notamment quand elle est instrument de pouvoir d'une Église dominatrice, avec tant d'autres instruments - comme ceux de la guerre, surtout si elle se veut sainte - tant d'autres instruments de notre précipitation indéfinie vers des lendemains qui ne savent que déchanter.

Alors les cathares ont conçu l'idée que ces tuniques de peau, cette chair et ce monde de douleur dont Origène savait déjà que nous y sommes par déchéance, le diable doit y avoir mis la main à la pâte. Plusieurs courants existent chez les cathares pour dire de diverses façons de quelle manière il y est mêlé. Jusqu'à ceux qui pensent qu'il en est le seul responsable. En d'autre termes, que le diable n'est jamais que l'expression d'un mauvais principe qui ne doit rien à Dieu, mais à qui on doit cette Création matérielle, engluée dans l'histoire qui ne peut finir que comme catastrophe et repli douloureux indéfini.

 

*

*      *

 

2. Éléments de théologie

 

Les caricatures sur l'"Ancien Testament" et le docétisme

 

Aussi étrange que nous semble une telle approche des choses, c'est dans un fonds chrétien qu'il faut chercher la nature de la foi cathare, dans une lecture spécifique des Écritures. Redisons-le : les spécialistes ont aujourd'hui abandonné l'idée que le catharisme soit d'origine manichéenne. Tout d'abord, les cathares ignorent totalement une telle ascendance, et puis il y a trop de chaînons manquant, dont quelques siècles, entre le manichéisme et le catharisme. Ils ignorent tout livre manichéen, et ne reconnaissent de fondement à leur foi que les textes bibliques, notamment du Nouveau Testament. Notons en passant que si l'on en a déduit rapidement qu'ils rejetaient purement et simplement l'Ancien Testament, c'est là un raccourci, qui a fait attribuer aux cathares un "anti-sémitisme métaphysique" : accusation fausse - c'est au nom de la théologie de la croix que depuis les cisterciens et la mystique de la Croisade, on persécute avec les hérétiques et les infidèles, les juifs, fût-ce malgré le vœu des responsables, au nom de ce qu'on les répute haïsseurs la croix. Les cathares s'attachent en fait au sens anagogique des Écritures conformément à leur certitude radicale de l'exil dans le monde, ce qui n'est d'ailleurs pas sans analogie avec tout un courant du judaïsme de l'époque. Mais du coup, chez les cathares, la valeur du sens historique des Écritures n'est pas retenue. Rappelons que l'Antiquité chrétienne retient trois sens des Écritures : le sens historique, le sens moral, le sens allégorique, où la lettre de l'Écriture renvoie à des types intemporels, à des idées éternelles. Ce dernier sens, allégorique, est subdivisé au Moyen Âge (qui y trouve donc quatre sens) en sens allégorique simple d'une part, sens allégorique anagogique de l'autre. Le sens anagogique est cette leçon de l'Écriture par laquelle on y discerne la promesse du paradis, du Royaume à venir, des cieux ; anagogie, du grec anagogein, monter, aller en haut. Ainsi l'Évangile de Jean, très prisé des cathares, parle de naissance d'En Haut, dans un héritage reçu de prophètes de l'Ancien Testament comme Jérémie ou Ézéchiel. Mais l'Ancien Testament, de façon plus sensible que le Nouveau, s'inscrit délibérément dans les aléas et la violence de l'histoire, guerre, conflits politiques avec leurs contingences de toute sorte, etc., autant d'aspects qui ont toujours embarrassé les apologètes, cathares ou pas. D'où l'impression de son rejet par les cathares qui entendent souligner et retenir avant tout le sens anagogique. Mais le refus de la valeur de l'Histoire vaut aussi pour le Nouveau Testament, tandis que la dimension anagogique de l'Ancien est retenue, notamment concernant l'exode d'Égypte ou de Babylone reçues comme expressions de l'exode de l'âme vers les cieux d'où elle est exilée. Refus de la valeur de l'Histoire, d'où une autre idée reçue sur les cathares, avec le rejet de l'Ancien Testament : le docétisme. Qui n'est justement, chez les cathares, rien d'autre que ce rejet de l'Histoire - plus que de la prise en compte de la réalité des aléas humains de la vie du Christ, puisque les cathares refusent le culte de la croix au nom de ce qu'elle a été l'instrument - certes illusoire, mais justement ! - de torture du Christ. La christologie cathare, pas si éloignée de l'orthodoxe, traduit la réception d'un discours mythique par lequel se dit le drame de l'existence. Cela dit sans s'imaginer que les cathares sont nécessairement dupes de leur propre discours.

 

 

Développements internes :

 

            - Préexistence et métempsycose - occidentale et facultative.

 

Le rejet de l'Histoire, à travers un discours mythique qui permet de percevoir le fondement théologique du christianisme cathare induit des développements. Quand bien même le système théologique cathare participe à plein du fonds commun du christianisme de son époque et du christianisme ancien, en général.

Le premier système théologique chrétien à connaître un expansion à peu près universelle est celui d'Origène, Père de l'Église, théologien à Alexandrie en Égypte, au tournant des IIe et IIIe siècles de notre ère.

Théologie du christianisme d'une expansion universelle. De l'Égypte, où elle a pris naissance, aux monastères irlandais, en passant par les théologiens byzantins. Cela avant d'être officiellement condamnée par un Concile orthodoxe au VIe siècle, en 553, à Constantinople, IIe Concile du nom et Ve Concile oecuménique ; théologie condamnée, ce qui n'a pas empêché les orthodoxies d'en conserver des pans entiers. Et d'en exporter des pans entiers dans leurs terres de mission, des terres germaniques pour l'Occident aux terres slaves pour Byzance. Et c'est là que l'on retrouve le catharisme et sa confraternité bogomile, fondée en ces terres slaves évangélisées par Cyrille et Méthode où certes l'origénisme est déjà condamné, mais où ses méthodes en exégèse biblique et en théologie, sont nettement à l'ordre du jour, et jusqu'en Occident où par exemple au XIIe siècle le commentaire du Cantique des Cantiques par Bernard de Clairvaux, adversaire des cathares, est de méthode nettement origénienne.

Origène enseigne que l'Histoire du salut est celle du retour de nos âmes déchues à leur état céleste originel. Dieu a créé un nombre déterminé d'âmes, les nôtres, qui suite a un péché commis au ciel, ou à une imprudence au temps heureux de cette préexistence, ont été précipitées, en punition, au statut de démon pour les pires, dans des "tuniques de peau" que sont nos corps, pour les moins fautives. C'est ainsi qu'Origène interprète, à la suite de nombreux exégètes juifs, le texte de la Genèse sur les tuniques de peaux : "Dieu vit que l'homme et la femme étaient nus, et qu'ils en avaient honte, et leur fit des tuniques de peau". Origène avait la sagesse de refuser d'imaginer que les tuniques en question avaient été cousues par Dieu après qu'il eut égorgé quelque animal. Origène y voyait tout simplement nos corps, retenant l'idée rabbinique que nos corps originels, avant cette chute, étaient des corps de lumière, des corps célestes, tels que Paul les promet aux Corinthiens pour la résurrection (1 Corinthiens 15). À l'inverse, la faute nous avait vu déchoir dans des tuniques de peau, corps lourds, charnels, corruptibles, mortels, tragiques, en proie à d'épouvantables maladies, des corps reçus, certes de la charité de Dieu, mais en conséquence d'une faute indicible.

Une faute céleste indicible dont l'initiateur, le plus coupable de tous, le père du mensonge, du péché, est devenu le diable, selon la lecture allégorique qu'Origène fait d'Ésaïe 14 : astre brillant, lumière du matin - ce qui est traduit par "Lucifer" en latin -, qui as voulu t'égaler à Dieu, tu as été précipité... la chute.

Tous les esprits célestes n'ont pas péché : ceux qui n'ont pas péché sont les bons anges, auxquels sont semblables les fils de la résurrection selon Luc. À la tête de ceux qui n'ont pas péché, Jésus, Fils éternel de Dieu, uni à sa Parole. C'est lui que Dieu envoie pour racheter, pour ramener à son Royaume céleste ceux qui sont déchus.

Tel est globalement le système d'Origène, en partie abandonné, ou redit en d'autres termes dans le christianisme catholique du Moyen Âge, mais développé et accentué chez les cathares. Par exemple, pour les catholiques, on ne parle plus de préexistence, mais on continue à croire à la chute de Lucifer. Pour les cathares, on maintient globalement le système, mais on précise, par exemple, ce qu'Origène ne faisait pas, que le monde mauvais dans lequel nous sommes déchus ne peut pas être tel qu'il est l’œuvre du Dieu bon : c'est dans un monde tellement diabolique que nous avons été précipités que le diable doit d'une façon ou d'une autre y avoir mis la main à la pâte. C'est là une pâle imitation du monde céleste promis d'où nous sommes déchus.

Origine commune pour les deux théologies, développements dissemblables. Or, que l'origine théologique soit commune n'a rien d'étonnant, puisque le système origénien a connu une expansion universelle.

Le christianisme commun au Moyen Âge était d'héritage lointain origénien, par-delà la condamnation de 553, et donc platonicien, à tout le moins platonisant, d'un platonisme donc, reçu via Origène, pour les catholique comme pour les cathares.

 

 

            - Les deux Principes et le matérialisme

 

Or l'abandon de ce platonisme commun va s'accentuer dans le catholicisme, et cela n'est pas sans lien avec la controverse anti-cathare, dénonçant ainsi de plus en plus nettement la dimension dualiste d'une telle théologie, qui est largement sienne aussi. Les cathares sont allés jusqu'à prêter au diable la Création matérielle dans laquelle nos âmes sont déchues. Ici se fait la rupture, ici passe la frontière entre le catharisme et le reste du christianisme médiéval. Les théologies cathares s'accordent à reconnaître qu'il n'est pas possible, dans l'état où elle se trouve, d'attribuer au Dieu bon la Création matérielle. Des conséquences considérables procèdent de cette certitude. Sur le plan sexuel : ici, pas trop de problème, cathares et catholiques de l'époque sont en plein accord. Mais en matière de possessions de l'Église, et jusqu'au sommet de la hiérarchie, au Vatican, ça coince, et à plus forte raison, quand le siège réputé saint est de ce fait la clef de voûte du système féodal. Être propriétaire est déjà avoir pactisé avec le diable. "Nul ne peut servir Dieu et Mammon, l'argent", disait Jésus. La preuve, s'il en est encore besoin, cela débouche sur la guerre, la violence, et argument parfait en faveur des cathares, sur la Croisade et l'Inquisition, pour le premier système totalitaire moderne, ou pré moderne.

Ici le catharisme du XIVe siècle développait déjà les premières approches matérialistes de l'origine des choses naturelles.

 

*

 

 

3. Des origines à la fin

 

Le système épiscopal

 

L'origine du mouvement bogomilo-cathare - puisqu'il y a une entité partagée, avec structure épiscopale commune du mouvement bogomile à l'est et cathare à l'Ouest - l'origine de cette structure est probablement bulgare. Et non pas, comme on l'a longtemps cru, ou comme on a fait mine de le croire, manichéenne, en traitant de cathares ce qui se voulaient simplement chrétiens, car ce terme, cathares est une insulte de leurs adversaires - terme équivalent à manichéens, lesquels aussi sont insulté d'ailleurs, en passant, puisqu'on considère leur foi, qui n'est pas celle des cathares comme quelque chose de vil. Mais les cathares ignorent toute ascendance et toute littérature manichéenne. Le bogomilisme le premier signalé est bulgare, au milieu du Xe siècle. Le terme bougres passé en français et signifiant à l'origine "bulgares" est un de ceux qui désignent alors les cathares occidentaux. Origine bulgare qui n'exclut nullement des racines occidentales protestataires, sensibles dans ce qu'on a appelé un pré-catharisme existant dès l'an mil, tandis que le contact bogomilo-cathare est attesté au milieu du XIIe siècle. Le mouvement bogomile, centré en Bulgarie, fournit au catharisme sa structure épiscopale, et sa revendication de la succession apostolique. En Bulgarie, et dans les terres byzantines, le mouvement est donc attesté dès le milieu du Xe siècle. La Bulgarie recevait le christianisme un peu moins d'un siècle avant, par la mission des frères Cyrille et Méthode, qui entendaient promouvoir la foi dans la langue du peuple : c'est ainsi qu'ils sont à l'origine de l'alphabet cyrillique, du nom de Cyrille. L'Église issue de leur mission connaît l'opposition, qui devient aisément persécution, de Rome, qui voudrait lui imposer le latin, comme de Byzance, qui voudrait la réduire à sa discipline. On ne trouve pas plus propice au développement de courants autonomes, en termes ecclésiaux : d'hérésies. Tout laisse à penser que ce bain là est celui qui à vu éclore le bogomilo-catharisme, conservant la structure épiscopale cyrillo-méthodienne. Pensons par exemple que la mission de Cyrille et Méthode s'étendait jusqu'en Moravie, et que la première attestation par des clercs latins de cette structure chez des cathares occidentaux apparaît en Rhénanie. Pensons aussi que le catharisme est le premier mouvement occidental à traduire des Écritures bibliques, en l'occurrence le Nouveau Testament, en langue vulgaire, en l'occurrence l'occitan. Or ce souci des langues vulgaires était déjà celui de Cyrille et Méthode.

 

 

La persécution

 

L'acharnement de la hiérarchie catholique contre les cathares parviendra à ses fins : l'extermination. Après des décennies et des décennies de massacres et de persécution, le dernier parfait d'Occitanie, Bélibaste, sera brûlé en 1321 à Villerouge-Terménès. Le bogomilo-catharisme se survivra encore plus d'un siècle, principalement en Bosnie où il se fondra dans l'islam avec l'invasion turque, préférant ce joug-ci aux jougs catholique ou orthodoxe. Le statut de dhimmi, de "protégés" selon la façon musulmane, protection toute relative, les verra peu à peu se dissoudre, de sorte qu'on peut penser que les Bosniaques musulmans de notre actualité ex-yougoslave sont pour plusieurs descendants de cathares.

 

 

La disparition définitive

 

Mais le catharisme, lui, a bel et bien disparu dans les cendres du dernier parfait, puisqu'il faut, pour qu'il subsiste, un parfait qui confère le consolament. Ce qui n'est dès lors plus possible. Pas même possible à mon sens par la conversion au catharisme d'un évêque au bénéfice comme ceux de cathares, de la succession apostolique, qu'il soit catholique, orthodoxe ou anglican, ou autre encore, comme pasteur réformé, par exemple, puisqu'on sait que si la structure tripartite du ministère évêque-prêtre-diacre, a été abolie par la Réforme, la succession n'y a pas été interrompue lors du passage des clercs, évêques ou prêtres, à la Réforme : le statut épiscopal/pastoral leur était automatiquement reconnu. Mais quoiqu'il en soit, ce qui est rompu, à mon sens irrémédiablement, c'est la chaîne de la consolation, puisqu'un parfait déchu pour cause de rupture des marques de sa condition devait être reconsolé pour poursuivre son ministère. Par qui le serions-nous aujourd'hui ?

Alors s'il en est ainsi, l'extermination des cathares porte en elle une conséquence imprévue, et d'une gravité qui nous concerne tous. À côté de témoignages mentionnant l'espérance d'un salut universel, on trouve ceux qui affirment qu'"aucune âme ne sera sauvée si elle n'accède pas à un corps de parfait" [5] : les cathares n'étaient pas unanimes pour savoir si toutes les âmes seraient sauvées ou si certaines n'échapperaient pas au chaos diabolique de ce monde . Notre présence ici, sept cents ans après la mort du dernier parfait, semble donner raison à cette seconde position : toute possibilité de salut s'est retirée de ce monde alors que l'âme du dernier parfait s'élevait des flammes de son bûcher : ne reste ici bas - fût-ce sous la forme de cette transmigration des âmes qui n'apparaît que dans le catharisme occidental de deuxième période, mais qui ne débouche aujourd'hui plus sur rien puisque sa fonction était de conduire l'âme à sauver aux mains d'un parfait, et il n'y en a plus - ; ne reste donc ici-bas qu'un enfer récurrent et définitif auquel nous sommes tous condamnés d'une façon apparemment sans issue.

 

R.P.

 

 

 


[1] Cela à travers tout un cheminement des propositions de Béranger de Tours, au XIe siècle, à la proclamation du dogme de la transsubstantiation à Latran en 1215.

[2] Cf. à ce sujet les travaux démystificateurs de Michel Roquebert.

[3] Sur le rapport entre théologie de la croix, croisades et persécutions, cf. Berverly Kienzle, dans Autour de Montaillou.

[4] Le mauvais démiurge (1ère éd. p. 20-21).

[5] Cf. aussi, par ex., in DUVERNOY, Jacques Fournier t.I, p.263-264, Béatrice de Planissoles citant Raimond Roussel : "seuls les bons chrétiens seront sauvés, [nul ne sera sauvé] à l'exception de ces bons chrétiens. [...] Si dans [...] neuf corps, il ne se trouve pas le corps d'un bon chrétien, l'âme est damnée. Si au contraire, il s'y trouve le corps d'un bon chrétien, l'âme est sauvée".

 

 

 

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