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Le chômage contre le repos

Par rolpoup :: dimanche 10 février 2008 à 21:56 :: Raison & déraison


 

 

 

 

 




Le chômage contre le repos


 





Selon la Bible, la fin du travail est de se reposer (Genèse 2:3 ; Ex 20:9-10 ; Deutéronome 5:13-14).

 

Dans le repos, notre travail trouve son accomplissement, s'échoue dans son aboutissement spirituel, s'ouvre sur une plénitude qui le dépasse ("viens bon et fidèle serviteur" - Matthieu 25:21).

 

Avant cet accomplissement, et en vue de cet accomplissement, le travail est "passage", transformation de la matière - et de l'acteur, de celui qui agit sur la matière ; ce qui correspond à :

- l'entretien du jardin (Genèse 2:15)

- se nourrir à la sueur de son visage (Genèse 3:19).

 

 

Travail et repos des temps bibliques et de l'Antiquité païenne à l'époque moderne

 

C'est suite à cela que, selon l'Ecclésiaste, "il n'y a rien de mieux pour l'homme que de se réjouir de ses œuvres" (Ecclésiaste 3:22).

 

C'est encore pourquoi : "tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le" (Ecclésiaste 9:10).

 

Ou : "il n'y a rien de bon pour l'homme que de manger et de boire, et de voir pour lui-même le bon côté de sa peine ; mais, remarque l'Ecclésiaste, j'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu" (Ecclésiaste 2:24).

 

On retrouve ainsi le rapport entre le travail et le repos comme aboutissement du travail. Et finalement le repos au sens de l'Epître aux Hébreux (ch.4).

 

Il se trouve qu'ici, le repos est tout bonnement mis en relation avec le travail. Ce faisant le travail est valorisé, ce qui, il ne faut pas l'ignorer, est une originalité dans l'Antiquité. Dans le reste du monde méditerranéen, en effet, travail et repos ne correspondent pas tant à deux temps dans la vie de tout un chacun, qu'ils sont deux destins différents, celui de deux classes d'hommes. Le travail, d'emblée dévalorisé, est le propre des esclaves, et s'oppose à l'oisiveté (le fameux otium), qui est ici une notion positive, chargée de diverses activités, depuis l'assistance aux spectacles, jusqu'à l'action politique, ou guerrière.

 

Avec l'expansion du christianisme dans cette civilisation antique, va s'opérer une sorte de synthèse entre le partage biblique et juif d'un temps de travail et d'un temps de repos d'une part, et le vécu antique d'une société partagée entre aristocratie oisive et peuple laborieux d'autre part. Cette synthèse se fera sur le mode connu de la division médiévale entre clergé, noblesse et tiers-état, ceux qui prient, ceux qui combattent, et ceux qui travaillent. On retrouve ici la distinction antique entre les travailleurs et les oisifs. Les travailleurs correspondent au tiers-état, les oisifs, sans nuance péjorative, se subdivisent entre la noblesse, correspondant à l'antique aristocratie, et cette autre classe, ceux qui prient, correspondant pour l'essentiel aux moines. Mais ici, chez les clercs et les moines, se réfugie l'élément biblique de cette synthèse médiévale : les moines en effet, s'ils participent, dans la société en général, de la catégorie des oisifs, vivent en revanche dans leur monastère, comme leurs frères aînés du judaïsme, en partageant leur temps entre le travail manuel, l'étude et la prière.

 

A l'époque de la Réforme, ce pôle biblique va s'élargir pour tendre à submerger le pôle antique gréco-romain. Avec la notion de sacerdoce universel, Luther va contribuer à laïciser une vocation réservée traditionnellement aux clercs. Dorénavant, la vocation (le fameux Beruf), concerne tout un chacun dans son œuvre séculière. L'ouvrier voit son oeuvre dotée d'une place pleine de valeur dans ce qui est une véritable liturgie (leitourgon = l’œuvre du peuple) universelle. Travail et repos tendent à redevenir les deux temps de la vie commune. Mais cela sans que s'efface pleinement la glorification de l'oisiveté. L'aristocratie continue à prospérer et à faire des envieux, et le travail donc, à rester un provisoire dont on espère se passer en accédant à la bienheureuse oisiveté.

 

Des temps bibliques et de l'Antiquité gréco-latine aux temps modernes, sur le chemin de la synthèse entre les deux anciennes façons de percevoir les relations du travail et du repos, s'est opéré un glissement. Sous l'influence biblique, le travail n'est plus dévalorisé comme aux temps où il était le propre des esclaves ; mais d'un autre côté le repos biblique a reçu une connotation qui le voit dans les espérances communes, se charger de qualifications fort proches de l'ancienne oisiveté. Ici s'ouvre une porte par où va s'engouffrer le développement moderne des techniques.

 

 

Les choses sont plus sombres que l'on espérerait - le dévoilement du malaise par le machinisme

 

On a vu ce que l'on peut dire, en termes bibliques, être la situation idéale, une succession du travail et du repos où le repos devient le lieu d'accomplissement spirituel du travail qui y a conduit.

 

Mais force est de faire un constat qui fournit un élément d'explication à la recherche classique, naturelle, du statut d'oisif : c'est que du travail, on n'a généralement, au mieux, que l'aspect "sueur du visage", pour obtenir son pain et celui des siens ; avec au bout un repos agité, donnant à peine la force de recommencer une activité sur laquelle pèse la vanité d'un cycle sans fin, absurde.

 

C'est là le constat des penseurs modernes qui se sont penchés sur la question du travail, à commencer par Marx. Pour lui le travail, au lieu d'être accomplissement de soi, satisfaction consécutive à la production d'une œuvre - devient lieu d'aliénation, de perte d'identité. Pour une raison simple : l'ouvrier est privé de sa capacité créatrice au profit d'une production anonyme et parcellaire, cela s'accentuant avec le machinisme. Et là augmente la soif d'une oisiveté dont on voudrait qu'elle nous permette, et selon un semblant de paradoxe malgré le travail, de nous réaliser. Malaise croissant...

 

Charlie Chaplin a donné de cela une illustration célèbre, dans son film Les temps modernes. On l'y voit visser à longueur de journée le même boulon, au point que son geste devient tic et obsession : lorsqu'il sort de son travail, au moment donc de son "repos", on le voit vissant des boulons imaginaires et poursuivant les boutons des vêtements des passants devenus d'hallucinatoires boulons.

 

Ce machinisme lui-même est donc sans doute en grande partie le produit d'une recherche effrénée du temps et du profit, du plus grand capital, en vue de parvenir au bienheureux statut d'oisif, en passant par la diminution du temps de travail, diminution indéniablement souhaitée par quiconque connaît la fatigue et la dureté de gagner son pain.

 

Et c'est ainsi que l'on est parvenu à presque toucher du doigt ce que l'on croyait être la belle promesse de la vieille chimère de l'oisiveté. C'est alors que se dévoile à nous le visage effarant du nouveau monstre qu'elle a enfanté de son accouplement incestueux avec son fils, le machinisme : apparaît le chômage, moderne rejeton hybride, oisiveté imposée faite de culpabilité, de frustration, de honte et de cet ennui d'où Baudelaire nous interpellait en vain : "tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère".

 

A l'occasion du machinisme au service du productivisme, est apparue une forme inattendue et amère de l'ancienne oisiveté : le chômage, qui désormais habite nos sociétés.

 

Il fallait sans doute les deux, la soif qui nous habite de l'oisiveté, et le moyen d'y parvenir par le gain inexhaustible, le moyen du machinisme, pour voir naître le chômage qui guette le plus grand nombre, nous dévoilant l'abîme de mélancolie dans lequel nous précipitent nos peurs du vrai repos, cet accomplissement à l'opposé des distractions de nos vœux d'oisiveté : accomplissement du travail, le repos ne prend son sens que de ce qu'il accomplit, le travail, et charge celui qui s'en repose de la dignité de se reposer.

 

Alors les temps modernes dévoilent une réalité de tous les temps : vidé de sa gratification, de son investissement spirituel, du don du sens, le travail débouche sur l'absurde.

 

Temps modernes - ce constat n'a en outre jamais été aussi criant qu'à une époque où les temps de loisir sont, plus qu'auparavant, larges et étendus.

 

Cela selon ce semblant de paradoxe qui veut que plus on a de temps libre, plus on constate que notre temps libre est vide, que notre repos est chemin de mélancolie au lieu d'être porte de plénitude.

 

Aussi il semble inévitable d'en arriver à cet autre constat : ultimement, le travail est vidé de sens ; une telle évacuation du sens est caractéristique d'un cycle où le travail débouche sur le chômage, le non-travail. Cercle particulièrement vicieux, puisque le chômage fait perdre à ses victimes le sens de l'avenir, ne serait-ce que face à la question : comment entreprendre sans les moyens, et les moyens financiers, du lendemain ?

 

Ce sombre débouché se traduit aussi d'autres façons… autant de symptômes de ce que le débouché eschatologique qui s'offre à nous n'est qu'un vide cosmique. On comble ce vide de palliatifs spirituels divers, comme la drogue, les spectacles, l'alcool, l'étourdissement de la danse dans les boîtes de nuit, sur les pistes de ski, voire dans les lieux de culte enthousiastes.

 

 

Le "traitement" du chômage

 

Un constat si pessimiste semble confirmé par l'inefficacité apparente des diverses façons de "traiter" le chômage, depuis ce que l'on appelle "la crise".

 

Deux façons principales, et bientôt une troisième :

            - 1ère façon : la chaîne "production / investissement / emploi", méthode la plus classique, avec une production éventuellement subventionnée, méthode "de droite" sous cette forme, corrigée à gauche en "salaires / consommation / investissement / emploi" ; méthode la plus classique donc, elle semble avoir prouvé son inefficacité : pour qu'elle marche, cette méthode demanderait un minimum de confiance en "l'avenir" - et donc au sens du repos espéré. Mais hélas...

            - 2ème façon : c'est ce que l'on appelle le partage du travail, voire même avec diminution de salaire. Méthode charitable. Il semble qu'on ne puisse qu'être pour (encore que les smicards aient tendance, lorsqu'on insiste trop sur cet aspect des choses, à faire douter de la légitimité de leur participation à ce genre de partage ; encore, de plus, que cela puisse simplement représenter une tentation de susciter une main d’œuvre à meilleur marché, mais pas nécessairement plus nombreuse). Pour ou contre, on doit aussi douter de son efficacité : il n'y a que quelques décennies, on travaillait deux fois plus longtemps qu'aujourd'hui, selon des horaires parfaitement inhumains, sans connaître le taux actuel de chômage. Cette méthode pourrait s'illustrer, hélas, par l'image du bassin qui fuit : il est très bien d'en partager l'eau, aussi longtemps qu'il y en a.

            - 3ème façon : une nouvelle méthode pointe à l'horizon : le "salaire de citoyenneté", idée fondée sur le fait que l'Etat a les possibilités, moyennant l'impôt, de pourvoir au minimum vital de tout un chacun, qu'il travaille ou pas ; tout un chacun devenant rentier d'État. Cette solution aurait le mérite de dévoiler que ce repos sans travail, dès lors plus vide que le repos absurde du travail charlie-chaplinesque, est le sous-bassement certain d'une mélancolie désespérée.

 

*

 

S’il s’agissait reconquérir le repos, investir le repos de son sens spirituel ? Faire ainsi réapparaître cette finalité du travail qui lui donnerait suffisamment de sens pour exister comme vis-à-vis du repos.

 

On pourrait peut-être même oser alors envisager une place pour certains corollaires bibliques du repos sabbatique, comme la remise de la dette des pays pauvres - peut-être une des clefs, aussi, du problème du chômage...

 

Face au chômage... le repos ? et s'il fallait envisager ce paradoxe ? Le repos à tous les sens du terme, spirituel, mais aussi temporel, puisque c'est par le temps et dans le temps que s'exprime la vie de l'Esprit ; et, donc, pour ce qui concerne le temps, depuis le repos quotidien et hebdomadaire, jusqu'au repos sabbatique et jubilaire, ce dernier étant dans la Bible comme un point départ en forme de signe eschatologique.

 

Par la dimension temporelle, il s'agirait d'aller vers une cessation de la dissociation du travail et du repos : le travail ne prend sens que dans le repos, qui est l'aboutissement du travail. Quant à la dimension spirituelle elle s'exprime ici comme l'indication d'un autre débouché : car pour briser le cercle sans fin qui se centre sur l'absurde, sans doute faut-il une rupture, une rupture radicale, autre sens du fameux sabbat, dont il ne faut pas oublier qu'il signifie : cessation. Cela avec en outre les diverses dimensions sociale, "métanoïaque" (l'idée de remise des compteurs à zéro), etc.

 

 

Le Jubilé (Luc 4:14-21)

 

Ici, un texte de l'Évangile de Luc (4, 14-21) parle de la proclamation par Jésus du Jubilé, élément de la Loi biblique qui n'avait pas vraiment l'heur d'être respecté. Ce précepte biblique voulait que tous les cinquante ans les compteurs soient remis à zéro. On devait alors ne pas travailler pendant un an, libérer les esclaves, redistribuer les terres acquises au cour des cinquante années précédentes. Une véritable révolution périodique, qui, si l'on s'en tient au témoignage biblique, n'avait pas vraiment connu d'essai d'application, tout comme les simples années sabbatiques - qui mettaient en place pour tous les sept ans des bouleversements très importants aussi. Ces négligences dans l'application de la loi sur les sabbats d'années avaient valu selon les prophètes le départ du peuple en exil, lieu de perte d'identité, comme l'est de nos jours le travail vécu comme absurde ou le chômage.

 

Reliant ainsi la négligence des sabbats et l'exil, cette perte d'identité, l'Écriture perçoit les 70 ans d'exil annoncés par Jérémie (25:11 ; 29:10. Cf. aussi Daniel 9:2) comme compensant 70 d'années sabbatiques négligées (2 Chroniques 36:21). Ainsi le lit-on dans le Lévitique : "... le pays jouira de ses sabbats... tout le temps qu'il sera ravagé, il aura le repos qu'il n'avait pas eu dans vos sabbats..." (Lévitique 26:34-35). 70 années, prises à la lettre, feraient près de 500 ans, ce qui nous fait remonter à la période des juges - à moins que l'on comprenne les 70 ans de façon symbolique, ce qui serait une façon de dire que l'observation n'en a jamais eu lieu, où à peu près.

 

C'est dans cette perspective qu'Ésaïe (ch. 61 que lit Jésus à la synagogue) annonçait un an de grâce du Seigneur, un Jubilé qui inaugurerait le grand retour, la venue du Royaume, un Jubilé qui verrait l'exil prendre fin.

 

Et voilà que Jésus lisant ce texte d'Ésaïe, pour la prédication inaugurale de son ministère, annonce l'accomplissement de la Parole du prophète ; il se présente comme celui qui accomplit cette parole. Ici s'inaugure l'année jubilaire, avec toutes ses conséquences. Jésus inaugure l'an de grâce, en attendant le jugement qui va suivre. L'an de grâce seulement ( il faut remarquer que Jésus coupe le v.2 du ch. 61 d'Ésaïe juste après la promesse de la grâce, juste avant l'annonce de la vengeance). Aujourd'hui, il introduit le temps de la grâce.

 

Voilà une parole bien étrange que les auditeurs de la synagogue de Nazareth ont de la peine à recevoir. Ils lui demanderont, comme il est coutume dans les Évangiles, un miracle, pour croire. Et on peut les comprendre. Ce Jubilé, cet an de grâce, on en voudrait tout de même des signes pour le croire.

 

Et si ce Jubilé est bien le dessillement des yeux aveuglés de ceux qui baignent dans les ténèbres de l'esprit de la captivité, on n'hésitera pas à attendre comme signe que les aveugles recouvrent la vue, selon la lettre de la traduction grecque de la parole du prophète : après tout le Royaume de Dieu n'implique-t-il pas la guérison totale de toutes nos souffrances ? - "médecin guéris-toi toi-même" (Luc 4:23), et ton peuple avec toi, répond le peuple. Et le Jubilé annoncé d'Ésaïe est bien l'inauguration du Royaume... Si un seul Sabbat était respecté, le Royaume viendrait, selon le Talmud. Et la prise au sérieux du Sabbat commence par la mise en oeuvre du Jubilé, pour ce qui deviendrait donc le Sabbat éternel, à partir duquel il devient définitivement possible de dire : c'est aujourd'hui de jour du Sabbat (Hébreux 4:7).

 

Mais alors peut-on se demander, qu'en est-il de cette confusion de ce monde injuste qui, contre l'Évangile, entend se glorifier devant Dieu ? Qu'en est-il aujourd'hui de cette confusion par laquelle Jésus a laissé pantois les habitants de Nazareth ? Car telle en sont les modalités : avec l'annonce de la délivrance des exilés, genre chômeurs, la remise des dettes, la proclamation de la libération des victimes de toutes les oppressions possibles, à défaut de guérir des aveugles ; car si nous n'avons pas forcément le don de faire des miracles... nous avons tous celui de remettre les dettes, de partager ce que Dieu nous a octroyé, de remettre pour notre part les compteurs à zéro.

 

 

*

*   *

 

 

On objectera peut-être, comme souvent quand la Loi dérange, que les modalités d'application de la Loi relèvent du pur symbole religieux... On criera peut-être au littéralisme sabbatiste.

 

Mais prenons garde : la lettre tue certes. Mais l'Esprit lui, ne tue pas la lettre, il la vivifie, c'est-à-dire qu'il nous prévient d'en faire un usage desséchant, ou ne tenant pas compte des caractéristiques propres à la culture et au temps qui voyait son énonciation - et visant à exclure autrui et à s'endormir soi-même. Et l'usage de la loi sur les sabbats, pour des situations de détresse et d'injustice, qui est dans la proclamation par Jésus de l'année jubilaire, n'est peut-être pas exactement ce qu'il faut appeler légaliste et desséchant. Et point question de situer la proclamation de Jésus dans le seul cadre des derniers temps de la Bible hébraïque pour la réserver à l'Israël d'alors : c'est Luc qui rapporte l'événement, Luc que l'on sait soucieux de la valeur universelle, trans-nationale, de l'Évangile : c'est jusqu'aux extrémités de la terre qu'il s'agit de voir rayonner la grâce jubilaire. Et certes, les modalités d'application ne devront pas calquer littéralement dans l'Empire romain celles prévues pour la société agraire de l’Israël ancien. A plus forte raison pour ce qui en est de la société moderne. Mais cela est loin d'équivaloir à une annulation : l'urgence de mettre en place des ruptures et de rappeler par des gestes concrets le débouché spirituel de notre travail est d'autant plus grande que le monde est plus compliqué et par là plus déboussolé par ses excès, - un monde devenu plus vaste, plus difficile à gérer. A nous d'exercer notre imagination.

 

C'est ainsi qu'il y a là peut-être pour nous dans la proclamation de Jésus interpellation à voir autrement, à prendre des positions à même de nous bouleverser réellement.

 

Ainsi, peut-être, par exemple, faudra-t-il aujourd'hui réclamer l'obtention d'années sabbatiques (en quelque sorte partager le chômage, qui, lui, contrairement au travail, ne manque pas) ; la remise de la dette des pays pauvres ; en cas de délocalisation d'entreprises, l'application d'une justice sociale d'un type similaire à celle de l'Occident... Et nous mettre en ce qui nous concerne à appliquer ce type de justice dans les domaines à notre portée, aussi curieux que cela nous paraisse : dans nos entreprises, nos foyers, à l'école, en consommant... et ce faisant en usant éventuellement du boycott de certaines marques... Le tout en ne perdant par de vue qu'il s'agit, face au chômage d'un combat non pas tant pour la charité que pour la dignité. Ici les exclus ne cherchent pas seulement du pain, mais aussi du travail, et donc, de la reconnaissance.

 

Et ainsi parallèlement, se pose la question d'un autre sens dont le repos dote le monde, la dignité à laquelle il l'élève en l'investissant de son orientation spirituelle pour un repos qui est participation au propre repos de Dieu, celui de la transfiguration en Christ ressuscité, par la vie de l'Esprit, de notre sombre quotidien.

 

*

 

Dieu et Mammon

 

Nous sommes au cœur de cette alternative dévoilée déjà par Jésus et dont on constate tous les jours les méfaits, celle qui nous place entre Dieu et Mammon : "nul ne peut servir deux maîtres, dit Jésus... Nul ne peut servir Dieu et Mammon" (Matthieu 6:24). Mammon, personnification de cette puissance, "l'argent", devenue autonome par rapport au simple moyen d'échange sur lequel il se fonde. Selon le Nouveau Testament, Mammon est l'exemple même du démoniaque.

 

Et il suffit d'y réfléchir un peu pour constater que ce que l'on continue à s'imaginer de plus ou moins bonne foi n'être qu'un moyen d'échange, - est devenu au gré de nos idolâtries conscientes, ou ce qui est peut-être pire, inconscientes - une réalité démoniaque autonome en train de dévorer le monde, avec notre complicité tacite de serviteurs de deux divinités.

 

Venant de dénoncer ce culte de Mammon, Jésus poursuit : "ne vous inquiétez donc pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus" (Matthieu 6:25). Or, cette inquiétude promue par Mammon, qu'est-elle d'autre que la privation du repos - le brisement de la Loi du Shabbath. Et voilà dénoncé comme idolâtrie le soin inquiet, c'est-à-dire anti-repos, avec lequel nous cultivons notre compte en banque ! "Il faut bien se prémunir" contre l'avenir, me direz-vous ! Mais c'est exactement de que Jésus dit de ne pas faire !

 

Jusque là il n'est question que des faits. Au-delà des faits, il est question des conséquences, non négligeables pour le sujet qui nous intéresse.

 

On sait que comme l'alternative Dieu ou Mammon, le culte de Dieu se développe sur un thème double lui aussi. Mais là, point d'alternative : il s'agit du double commandement ; où aimer Dieu seul ne peut s'accommoder avec servir Mammon, mais doit se manifester concrètement par "aimer son prochain comme soi-même", nous dit Jésus, renvoyant au Lévitique (19:18). "Celui qui dit connaître Dieu et qui n'aime pas son frère est un menteur", dit la 1ère Épître de Jean.

 

L'idolâtrie de Mammon dévoile alors où le culte de Dieu ne peut en aucun cas s'en accommoder : si l'amour de Dieu se manifeste en amour du prochain, le culte de Mammon rend cet amour concrètement impossible, en ce qu'il instaure l'esprit de compétition et brise donc l'esprit de solidarité.

 

 

De quelques méfaits de Mammon

 

Comment aimer son frère dans le monde géré par Mammon, qui établit son règne par l'universalisation de l'inquiétude que fustige Jésus ?

 

En tout cela, Mammon se dévoile comme briseur de solidarité. Il conduit chacun à adopter la philosophie du chacun pour soi, à l'appui de toutes les bonnes excuses qu'elle requiert ("que voulez-vous, le monde est ainsi fait"), - cela plutôt qu'être solidaires selon le commandement d'amour du prochain. On entrevoit en quoi le culte de Mammon qui nous taraude pourtant tous, est incompatible avec celui de Dieu.

 

Et c'est de cette façon que se déposent des couches de plus en plus épaisses de ce fumier sur lequel poussent les champignons de l'idéologie du "bouc émissaire". Non pas certes du bouc émissaire biblique, qui a pour fonction de faire reconnaître à chacun sa part de responsabilité, mais de son substitut haineux, qui consiste à faire reposer nos fautes sur autrui.

 

En effet l'enseignement que diffuse Mammon - malgré le fait que la richesse objective de nos sociétés augmente -, c'est que la part de son gâteau n'est pas infinie, qu'il faut se battre pour en obtenir sa part. Puis sur ce fondement théorique, s'insuffle bientôt l'idée qu'il est fou d'être solidaire, mais au contraire, si le gâteau vient à sembler vraiment en phase de diminuer, c'est alors qu'il est temps, avant d'être devenu vraiment trop faible, de taper sur plus petit que soi, qui a l'impudence - plus criante encore s'il est étranger - de vouloir aussi en prendre sa part, qui dès lors diminuera la mienne. C'est la méthode que pratiquaient les nazis dans leurs camps de concentration pour empêcher les prisonniers de se solidariser. Primo Levi, dans son livre (Si c'est un homme, Paris, Julliard, 1987) relatant son expérience en camp, nous fournit l'illustration ultime de ce processus de déshumanisation.

 

 

Vers la pratique de la solidarité

 

Tel est le fait, le culte de Mammon. Telles sont les conséquences : la rupture des relations humaines induites dans une relation saine avec Dieu, et l'invention de boucs émissaires de nos égoïsmes. Reste la question de la solution. On a parlé de solidarité. Facile à dire, peut-on penser. Rassurons-nous, on n'a sans doute devant nous qu'un pas après l'autre à effectuer. Mais il faut le mettre, ce pied devant l'autre, avant de recommencer. C'est encore la meilleure façon de marcher. Cela notamment en un monde qui manque si cruellement de la vision d'un débouché qu'il est près de dépérir.

 

Il s'agit de plus en plus concrètement de vivre dans le temps de cette précarité dont les victimes augmentent. "Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et toutes les choses pour lesquelles vous vous inquiétez vous serons données en plus" (cf. Matthieu 6:33). C'est la promesse de la possibilité d'un autre monde, fondé non sur Mammon, mais sur la justice, et où tous voient leurs besoins réels enfin concrètement reconnus. Concrètement, on ne peut combattre vraiment Mammon qu'en fonction de notre ancrage dans la certitude que cela doit et peut changer, que l'on peut participer, à notre mesure, au renversement du processus de déstructuration du monde auquel nous assistons, impuissants et fascinés. Au vu de nos comportements, on a de quoi mesurer concrètement l'intensité du drame de la précarité, qui renforçant l'inquiétude renforce le pouvoir de Mammon. Pourtant, selon l'Épître aux Hébreux, "il reste encore un repos de sabbat pour le peuple de Dieu" (Hébreux 4:9). "Craignons donc, écrit l'auteur, tant que la promesse d'entrer dans son repos subsiste, que personne ne pense être venu trop tard" (Hébreux 4:1).

 

 

R.P.

« Travail, Partage, Exclusion »,
reprise d’un développement de 1994-1996
sur ce thème de réflexion proposé alors par la FPF

 

 

 

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