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« Il a mis
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Prédestination...

Par rolpoup :: lundi 10 novembre 2008 à 8:33 :: Réformation

 

 

 

 

 

 

 



La double prédestination selon Calvin

 

 

 

 

 

1) Introduction et vocabulaire

 

Parler de « la double prédestination selon Calvin » — le titre qui m’a été proposé* —, fait risquer de rendre à Calvin ce qui ne lui appartient pas en propre — loin s’en faut.

Rappelons que ce qui est alors un classique en Occident, la prédestination, développée par Calvin dans ses traités sur la Congrégation sur l’élection éternelle (1551) et De la prédestination éternelle (1552), occupe quatre chapitres en fin du livre III de l’Institution chrétienne (de 1559, le thème était absent de sa 1ère édition). Place congrue, donc. Ce qui n’en fait toutefois pas une notion sans importance. Elle est capitale dans les théologies de la grâce, et donc dans les théologies de la Réforme. Reçue dans plusieurs textes de la Bible, elle est tenue par les Réformateurs comme le pendant inévitable de la gratuité du salut.

Cela pour le vocable « prédestination ». Quant à son aspect « double », classique aussi, il faut dire pour commencer qu’il n’implique nullement un parallèle. Pour Calvin comme pour ses prédécesseurs, l’aspect négatif de la prédestination, la réprobation, est fonction de la justice de Dieu ; l’aspect « positif », l’élection, étant fonction de sa miséricorde.

 

 

2) Un classique en Occident

 

« Tout l’ensemble du genre humain a été condamné dans sa racine apostate par un si juste jugement divin que même si aucun homme n’en avait été délivré, personne ne pourrait à bon droit blâmer la justice de Dieu. Quant à ceux qui sont délivrés, il fallait bien qu’ils le fussent : pour démontrer, par le nombre plus grand de ceux qui ne l’ont pas été mais qui furent abandonnés dans la plus juste des damnations, ce qu’a mérité la masse entière des hommes, et à quoi aurait conduit, pour les élus eux-mêmes, le jugement de Dieu qui leur était dû, si la miséricorde de Dieu, nullement due, n’était venue à leur aide. » (Augustin, Enchiridion, ch. 99. PL 40, 278)

 

« De même que la prédestination est une part de la providence à l’égard de ceux qui sont ordonnés par Dieu au salut éternel, la réprobation à son tour est une part de la providence à l’égard de ceux qui manquent cette fin. D’où l’on voit que la réprobation ne désigne pas une simple prescience ; elle y ajoute quelque chose selon la considération de la raison, comme on l’a dit plus haut de la providence. Car de même que la prédestination inclut la volonté de conférer la grâce et la gloire, ainsi la réprobation inclut la volonté de permettre que tel homme tombe dans la faute, et d’infliger la peine de damnation pour cette faute. » (Thomas d’Aquin, ST, I qu 23, a3, resp.)

 

Lorsque l’Apôtre dit « "Ceux qui ont été appelés selon son dessein" (Ro 8, 28), il s’ensuit manifestement que les autres n’ont pas été appelés selon son dessein. En effet, le mot "dessein" signifie ici la prédestination de Dieu ou encore sa libre élection et délibération, ou son conseil ». (Luther, Commentaire de l’Épître aux Romains, L & F, T. XII, p. 144)

 

« La réprobation éternelle de l’homme est, une fois pour toutes, la réprobation subie et par conséquent "rejetée" par Jésus-Christ, en qui Dieu s’est sacrifié lui-même. S’il en est bien ainsi, il est clair que le réprouvé existe par définition d’une manière absolument différente de l’élu. Il est l’homme que le Dieu tout-puissant, saint et miséricordieux, n’a pas voulu. Parce que Dieu est sage et patient jusque dans ce qu’il réprouve, cet homme peut encore exister tel quel, il n’est pas simplement éliminé. » (K. Barth, Dogmatique, Vol.II, T.2, L&F 1958 liv. 8 p. 446)

 

Calvin (IC III, xxi, 5) : « Nous appelons Prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu'il voulait faire d'un chacun homme. Car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. Ainsi, selon la fin à laquelle est créé l'homme, nous disons qu'il est prédestiné à mort ou à vie. »

La froideur apparente du vocabulaire correspond à une mise en ordre systématique de ce qui a déjà été dit par ses prédécesseurs, parfois d’une façon moins littérairement précise.

 

Le IIe Concile d’Orange (529)

Contre les disciples du moine celte Pélage, qui affirmaient après lui que le salut dépend de la volonté et de l’action humaine et contre les « semi-pélagiens », qui tenaient qu’au moins de début de la foi relève d’un acte de la volonté — le Concile d’Orange proclame que commencement de la foi-même — l’initium fidei — ne dépend que de la grâce.

 

Car (Canon 1) « Si quelqu'un dit que, par l'offense résultant de la prévarication d'Adam, l'homme n'a pas été tout entier, dans son corps et dans son âme, "changé dans un état pire", et s'il croit que le corps seul a été assujetti à la corruption cependant que la liberté de l'âme demeurait intacte, trompé par l'erreur de Pélage, il contredit l'Ecriture qui dit : "l'âme qui a péché périra" Ez 18,20 et : "Ignorez-vous que si vous vous livrez à quelqu'un comme esclave, pour lui obéir, vous êtes esclave de celui à qui vous obéissez ?". Rm 6,16 et : "On est esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre" 2P 2,19. »

 

Conclusion : « Ainsi, selon les sentences de la sainte Écriture alléguées plus haut et les définitions des anciens Pères, nous devons avec l'aide de Dieu, prêcher et croire que le péché du premier homme a tellement dévié et affaibli le libre arbitre que personne, depuis, ne peut aimer Dieu comme il faut ni croire ni faire le bien pour Dieu si la grâce de la miséricorde divine ne l'a prévenu. C'est pourquoi nous croyons qu'Abel le juste et Noé et Abraham et Isaac et Jacob et toute la multitude des saints d'autrefois, n'ont pas reçu cette admirable foi, dont saint Paul les loue dans sa prédication He 11,1 (et ss), par la bonté de la nature donnée primitivement à Adam, mais par la grâce de Dieu. » (Conclusion de Césaire d’Arles)

 

Calvin, comme les autres Réformateurs, s’inscrit tout simplement dans cet enseignement classique de l’orthodoxie occidentale.

 

Les précisions de l’enseignement de Calvin, et à sa suite, restent dans cette perspective.

 

 

3) Infralapsaires / supralapsaires

 

Ainsi quant à la question concernant le décret de Dieu d’élire ou de réprouver : est-il logiquement antécédent à la chute, ou logiquement conséquent à la chute ?

L’orthodoxie calviniste distingue deux approches : l’option supralapsaire (souvent attribuée à Th. De Bèze), qui admet un décret logiquement antécédent à la chute, est plus optimiste, exprimant d’abord la foi en un projet de Dieu sursumant à son terme le mal (sans l’excuser).

L’option infralapsaire, qui exprime la dimension du rachat conséquent à la chute, admet donc une sorte de risque (assumé) de la création. Ce qui ne doit pas faire confondre prédestination et prescience (IC III, xxii, 1) ! Ni faire dépendre la première de la seconde !

Dans les deux cas, le mal est un scandale inexcusable, qui encourt la justice de Dieu, et sa réprobation.

Une alternative rationnelle serait celle d’un autre tenant de l’idée de prédestination, le théologien cathare du XIIIe siècle Jean de Lugio, faisant procéder le mal d’un mauvais principe éternel et étranger à Dieu — double prédestination radicale ici : avec deux principes opposés, pour un triomphe inéluctable de Dieu.

Toujours dans la perspective d’une alternative, on a envisagé aussi l’universalisme du salut : tout le monde sera sauvé. Mais se pose alors le problème de la pratique du mal (même Hitler, au paradis ?… Pour que ça recommence !?) — à moins que l’on n’envisage une purification finale, via par exemple des notions genre métempsycose.

 

 

4) Le synode de Dordrecht (1618-1619) : T.U.L.I.P. — vs les « arminiens »

 

Le synode réformé de Dordrecht résume la logique de la prédestination en cinq points, présentés en cinq lettres anagrammes de TULIP (ratifiés par la majorité des réformés d’alors, dont les réformés français) :

 

T. : « Total depravity » : corruption totale (extensive et non intensive — cf. Orange II 529) de la massa perditionis des humains déchus : corrompus dans tout ce qui fait nos êtres. Il n’y a dès lors aucun « lieu », pas plus la raison que la volonté, qui soit capable par lui-même de satisfaire aux exigences de Dieu. D’où la nécessité de la grâce.

 

U. : « Unconditional election ». Dès lors, il n’y a rien en nous de méritoire : l’élection est donc inconditionnelle.

 

L. : « Limited expiation » : puisque d’aucuns se perdent, le Christ n’a racheté que les élus ; l’expiation leur est limitée. Cf. Luther à propos de « "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés" (1 Ti 2, 4) […]. Ces arguments et autres semblables sont faciles à réfuter […]. Car toujours ces propos s’entendent à l’égard des élus, comme le dit l’Apôtre, II Timothée (2, 10) : "Tout à cause des élus." Ce n’est pas en effet de manière absolue que Christ est mort pour tous, puisqu’il dit : "Ceci est le sang qui sera répandu pour vous" (Luc 2, 20) et "pour beaucoup" (Marc 14, 24). Il ne dit pas en effet : "pour tous, pour le pardon des péchés". (Cf. Mt 26, 28.) (Luther, Commentaire de l’Epître aux Romains, L & F, T. XII, p. 146-147.)

 

I. : « Irrésistible grâce » : la grâce précédant tout mouvement de foi, et même le suscitant, il n’y a pas lieu de l’imaginer « résistible » : lui résister est même contradictoire, la grâce étant le mouvement par lequel est vaincu le refus de la foi.

 

P. : « Perseverance of the saints ». L’élection dépend de Dieu seul, qui est fiable, et qui ne revient pas sur ses engagements et ses promesses / sur sa promesse donnée à la foi seule. Cf. Ro 10-11 et l’élection indéfectible d’Israël — qui vaut, concernant le salut en Christ, pour les individus qui croient.

 

À l'inverse, les opposants à Dordrecht, les arminiens — ou « remonstrants » :

S'opposent à la prédestination absolue.

Soutiennent que le salut est donné par le Christ pour toute l'humanité, quoique seuls les croyants peuvent en bénéficier. Plus tard, que le Salut est gratuit et universel.

L'homme pour exercer sa foi doit être régénéré par l'Esprit Saint, don de Dieu.

L'homme peut résister à la grâce divine.

L'homme peut rechuter malgré la grâce.

 

Au XVIIIe siècle, J. Wesley reprendra l’idée de « grâce prévenante » (cf. Orange II) en un sens de préparation universelle, par la grâce, à recevoir le salut. Cette grâce prévenante est différente de grâce générale conservante du calvinisme — qui, elle, est équivalente à la Providence qui empêche le monde de sombrer dans le chaos, mais qui n’offre pas le salut.

 

 

5) Élection collective/ élection individuelle. Effets pervers...

 

L’élection qui sauve est particulière, concernant les individus, mais la notion connaît dans la Bible une dimension générale ou collective. Calvin (IC III xxi, 5-6) mentionne et développe l’idée de l’élection d’Israël, qui peut valoir par analogie, mutatis mutandis, pour chaque peuple. Une élection collective qui est avant tout élection à une tâche, élection qui correspond à une vocation, missionnaire en quelque sorte, dans l’Histoire du salut, laquelle ne dispense pas les individus de leur responsabilité morale. Concernant dans la Bible en premier lieu Israël, elle peut valoir par extension et par analogie pour d’autres nations — parlant de mission.

 

La question va se poser au XVIe siècle, avec l’élargissement géographique du monde. Et bientôt la notion d’élection et de prédestination va dévoiler des effets pervers.

 

Commençons ce point en citant un texte qui n’a rien à voir avec Calvin, le calvinisme, ou la prédestination. Quelques extraits de la Très brève relation de la destruction des Indes (1ère publication 1552 à Séville interdite par l’Inquisition en 1659) du dominicain Bartolomé de Las Casas (1474-1566) : « L'île Espagnole (Hispaniola) est la première où les chrétiens sont entrés (au "Nouveau monde") et où commencèrent les grands ravages et les grandes destructions de ces peuples; la première qu'ils ont détruite et dépeuplée. Ils ont commencé par prendre aux Indiens leurs femmes et leurs enfants pour s'en servir et en faire mauvais usage, et par manger leur nourriture qui venait de leur sueur et de leur travail; ils ne se contentaient pas de ce que les Indiens leur donnaient de bon gré, chacun suivant ses possibilités; celles-ci sont maigres, car ils ne possèdent généralement pas plus que ce dont ils ont besoin d'ordinaire, et qu'ils produisent avec peu d'effort; ce qui suffit à trois familles de dix personnes chacune pour un mois, un chrétien le mange et le détruit en un jour. Devant tant d'autres violences et vexations, les Indiens commencèrent à comprendre que ces hommes ne devaient pas être venus du ciel...

« Ils embrochaient sur une épée des enfants avec leurs mères et tous ceux qui se trouvaient devant eux. Ils faisaient de longues potences où les pieds touchaient presque terre et par groupes de treize, pour honorer et révérer notre Rédempteur et les douze apôtres; ils y mettaient le feu et les brûlaient vifs. D'autres leur attachaient tout le corps dans de la paille sèche et y mettaient le feu; c'est ainsi qu'ils les brûlaient. A d'autres et à tous ceux qu'ils voulaient prendre en vie ils coupaient les deux mains, et les mains leur pendaient; et ils leur disaient: "Allez porter les lettres", ce qui signifiait d'aller porter la nouvelle à ceux qui s'étaient enfuis dans les forêts. C'est ainsi qu'ils tuaient généralement les seigneurs et les nobles; ils faisaient un gril de baguettes sur des fourches, ils les y attachaient et mettaient dessous un feu doux, pour que peu à peu, dans les hurlements que provoquaient ces tortures horribles, ils rendent l'âme. J'ai vu une fois brûler sur les grils quatre ou cinq seigneurs important (et je crois même qu'il y avait deux ou trois paires de grils où d'autres brûlaient). Comme ils poussaient de grands cris et qu'ils faisaient pitié au capitaine, ou bien qu'ils l'empêchaient de dormir, celui-ci ordonna de les noyer; et l'alguazil, qui était pire que le bourreau qui les brûlait (et je sais comment il s'appelait; j'ai même connu sa famille à Séville), n'a pas voulu les noyer; il leur a d'abord mis de ses propres mains des morceaux de bois dans la bouche pour qu'ils ne fassent pas de bruit, puis il a attisé le feu pour qu'ils rôtissent lentement, comme il le voulait...

« Le soin qu'ils prirent des Indiens fut d'envoyer les hommes dans les mines pour en tirer de l'or, ce qui est un travail intolérable; quant aux femmes, ils les plaçaient aux champs, dans des fermes, pour qu'elles labourent et cultivent la terre, ce qui est un travail d'hommes très solides et rudes. Ils ne donnaient à manger aux uns et aux autres que des herbes et des aliments sans consistance; le lait séchait dans les seins des femmes accouchées et tous les bébés moururent donc très vite. Comme les maris étaient éloignés et ne voyaient jamais leurs femmes, la procréation cessa. Les hommes moururent dans les mines d'épuisement et de faim, et les femmes dans les fermes pour les mêmes raisons... Dire les coups de fouet, de bâtons, les soufflets, les coups de poings, les injures et mille autres tourments que les chrétiens leur infligeaient quand ils travaillaient, il faudrait beaucoup de temps et de papier; on n'arriverait pas à le dire et les hommes en seraient épouvantés. »

 

J’en viens au rapport avec les effets pervers de la prédestination.

 

La raison de ce traitement des « Indiens » que dénonce Las Casas apparaît dans la controverse de Valladolid à laquelle il a pris part pour défendre les « Indiens ». Son adversaire Sepulveda, qui a eu gain de cause, soutien que ce traitement est légitime parce que les « Indiens » ne sont pas à proprement parler des hommes ! (sic), comme le démontre leur idolâtrie (re-sic)…

Pour cela, il s’appuie sur Aristote, dont l’autorité fonde la philosophie officielle du catholicisme d’alors — bien qu’Aristote n’ait jamais dit cela !

 

On n’en est pas moins au départ d’une attitude qui légitime dès lors le racisme et les théories sur la « hiérarchie des races ». Après avoir exterminé les « Indiens », on déportera des Africains en esclavage à leur place, toujours à l’appui des mêmes théories sur la « hiérarchie des races ».

 

Certains protestants, calvinistes entre autres, seront prophétiques et s’opposeront à cela, d’autres suivront le courant et la raison économique… et pour ne pas être en reste, donneront du service à leur théologie, qui pas plus qu’Aristote, ne légitime ces horreurs.

 

Chez les calvinistes, c’est notamment la prédestination (qui n’a pourtant rien à voir avec cela) qui prendra du service : l’élection, selon la Bible, concerne aussi les peuples — on l’a vu avec Israël. De là à considérer que d’autres peuples sont collectivement réprouvés et que suite à cela, s’y appuie l’idée d’une « hiérarchie des races », il n’y a qu’un pas que certains franchiront, l’appuyant même, au XIXe et au XXe, même sur les théories génétiques de Darwin ! Et vogue la galère qui rejoint l’explication des premiers colons et de leurs massacres par la reprise de la conquête au livre de Josué — où Indiens et autres peuples colonisés deviennent des sortes de Cananéens éternellement réprouvés et au fond voués à disparaître devant les « races élues »…

 

Si on est totalement en dehors de ce qu’est la prédestination, il fallait tout de même mentionner cet effet totalement pervers… Pour entendre qu’il est préalablement condamné et corrigé par Calvin : l’élection est toujours en vue de la sainteté ! (IC III, xxii, 3)

 

On peut évoquer aussi, sans s’y arrêter, ce supposé effet pervers (qui serait évidemment moins grave) que pose Max Weber disant que la prédestination induit le capitalisme parce qu’elle produirait une angoisse et que l’on devrait s’enrichir pour se prouver qu’on est béni. Cet effet pervers-là me semble sujet à caution, la prédestination portant plutôt avec elle une certitude qui ne demande pas d’être prouvée… Cf. IC III, xxiv, 5 : « ce serait une spéculation égarée, quand il nous faut former nos requêtes de mettre ceci en avant : Mon Dieu, si je suis élu, exauce-moi ! Plutôt il veut que ses promesses nous contentent ».

 

 

6) ... Et correction

 

Pour en rester à l’effet pervers colonisateur et pour souligner à quel point c’est bien un effet pervers, qui n’a rien à voir avec la notion enseignée par les Réformateurs, je vais citer à présent Bucer, collaborateur et maître de Calvin à Strasbourg — Bucer, qui a les mêmes convictions que les autres Réformateurs, y compris sur la prédestination.

Et n’oublions pas que Calvin lui a emprunté son ecclésiologie. Le texte concerne « les Indiens » d’Amérique. Il date de 16 ans avant le récit de Las Casas. Je cite :

« On considère la découverte et la conquête de nouvelles terres et de nouvelles îles comme une grande victoire et comme le moyen d'une formidable expansion du monde chrétien. Je pense, moi, qu'elles sont de nature à susciter la colère de Dieu. Car, en réalité, il ne s'agit d'autre chose que d'arracher au pauvre peuple sa vie et ses biens, et finalement son âme, au travers de la foi pleine d'erreurs imposée par les moines.

J'ai entendu Juan Glappion, le confesseur de Sa Majesté l'Empereur, se plaindre devant un groupe d'honorables personnes que, lors de leurs récentes découvertes de territoires, les Espagnols obligeaient le pauvre peuple à leur chercher de l'or et autres choses, en les traitant fort maL Comme ces malheureux ne supportaient ni les travaux qui leur étaient imposés, ni les tortures qu'on leur infligeait, ils étaient pratiquement voués à la mort.

En ce qui nous concerne, que résulte-t-il de tout cela? Combien de braves gens ont été sacrifiés, dans toutes ces expéditions maritimes! On y a gagné beaucoup, mais ce ne sont jamais que des biens matériels, acquis au prix de terribles combats. Pompe et orgueil d'un côté, oppression du pauvre peuple de l'autre. Faire des affaires pour s'emparer de toute la richesse du monde! On traite arbitrairement ceux qui, en travaillant dur, arrivent à peine à survivre. Et c'est cela qu'on appelle étendre et renforcer la chrétienté ? » (Martin Bucer, 1538)

 

Ce texte est de Bucer, mais il pourrait être revendiqué par Calvin, qui s’est opposé lui aussi aux justifications de l’esclavage de son temps.

 

Allons un peu plus loin. Sachant ce qu’est la prédestination, le rôle qu’elle joue pour les Réformateurs et pour Calvin, la notion pourrait même, sous l’aspect négatif, celui de la réprobation, être un pilier de la condamnation des bourreaux !

 

 

7) Signification de la prédestination

 

Il n’y a de réprobation que du mal et de ses auteurs. Il ne faut pas oublier que la réprobation est fonction de la justice de Dieu qui condamne le mal, l’élection étant, elle, fonction de sa seule miséricorde.

 

L’élection se fait en Christ, c’est-à-dire en celui qui a subi la violence des hommes. Elle vaudra aux élus jusqu’à la persécution de la part des injustes. Et voilà que, pour fait de témoignage à la grâce gratuite de Dieu, se sont déchaînées des persécutions, perpétrées par les mêmes qui procèdent au génocide des « Indiens ».

 

Et qui par-dessus le marché promettent aux témoins de l’Évangile rien moins que l’enfer, en un temps où l’Église romaine est détentrice des clefs du paradis. Il n’est pas loin, le temps où les rois craignent l’excommunication romaine, et l’interdit qui verrait leurs peuples se lever contre eux, rois, par l’excommunication desquels leur peuple se voyait privé du paradis !

 

Eh bien, la prédestination radicale de la Réforme, et notamment du calvinisme, leur dit tout simplement : ne craignez pas ! Quand bien même vous êtes excommuniés par une puissance terrestre, l’Église romaine, votre seule foi, votre seule confiance en la grâce de Dieu, qui précède tous les temps, qui précède l’Église romaine qui vous persécute, cette seule confiance est le signe que de toute éternité Dieu vous tient en sa garde !

 

Mieux — et c’est la face dite négative, « l’horrible décret », au sens non pas qu’il serait affreux, mais au sens qu’il est redoutable et propre à faire frémir — ceux qui vous tourmentent, ceux qui rejettent manifestement la grâce de Dieu, sont réprouvés pour leur injustice, et ce de telle sorte que leur injustice même, leur endurcissement dans la violence, n’échappe pas au Dieu qui vous tient en sa garde, comme l’endurcissement du Pharaon devenait l’occasion pour le peuple délivré de voir éclater la majesté de la délivrance et du Dieu qui l’opère «  à main forte et à bras étendu ». Dieu qui assure de son élection par la seule foi qu’il est fidèle à sa promesse (IC III, xxiv) ; contre le décret de réprobation, qui est mystérieux et juste, mais en impasse : en ce sens qu’annoncer à quiconque un signe de réprobation dans son incroyance serait « maudire plutôt qu’enseigner » (IC III, xxiii, 14).

 

C’est essentiellement d’une doctrine de consolation qu’il est question, considérant qu’il n’y a rien en nous qui puisse acquérir le salut, qui procède donc de la grâce seule. On est alors devant une miséricorde perçue comme mystère, contrepartie d’une perdition sans cela inéluctable des êtres humains, « serfs du péché », selon le titre du traité de Luther emprunté à saint Augustin : le serf-arbitre, pendant de la sola gratiasola fide.

 

 

R.P.

*Sanary, rencontre des « Veilleurs »,

8 novembre 2008

 

 

 

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