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« Il a mis
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"J’ai mis devant toi la vie et la mort"…

Par rolpoup :: mardi 23 juin 2009 à 12:55 :: Entre temps

 

 

 

 

 

 

 


“Choisis la vie” — du cœur de la tempête

 

 

 

 

 

« J’ai mis devant toi la vie et la mort… Tu choisiras la vie » (Deutéronome 30, 19)

 

 

Pour situer notre responsabilité d’humains dans la sauvegarde la Création, il faut rappeler que la Création se distingue de la nature, qui n’a rien d’idyllique !

 

La nature, c’est tout de même des choses comme cela : « Jeune encore, écrit Théodore Monod, lorsque je commençais à m'intéresser à l'histoire naturelle, j'ai rencontré en Normandie un malheureux crapaud, dont le visage, la face était partiellement détruite par la croissance d'une larve de diptère. Certaines pondent dans les fosses nasale des crapauds ; la larve, en se développant, détruit une partie de la tête de ce malheureux animal. Songeons aussi aux parasites ! Les apologistes n'y pensaient pas. Ils ne savaient peut-être pas qu'il en existait. Or, les parasites composent un monde incroyable. Il s'en trouve partout. Il n'est pas une espèce animale qui ne connaisse ses parasites externes ou internes. Ces derniers peuvent causer des ravages physiques considérables, provoquant des souffrances qui ne le sont pas moins. Imaginer que tout provient de la volonté d'un Dieu miséricordieux, compatissant à l'égard de ses créatures, voilà qui paraît difficile à admettre, quand on contemple la vérité physique de l'affreux spectacle de la nature. Pour aborder de tels problèmes, peut-être faudrait-il posséder des connaissances, dont ne disposent pas la plupart d'entre nous. »

 

La nature est aussi cela, à distinguer donc de la Création d'après Genèse 1, notion théologique, reçue dans la foi selon un récit qui la présente comme relevant du projet de Dieu, et qui, arrivant à son terme, est proclamée « bonne » par Dieu.

 

Un projet dont l’homme est partie prenante, lui qui est aussi partie de la nature comme réalité douloureuse où se meuvent les parasites et les prédateurs, dont l’homme fait bien sûr aussi partie.

 

Et pourtant l’humain est d’emblée donné, et se perçoit, comme ayant un rôle « culturel » (cultiver et garder « le jardin », qui n’est pas la nature, ou qui correspond à un projet de Création dans la nature) — cela en lien avec sa capacité de réflexion, de mise à distance d’avec la nature. L’être humain est donné comme dual dès le terme du chapitre 1 de la Genèse — « homme et femme » — dualité qui fonde sa capacité de mise à distance : d’avec lui-même, comme être dual, et donc réflexif ; d’avec Dieu qui est autre, d’avec la nature dont il est partie prenante.

 

Un projet créateur mû en son terme par des images comme celles du livre d’Ésaïe, où le lion et l’agneau passaient ensemble et où les épées sont changées en socs de charrue  — véritable visée utopique qui ouvre sur le terme du projet de Création.

 

*

 

Mais le projet initial, comme risque du devenir, nous est donné comme nature, et comme glissement et dérapage — un échec qui voit cette parole terrible de la Genèse où « Dieu se repent d’avoir fait l’homme sur la terre » : quelque chose ne correspond pas au projet créateur dont l’homme est co-responsable.

 

La visée idyllique du prophète Ésaïe reste à l’état d’utopie. Signe intéressant : l’homme dans le projet de Création (Gn 1) se voit projeté comme végétarien (ce qui limite la violence à l’égard des animaux) : « tu mangeras toute plante portant fruit et semence » ; tandis qu’après le déluge, marque du terrible repentir de Dieu, l’homme se voit accorder la manducation de nourriture carnée (Gn 9).

 

Partie de la nature, l’homme n’en limite que partiellement la violence et la menace inhérente, voire contribue à l’accentuer ! Jusqu’à la crise écologique…

 

*

 

On peut comparer la crise écologique qui est devant nous, qui est déjà là, à une tempête, une gigantesque tempête… Comme les tempêtes qui seraient celles d’une mer agitée… mais avec désormais une dimension incommensurable : la tempête menaçant de tout détruire, selon une des perceptions de la mer dans l’Antiquité.

 

La mer, dans l'Antiquité, a de nombreuses significations, elle a des connotations diverses, un sens ambigu.

 

La mer a certes une dimension positive : on en tire nourriture. Hélas d’une façon qui nous conduit aujourd’hui à menacer des espèces entières, et l’équilibre écologique avec.

 

Mais la mer a alors surtout une signification négative, qui s'exprime dans les tempêtes. Toujours menaçante, la mer signifie tout ce qui brave la Création.

 

Seul Dieu peut la dompter et en fixer les limites. La mer a même une dimension de symbolique diabolique. C'est ainsi, que, toujours symboliquement, l'Apocalypse annonce le jour où la mer ne sera plus.

 

La mer ramène alors symboliquement à la menace qui pèse aujourd’hui sur la survie de la planète. Menaçante, la mer n'échappe cependant pas au pouvoir de Dieu, au point-même que son Esprit n'est pas étranger à ses agitations. Rappelez-vous la Genèse, le récit de la Création : l'Esprit de Dieu planait à la surface des eaux.

 

*

 

Relevons deux textes bibliques parmi ceux qui marquent cela :

 

Job 38, 1 & 8-11 :

1  Le SEIGNEUR répondit alors à Job du sein de l'ouragan et dit :

8  Quelqu'un ferma deux battants sur l'Océan
quand il jaillissait du sein maternel,

9  quand je lui donnais les brumes pour se vêtir,
et le langeais de nuées sombres.

10  J'ai brisé son élan par mon décret,
j'ai verrouillé les deux battants

11  et j'ai dit : « Tu viendras jusqu'ici, pas plus loin ;
là s'arrêtera l'insolence de tes flots ! »

 

Marc 4, 35-41

35  Ce jour-là, le soir venu, Jésus leur dit : « Passons sur l'autre rive. »

36  Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque où il se trouvait, et il y avait d'autres barques avec lui.

37  Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque, au point que déjà la barque se remplissait.

38  Et lui, à l'arrière, sur le coussin, dormait. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ? »

39  Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

40  Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n'avez pas encore de foi ? »

41  Ils furent saisis d'une grande crainte, et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

 

 

*

 

On sait que l'Église a souvent perçu l'épisode de la tempête apaisée comme signifiant sa propre situation : barque du Christ sur les flots agités de ce monde.

 

Situation plus ou moins réelle selon tel ou tel contexte. L'Église primitive, on le sait, prenait le large, s'embarquant, fragile, face à un Empire romain qui ne lui épargnait ni violence, ni persécution. Elle était évidemment fondée à trouver une consolation dans ce texte, dans le récit de ce miracle de Jésus.

 

Les choses étant ce qu'elles sont, l'Église a continué, en d'autres périodes, à faire sienne cette lecture du miracle. L'Église s'est rarement avouée en situation tempérée. Il est vrai que l'inconfort, la menace, la douleur, ne connaissent pas de baromètre objectif. Telle personne subira comme une véritable catastrophe un revers que telle autre jugera insignifiant.

 

Cette subjectivité à l'épreuve est fonction de l'éducation, des influences diverses, de la culture, etc. Cela doit nous conduire à l'humilité.

 

L'écrivain anglais George Orwell, dans son ouvrage décrivant les systèmes totalitaires, intitulé 1984, nous montre un pouvoir policier proche de la toute-puissance, parvenir à force de surveillance à connaître les terreurs intimes de ses sujets. Tel sera terrorisé par les insectes, tel par les incendies, tel par les instruments chirurgicaux, etc. Le héros du livre d'Orwell est terrorisé par les rats. Le pouvoir le sait et utilisera à son égard cet instrument-là de torture, voire simplement de menace de torture, les rats.

 

Ne sachant pas ce qu’endure autrui, nous sommes naturellement tentés de penser que nos épreuves à nous, quand nous en subissons, nos tempêtes, sont les plus menaçantes.

 

Mais combien de pays en proie à la violence — avec des bourreaux à l'abri du regard des médias ? Et là, pour dire à quel point nous sommes de toute façon dans la même mer, il faudrait gratter assez peu pour découvrir que le silence médiatique n'est pas sans rapport avec la présence ou l'absence de matières premières recherchées de notre côté du monde…

 

Dans le même ordre, autre exemple d'inconfort plus significatif que le nôtre, plus besoin de gratter — c’est désormais connu —, l'explosion démographique des bidonvilles des pays du Sud n'est pas sans rapport avec le prix de nos produits de consommation, du café jusqu’au bœuf, que nous souhaitons naturellement maintenir au plus bas, accentuant indirectement un exode vers les villes des petits paysans de nombreux pays — cela sans compter la déforestation servant à cultiver un soja qui nourrit les animaux qui finissent dans nos assiettes, quand ce n’est pas, concernant le même soja, dans les moteurs de nos voitures.

 

Rapport quand même lointain, pourrait-on dire, avec notre tempête à nous ! Sauf que comme opinion publique, il est une façon de pester contre notre tempête, qui du coup n'est pas la nôtre seule, qui incite nos dirigeants à tenter de l'apaiser en faisant, non pas des miracles, mais des démarches, ou des non-démarches, par lesquelles, bien que les intermédiaires continuent à sucrer leur café au passage, les prix octroyés au départ restent bas, ainsi que les conditions sociales, et les déséquilibres mondiaux sont maintenus — ce qui va jusqu'à grossir le chômage chez nous. Sans compter l’épuisement de la planète…

 

Car si on pense ici à la crise économique et financière, on peut dès lors aussi penser à la crise écologique — sans doute primordiale. Si la destruction de la planète et de ses ressources continue à ce rythme, certains avertissent que dans dix ans le basculement pourrait être irréparable. Alors les problèmes engendrés par la crise financière actuelle pourraient même relever de l’anecdote !

 

Reste un constat : nous sommes décidément tous dans la même mer…

 

*

 

Tout cela, faisant un petit retour au texte de Marc, pour y constater que c'est la mer, précisément, que Jésus apaise, la mer qui est la même pour tous ; il ne propose pas de ramener la barque au bord. Il apaise la tempête en lui donnant un ordre.

 

Jésus apaise le vent. Souffle de Dieu ou vent créé, esprit angélique ou démoniaque, esprit bon ou mauvais, souffle et vent. L'Esprit de Dieu souffle où il veut, dit Jésus. Jésus se montre ici être comme Dieu, celui qui fixe ses limites à la mer, celui qui donne l'esprit ou le retient, celui qui donne ses ordres à la mer et aux anges et esprits et souffles, mais ne leur fait pas de concessions.

 

*

 

Voilà qui nous ramène à notre tempête à nous, elle aussi plus vaste que notre seule barque, voilà qui nous ramène à notre crise économique et sociale, financière, et écologique. La tempête s'apaise pour tous, signifie Jésus en réduisant à l'obéissance la mer et le vent ; elle s'apaise pour tous ou ne s'apaise pas.

 

Et ici Jésus pose une interpellation, comme celle du livre de Job percevant la voix de Dieu du milieu de la tempête. On a dit, on le sait, qu'un des aspects de la crise est le repli, cellulaire, individuel, affectif ou financier — après moi le déluge...

 

Au plan religieux, un tel repli s'appelle la secte ou l’intégrisme. Les mouvements religieux en Europe connaissent à peu près tous l’effet de la crise. Crise financière, crise de fréquentation, crise des effectifs, parallèle du chômage.

 

Or, cela n'est pas tout à fait vrai de tous les mouvements religieux. Actuellement, des mouvements religieux prospèrent, ceux qui promettent que demain, on rase gratis.

 

Or, un groupe qui succombe à la tentation sectaire ou intégriste ne prospère que grâce à la tempête. Mal serait venu à ceux vivent ainsi sur le mode du repli identitaire de tenter de l’apaiser. Plus c’est agité ailleurs, plus c’est calme chez nous, dans notre mouvement, et bientôt dans tous les lieux que l’on aura conquis : demain, on rase gratis. C’est qu’en général, là, on n’a jamais vraiment pris la mer, ou on y a renoncé, gesticulant plutôt depuis la plage.

 

Mais lorsqu’on voit sa barque être d’une façon ou d’une autre poussée à la mer, on découvre alors à quel point on ne l’avait peut-être pas prise jusqu'alors. Que proposer quand on ne fait que s’exclamer contre le monde ? Le fuir ?

 

Car au milieu des flots, contrairement à ce qu’il en est sur la plage, les choses peuvent s’avérer moins simples. Cela est vrai aussi au niveau de la Cité, la vaste Cité humaine… Où nous sommes placés. Ce qui nous ramène aux pays pauvres, l’immense majorité de l’humanité. Au niveau de la Cité, l'équivalent de la secte existe aussi. C'est là aussi le repli sur soi, grâce auquel en temps de crise, seule la démagogie prospère. Elle n'a dès lors aucun intérêt à voir cesser la tempête. Parce qu'elle prospère grâce à elle, et parce qu'en outre, elle ne l'affronte pas, restant sur la plage.

 

Et quand on découvre que la tempête ne sera évidemment pas apaisée comme cela, on risque de voir simplement couler sa barque qu’on a bien bétonnée… Au rythme de la musique du Titanic : tant que ce n’est que le niveau inférieur qui est sous l’eau, tout va bien !

 

*

 

Dans la situation qui est la nôtre, le récit du miracle de la tempête apaisée est un appel :

            - à la confiance : Dieu a pouvoir sur toutes les tempêtes ;

            - et, sachant qu'il n'apaise la tempête que pour tout le monde et que notre barque ne peut connaître de paix que quand la tempête est apaisée pour tous, à aller courageusement dans le monde, pour notre humble part, à notre humble place, y vivre de façon responsable, concrète et réaliste, dans la solidarité, et dans un esprit de prière vraiment universelle. Esprit d'ouverture œcuménique qui résiste aux tentations sectaires. Esprit de solidarité qui résiste aux égoïsmes et autres replis.

 

Il ne nous est finalement demandé pas grand chose d'autre que la vigilance et la fidélité dans les petites choses. Mais ce peu de choses nous est demandé. Avec cette promesse : prenez courage, à Dieu obéissent même le vent et la mer de toutes nos crises.

 

*

 

Voilà ce qui me semble être une réponse au sentiment d’être face à quelque chose de difficile à appliquer, lourd pour les individus que nous sommes, paralysés par les à quoi bon ? Les faits sont si énormes et mon attitude une goutte d’eau…

 

Où l’on retrouve les paroles du ch. 30 du Deutéronome qui précédent notre thème « choisis la vie », qui en est le v. 19. Je relis quelques versets donnés juste avant (v 11-14) :

 

11 […] ce commandement que je te donne aujourd'hui n'est pas trop difficile pour toi, il n'est pas hors d'atteinte.

12 Il n'est pas au ciel; on dirait alors: "Qui va, pour nous, monter au ciel nous le chercher, et nous le faire entendre pour que nous le mettions en pratique ?"

13 Il n'est pas non plus au-delà des mers; on dirait alors: "Qui va, pour nous, passer outre-mer nous le chercher, et nous le faire entendre pour que nous le mettions en pratique ?"

14 Oui, la parole est toute proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, pour que tu la mettes en pratique.

 

Où l’on rejoint le fameux « troisième usage de la Loi », pour une nouvelle compréhension de son utilité. Il ne nous est demandé que ce qui est à notre portée, mais cela nous est demandé.

 

J’ai fais allusion à la distinction calviniste de trois usages de la Loi biblique : l’usage pédagogique, l’usage politique et l’usage normatif.

 

- Selon son usage pédagogique, la Loi produit en l’homme la conscience de son incapacité à accomplir ce qu’elle prescrit ou défend (exemple classique : l’interdit de la convoitise — qui peut dire être exempt de convoitise ? Son interdiction est pourtant un précepte du Décalogue / précepte final les «Dix commandements»). Sous cet angle, la Loi sert de «pédagogue» pour nous conduire à recourir à la grâce de Dieu : reconnaissant n’être pas à la hauteur de ses exigences, j’en appelle à Dieu. (Galates 3:24 : « la loi comme pédagogue pour nous conduire à Christ » en qui la grâce de Dieu est dévoilée en toute clarté, « afin que nous soyons justifiés par la foi »).
C’est là le fondement de l’enseignement luthérien de la justification par la foi seule, reçu sans réserve par Calvin.

 

- Selon son usage politique ou civil, la Loi a pour but de restreindre le mal dans la Cité et de promouvoir la justice. Elle fournit des principes, qui s’appliquent de façon analogique selon les temps et les lieux dans la vie civile et politique.

 

- Selon son troisième usage, la Loi devient chemin de libération. C’est pour Calvin, qui se démarque ici de Luther, le principal usage de la loi : notre libération est effectivement mise en œuvre par ce que produit en nous l’injonction de la Loi. Exemple : le commandement donné à Abraham, ou au peuple libéré de l’esclavage : «quitte ton pays», «sors de l’esclavage». La libération qui est dans le recours à la grâce ne produit son effet que si elle reçue et donc mise en œuvre.

 

La liberté donnée à la foi seule qui reçoit la grâce — ce seul recours, selon l’usage pédagogique de la Loi — ; cette liberté ne devient effective que lorsque l’exigence de la Loi donnée comme norme suscite, parce qu’elle est entendue, la mise en route obéissante.

 

*

 

Je rappelle aussi, les calvinistes ne pratiquant pas plus que les autres chrétiens les 613 mitsvoth — les 613 commandements de la Loi biblique…, qu’il faut parler, à côté de trois usages de la Loi, de trois aspects de la Loi : l’aspect moral, l’aspect cérémoniel et l’aspect judiciaire.

 

L’aspect cérémoniel (les cérémonies religieuses de la Loi) et l’aspect judiciaire (dans la gestion de la vie le la Cité), sont perçus, quant à leur lettre, comme correspondant à un temps et à une culture donnée. Mais ils peuvent varier dans leur pratique selon les circonstances. Ainsi, quant à l’aspect cérémoniel, on ne pratique pas aujourd’hui de sacrifices d’animaux dans le Temple de Jérusalem — de toute façon détruit (sacrifices correspondant pourtant à des préceptes cérémoniels). Une perspective calviniste considère que cela vaut pour tout commandement en son aspect cérémoniel — lié à des temps, des lieux, des cultures. Cela vaut aussi pour l’aspect judiciaire : par exemple les formes de gouvernements, qui sont variables selon les lieux.

 

En revanche l’aspect moral, comme norme idéale, comme visée de perfection — qui au-delà du Décalogue, se résume au «double commandement» : «tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être et ton prochain comme toi-même»  — ; cet aspect de la Loi n’est pas sujet aux variations culturelles, même si son application s’adapte aux circonstances dans ce qui est l’usage normatif de la Loi.

 

Le troisième usage de la Loi, l’usage normatif, apparaît alors comme mise en œuvre de son aspect moral, comme injonction libératrice.

 

Or cela vaut tout particulièrement, me semble-t-il, face au sentiment que nous ne pouvons rien au chaos envahissant rendant si apparemment insignifiants nos désirs de ne pas oublier de couper l’eau plutôt que de la laisser couler pour rien…

 

Le chaos, la tempête écologique, Dieu a le pouvoir de la calmer, à l’occasion aussi de nos simples gestes, de notre simple attention à la vie que nous sommes enjoints à choisir, à notre humble mesure.

 

Où l’on retrouve les préceptes comme «lève-toi et marche» commandement adressé par Pierre au paralytique ; «sors de ta tombe» ; commandement adressé par Jésus à Lazare, «va pour toi» (lekh lekha) commandement adressé dans la Genèse à Abraham — et «tu choisiras la vie», l’injonction libératrice que donne le Deutéronome.

 

Telle est alors la parole de Dieu donnée comme Loi, parole libératrice, créatrice d’impossible.

 

Parole d’un Dieu vivant et vivificateur qui fonde de la sorte la création. Parole de libération établissant pour la liberté des êtres responsables.

 

 

R.P.

AJC Draguignan, 22.06.09

 

 

 

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Comme pour l’envol d’un papillon…

Par rolpoup :: lundi 09 avril 2007 à 21:12 :: Entre temps

 

 

 

 

 

 



« Jésus souffla sur eux »…

 

 

 

 

Une chenille peut-elle voler ? Non évidemment. Pas comme chenille ! Mais… comme papillon… À méditer la métamorphose de la chenille en papillon comme illustration de la résurrection, on peut retrouver les disciples qui en sont tout d’abord naturellement là : impossible pour cette larve de voler !…

 

Aussi, au jour de la résurrection du Christ, restent-ils encore dans la crainte… et ils maintiennent « verrouillées les portes de la maison où ils se trouvaient … Et Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit : "La paix soit avec vous." Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. Alors, à nouveau, Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint ; ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis." » (Jean 20, 19-23).

 

Revenons à nos papillons… Certains papillons, en présentant de fortes ressemblances avec d'autres espèces, bénéficient d'une protection passive contre les prédateurs. Chez de nombreux papillons, la coloration des ailes joue un rôle dans la protection contre les prédateurs. Certains sont difficilement détectables dans leur environnement forestier grâce aux motifs complexes qui ornent leurs ailes. Bref, ils se cachent.

 

Comme les disciples ! – qui vont ensuite passer de la crainte à la libération ; c’est-à-dire : à la Mission : « Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." » – Recevez l’Esprit Saint : et déliez ceux qui sont liés. « Jésus souffla sur eux », comme pour l’envol d’un papillon sortant de sa chrysalide. Souffle de l’Esprit…

 

« Recevez l’Esprit Saint ». Cet Esprit qui vient du Père, le Père l’envoie par Jésus à qui il a été remis. Ici s’ouvre la porte de la liberté à laquelle nous sommes invités à notre tour.

 

Et cette liberté est une question de pardon : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis » a dit Jésus aux Apôtres (plutôt que « ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus », comme si les Apôtres avaient pour mission de retenir captifs de leurs péchés certains de ceux à qui ils sont envoyés !)

 

Les Apôtres sont envoyés pour communiquer la libération que Jésus vient de leur octroyer dans le don de l’Esprit saint. De la communiquer abondamment : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis »

 

Telle est la parole de liberté – parole de pardon qui met fin à la crainte et nous envoie avec la paix de Dieu – qui nous est donnée dans le souffle de l’Esprit saint. Comme pour l’envol d’un papillon…

 

 

R.P.

 

 

 

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Transfiguration

Par rolpoup :: mercredi 21 mars 2007 à 18:06 :: Entre temps

 

 

  

 

 



« Votre vie est cachée... »

 

 

 

 

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre.

 

Un coin du voile est levé sur cette réalité pour trois disciples lors de la Transfiguration. Telle est la révélation advenue sur cette « haute montagne » que Pierre appellera plus tard « la sainte montagne » (2 P 1). En voilà trois qui ont vu à ce moment, le Royaume de Dieu, comme Jésus le leur promettait quelques jours avant. Ils ont connu à ce moment-là, le Ressuscité, celui qui sera donné à notre foi au dimanche de Pâques…

 

Marc 9, 1-7 :

1  "En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance."

2  Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux,

3  et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi.

4  Élie leur apparut avec Moïse; ils s’entretenaient avec Jésus.

5  Intervenant, Pierre dit à Jésus: "Rabbi, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes: une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie."

6  Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte.

7  Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le!"

 

Comme celle du Sinaï, la montagne, comme un des signes de la présence de celui qui apparaît ce jour-là, sur « la sainte montagne », dans sa gloire.

 

C’est cette présence qui fera dire à Paul (Phil 3, 20-21) : « Pour nous, notre cité est dans les cieux; de là nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps humilié, en le rendant semblable à son corps glorieux par le pouvoir efficace qu’il a de s’assujettir toutes choses. »

 

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », pourra-t-il écrire alors (Colossiens 3, 4).

 

Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? Nous confondons aisément notre être avec notre enveloppe temporelle. Je pense à cette question posée aux enfants de l’école biblique : est-ce que nos cheveux et ongles, par exemple, sont une partie de nous-même ? Réponse spontanée et irréfutable : oui, bien sûr !

 

Ah ! bon ? Quand je me coupe les cheveux ou les ongles, une partie de mon être part-elle à la poubelle avec les cheveux coupés ou les rognures d’ongles ? Nouvelle réponse sans ambiguïté de l’école biblique : non évidemment !

 

Voilà quoiqu’il en soit une illustration remarquable du propos de l’Apôtre Paul sur le dépouillement du vieil homme, comme il dit, ou de ce corps de mort, comme il dit aussi. Ou encore de ce qu’il s’agit d’une tente provisoire, comme un pour un campement qu’il faudra lever.

 

D’où la remarque : « il ne savaient pas ce qu’ils disaient » — sur les Apôtres saisis de crainte et voulant dresser trois tentes. Jésus vient de leur apparaître dans son vêtement éternel, et ils veulent lui en coudre un provisoire ! Nos tentes, les tentes de corps terrestres sont des demeures provisoires qu’il faudra dépouiller pour revêtir notre réalité éternelle (2 Co 5, 1-4).

 

Une enveloppe temporelle dont nous nous dépouillons, déjà cheveu par cheveu, rognure par rognure, fil par fil ; une enveloppe, qui s’use de toute façon, qui se dégrade de jour en jour ; jusqu’au moment où il faudra la quitter comme un vêtement qui a fait son temps.

 

C’est à peu près ce que dit l’ange aux femmes du dimanche de Pâques : Jésus n’est pas ici. Et pour qu’on ne s’y trompe pas, le corps, de toute façon, n’est pas là. Ce corps, cette enveloppe qu’il a dépouillée à la croix. « Recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ », confirmera l’Apôtre.

 

Le Christ a dépouillé le corps temporel, provisoire, douloureux, et il s’est relevé d’entre les morts. Et pour que cela soit bien clair, le tombeau est vide : l’Ange en roule la pierre pour que nous n’y restions pas. La mission commence où demeurent les vôtres, les êtres humains, elle est où vous êtes envoyés, pas autour d’un tombeau.

 

C’est ce qu’a dit l’Ange aux embaumeuses : il n’est pas ici. Allez chez vous, allez dans la Cité terrestre, il vous y précède.

 

Parce que ce qui vaut pour le Christ, et c’est là que son relèvement d’entre les morts est aussi un dévoilement, une révélation ; ce qui vaut pour lui, vaut, en lui, aussi pour nous.

 

« Votre vie est cachée avec Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ. » Notre vrai être n’est pas dans notre dépouille — selon ce mot parfaitement adéquat —, mais en haut, avec lui, à la droite de Dieu.

 

Ce qui ne rend pas nos corps temporels insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Et le lieu de la solidarité. Le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

 

Il est pourtant un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il nous faut rechercher, pour y fonder notre vie et notre comportement dans le provisoire.

 

*

 

« Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire », promet l’Apôtre.

 

« Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut, non sur la terre. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » (Colossiens 3, 1-4)

 

Lorsque au matin de Pâques, les femmes ont reçu ce signe : « le corps n’était pas là » ; le signe est accompagné de cette parole, il prend sens de cette parole, comme le pain et le vin prennent sens des paroles qui les accompagnent – il vous précède sur vos routes humaines.

 

Alors désormais, « recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ; fondez vos pensées en haut ». C’est-à-dire, contrairement à ce que laissent à penser certaines traductions : non pas : vivez en haut, comme dans les nuages, mais poursuivez votre route terrestre forts de ce que vous pouvez désormais fonder vos pensées en haut, dans la foi à la résurrection de Jésus.

 

Vous êtes morts avec Jésus et ressuscités avec lui. Ni cadavre au tombeau ni nostalgie dans l’imaginaire d’un passé qui ne reviendra pas.

 

« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. Quand le Christ, votre vie, paraîtra, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire. » C’est à ce niveau de réalité-là qu’est notre vrai être. Vivre du mont de la transfiguration, où déjà avant Pâques, s’était manifesté le Christ de la résurrection, pour marcher sur les routes du provisoire.

 

 

RP

 

 

 

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Résurrection de la chair

Par rolpoup :: mardi 20 mars 2007 à 9:05 :: Entre temps

 

 

 

 

 



Il est vraiment ressuscité !

 

 

 

 

« Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi." Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu." » (Jean 20, 27-28)

 

Dans le même ordre d’idée Jésus s’adresse aux disciples de la sorte (Luc 24, 39) : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. » Étrange invite que cette invite de Jésus… Scandale pour la raison que cette résurrection de la chair que Jésus signe ici dans son corps ressuscité : « un esprit n’a ni chair ni os ». Scandale pour la raison. D’où la tentation de « spiritualiser » tout cela… et de professer la résurrection, mais pas vraiment « de la chair » !

 

C’est contre cela que Jésus invite Thomas à toucher ses plaies. Et il y invite aussi les douze et avec eux, par leur intermédiaire, nous tous : heureux ceux qui n’ont pas vu comme Thomas, et qui ont cru, pourtant. Car, quel est l’enjeu ? L’enjeu est rien moins que le sens — éternel ! — de notre vie.

 

Notre vie ne se réalise, ne se concrétise, que dans notre histoire, dans nos rencontres, dans la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Et c’est cela qui est racheté, radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques. Le rachat dont il est question n’est pas l’accès à un statut d’esprit évanescent. C’est bien tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, qui est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes, cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité : lui aussi, Fils éternel de Dieu, advient à l’éternité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair : ses plaies elles-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être !

 

… Signe que tous nos instants, ceux de Thomas, des Apôtres, les nôtres, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité !

 

 

R.P.

 

 

 

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La Bible et la mort : qu'en est-il de la réincarnation ?

Par rolpoup :: jeudi 08 mars 2007 à 8:10 :: Entre temps

 

 

 

 

 



LA BIBLE ET LA MORT :

QU'EN EST-IL DE LA RÉINCARNATION ?

 

 

 

 

"Il a racheté mon existence au bord de la fosse et ma vie contemplera la lumière !" Vois, tout cela Dieu l'accomplit, deux fois, trois fois pour l'homme, pour retirer son existence de la fosse, pour l'illuminer de la lumière des vivants". (Job 33:28-30)

 

"[...] Le sort des fils d'Adam, c'est le sort de la bête, c'est un sort identique: telle la mort de celle-ci, telle la mort de ceux-là ; ils ont tous un souffle identique : la supériorité de l'homme sur la bête est nulle, car tout est vanité". (Ecclésiaste 3:19)

"Tout ce que ta main se trouve capable de faire, fais-le par tes propres forces ; car il n'y a ni œuvre, ni bilan, ni savoir, ni sagesse dans le séjour des morts où tu t'en iras". (Ecclésiaste 9:10)

 

"Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront, ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle". (Daniel 12:2)

 

"[...] Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent à la tombe en portant les aromates qu'elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau. Étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Or, comme elles en étaient déconcertées, voici que deux hommes se présentèrent à elles en vêtements éblouissants. Saisies de crainte, elles baissaient le visage vers la terre quand ils leur dirent : "Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, mais il est ressuscité". (Luc 24:1-6)

 

"En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question : "Rabbi, qui a péché pour qu'il soit né aveugle, lui ou ses parents ?" Jésus répondit : "Ni lui, ni ses parents. Mais c'est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui !" (Jean 9:1-3)

 

 

Ces quelques textes présentent quelques-unes unes des différentes perceptions que l'on peut avoir de l'enseignement de la Bible sur la mort. À un pôle, on a, avec l'Ecclésiaste, un courant qui semblerait dire que tout s'arrête là, ou à tout le moins que tout débouche dans le sheol (cf. Ec 3:19, 9:10 - l'Ecclésiaste est peut-être un des écrits de la tradition des sadducéens, dont on dit dans le Nouveau Testament qu'ils ne croyaient pas à la résurrection). Cette perception rejoint peut-être la tradition grecque des épicuriens (on l'a reproché parfois à l'Ecclésiaste : vivre dans la sobriété des plaisirs modérés, et s'éteindre à jamais à cette vie avec la mort - ce qui est très proche de l'éthique épicurienne). A l'autre pôle, on trouve dans la Bible, ce qui est plus connu, la foi à la résurrection, dont le texte de Daniel 12:2 est souvent considéré comme le premier témoignage dans la suite des textes bibliques (Dn 12:2). Cette notion, on le sait, était le fait des pharisiens, et des chrétiens, chez lesquels elle a été renforcée par le rapport des témoins de la résurrection du Christ (on a lu celui de Luc - Lc 24:6). C'est devenu l'approche commune de la question.

 

Et puis, il y a ces textes sur lesquels on a parfois voulu appuyer l'idée de réincarnation. Ainsi, un texte de Job (Jb 33:28-30) : on y a vu parfois la réincarnation. Ou, souvent cité, et semblant plus impressionnant, mais apparemment seulement, l'épisode de l'aveugle-né (Jn 9:1-3). Les disciples voulaient savoir si c'était parce qu'il avait péché ou parce que ses parents avaient péché que l'homme était né aveugle. Commentant cet épisode de l'Évangile de Jean, Calvin rapporte l'idée que certains courants du judaïsme auraient fait leur, à l'époque du Nouveau Testament, la croyance à la transmigration des âmes, - croyance que le Réformateur ne manque pas de taxer de "sotte rêverie"[1]. Il a bien remarqué que Jésus a répondu à côté de la question. L'aspect des choses sous-jacent à la question des disciples ne l'intéresse pas. Mais, quant au plan historique, Calvin s'est trompé : si au XVIe siècle, cette croyance était effectivement reçue dans les milieux juifs, elle ne l'était pas à l'époque du Nouveau Testament. Elle n'a été reçue dans le judaïsme que par le biais de la méditation cabalistique (de la Cabale, cette tradition mystique dans le judaïsme, qui y a revêtu de plus en plus d'importance. La croyance à la transmigration des âmes y reçoit le nom hébreu de "gilgul" (lglg) qui signifie "roulement", "faire rouler", et entend s'autoriser du texte de Job que nous avons lu (Job 33:28-30 : "Dieu retire l'homme de la fosse", Chouraqui traduit fait "retourner son être du pourrissoir" ; cela "deux fois, trois fois" selon le texte, d'où la croyance dans la Cabale que l'homme a droit à trois vies). Mais cette croyance ne remonte pas au-delà du Moyen Age.

 

Et si l'on a cru parfois en trouver trace dans le témoignage de l'historien juif grec du Ier siècle Flavius Josèphe présentant les Esséniens du Ier siècle comme l'équivalent juif des pythagoriciens, c'est pour avoir poussé le parallèle là où Josèphe ne le menait pas. Tout au plus parle-t-il d'un genre de vie similaire[2]. Les pythagoriciens - disciples de Pythagore, connu aujourd'hui comme mathématicien grâce à son fameux théorème -, étaient une autre école philosophique que celle des disciples d'Épicure déjà nommés ; l'école pythagoricienne était un mouvement religieux grec, qui a eu une forte influence sur la philosophie, et notamment celle de Platon. C'était un groupe de type monastique, qui réfléchissait beaucoup sur la mythologie grecque, et notamment sur le mythe d'Orphée, d'où il tirait l'idée de la métempsycose, qui contrairement à ce qu'on croit parfois, n'est pas la réincarnation.

 

Quant à l'historien Flavius Josèphe, lorsqu'il parle, y compris pour les pharisiens, de leur certitude de renaître qui leur permet d'affronter la mort, ou de la vie nouvelle accordée aux âmes vertueuses, tandis que le vice les destine à une prison éternelle, c'est à la doctrine de la résurrection qu'il fait allusion[3]. En fait, sachant que cette nouvelle vie est présentée chez lui comme une faveur, il serait parfaitement anachronique qu'il y ait là allusion à la transmigration, qui était, dans l'Antiquité, perçue, on va le voir, comme un châtiment.

 

Ici, avant d'aller plus loin, il faudra définir trois termes principaux (transmigration, métempsycose, réincarnation) -, et à partir de là distinguer trois idées différentes, qui sont souvent confondues aujourd'hui sous le terme mal défini de réincarnation. Ce sont trois idées différentes et d'époques différentes.

 

Malgré ce qui se dit souvent, ce que l'on entend communément aujourd'hui par réincarnation ne recoupe pas ce que l'Antiquité entendait par la métempsycose ; autre doctrine, beaucoup plus récente, la réincarnation moderne, devenue un lieu commun dans la mouvance New Age, ayant un pourcentage non négligeable d'adeptes dans notre société, implique un tout autre contenu de sens que la doctrine de l'Antiquité.

 

J'utiliserai aussi la notion de transmigration des âmes pour désigner autre chose que la métempsycose et que la réincarnation. En l'occurrence, on le verra, pour désigner le mythe, l'image qui illustre la doctrine antique de la métempsycose.

 

Disons d'emblée que l'on se trompe en pensant que la réincarnation au sens aujourd'hui courant, était admise dans l'Antiquité, que ce soit en Grèce, en Inde, ou ailleurs. La doctrine contemporaine de la réincarnation est d'invention récente, et occidentale. On verra qu'elle remonte au plus tôt au XIXe siècle, avec des racines qui ne plongent guère plus haut que le XVIe siècle, toujours occidental. Elle se caractérise par ce qu'elle est un moyen de progrès, de développement.

 

Avec la métempsycose, on est en présence d'une doctrine ancienne; doctrine d'origine indienne probablement, elle enseigne que l'âme fait éternellement retour, d'une façon dont on verra qu'elle n'est pas celle qu'on pourrait imaginer en la confondant avec l'idée moderne de réincarnation. Son sens est négatif, elle exprime une chute.

 

Quant à l'idée de transmigration des âmes, elle fonctionnait pour l'essentiel comme illustration, à usage populaire, de la doctrine de la métempsycose enseignée par les philosophes. La large diffusion de cette image populaire fait le lien entre métempsycose et réincarnation, ayant servi de base à l'élaboration de la doctrine de la réincarnation.

 

 

Métempsycose

 

"Métempsycose" est un terme grec signifiant littéralement "changement en âme". Contrairement à l'usage répandu en français, il serait de ce fait préférable d'écrire "métempsychose", du mot psychè, "âme", ou "vie". Il s'agit pour cette doctrine de traduire l'idée que la vie universelle, spirituelle, ou "âme", psychè (quch) en grec, commune à tout l'univers, fait éternellement retour - cette récurrence, ce retour, étant le signe d'un changement, donc d'une imperfection, puisque dans le monde grec ancien, le changement était conçu comme un défaut, la perfection consistant en stabilité. Changement dans l'âme, âme commune, et non pas changement de corps, se qui se dirait "métensomatose". Cette doctrine, la métempsycose, a été répandue en Grèce à travers le mouvement pythagoricien, puis Platon, dont le succès a occasionné l'expansion de la théorie dans les pourtours de la Méditerranéenne.

 

En termes différents, l'Inde - ici le mot est samsara, - pense la même chose que les Grecs : il y a une faille dans l'univers, et l'expression de cette faille est l'individualité, qui est mouvante, changeante, partielle, "morceau" imparfait détaché de l'"âme" universelle. Pour la pensée de l'Inde, cette dégradation de l'âme universelle en vies individuelles est une conséquence de la loi du karma, elle est comme une rétribution des actions qui sont finalement globalement mauvaises. La vie individuelle est une sorte de malédiction dont il s'agit de se libérer en s'unissant au Moi universel, c'est-à-dire l'Atman-Brahman ; s'y unir pour accéder au-delà du cycle incessant des dégradations individuelles et personnelles de cette âme commune à tous, âme supra personnelle. Point question en cela d'une âme individuelle - de mon âme - qui se réincarnerait comme le ferait un esprit touriste du temps et de l'espace. Il n'y a là qu'âme supra personnelle dont les expressions individuelles - toi, moi, un tel, etc. - sont autant de chutes, de chutes dans l'illusion. Cela, schématiquement, pour l'hindouisme brahmaniste.

 

Quant au bouddhisme, c'est avec des nuances, parfois non négligeables d'ailleurs, qu'une vision approchante y a été enseignée, et que par lui, elle a été diffusée largement en Orient - sans compter son impact jusque dans la pensée occidentale moderne. D'origine indienne aussi, le bouddhisme ne fait qu'accentuer la vision réputée hindouiste de l'individualité. Il l'a peut-être même précédée dans le temps. Selon Albert Schweitzer, c'est seulement "lorsque l'idée de réincarnation commence à préoccuper les masses et que l'angoisse des renaissances successives s'empare des cœurs que se déclenche le grand mouvement de renoncement"[4]... Or, pour Schweitzer, "ce n'est qu'avec le jaïnisme et le bouddhisme que la mystique hindoue serait devenue une négation du monde"[5]. (le jaïnisme est une religion de l'Inde née à la même époque que le bouddhisme, et qui n'est pas sans ressemblance avec lui). On ne discutera pas ici de la justesse de la vision de Schweitzer. Disons simplement que les bouddhistes ne se perçoivent pas comme ayant le goût du néant.

 

Signalons juste que le bouddhisme, est porteur par excellence de ce second corollaire indispensable à l'éclosion de la doctrine de la métempsycose, relatif à la réalité individuelle : le moi individuel y est nettement illusoire : tout moi permanent est au fond inexistant - comme toute réalité -, ce qui fait que les bouddhistes lettrés n'hésitent pas à affirmer que selon leur conception de la métempsycose, il n'y a rien qui transmigre[6]. Alexandra David Néel, célèbre spécialiste de la question, le dit en ces termes, concernant le bouddhisme du Tibet : "les Tibétains lettrés paraissent souvent fortement opposés aux théories semi populaires... qui dépeignent le pèlerinage d'une entité quelque peu semblable [...] à l'âme des chrétiens. Rien ne transmigre, disent les adversaires de ces théories"[7].

 

C'est au point que l'enseignement du Bouddha a pu même être, dans les milieux ascétiques et spirituels de l'Inde qui ont vu éclore la doctrine du samsâra, de la métempsycose, l'élément essentiel de cette éclosion. La certitude de base concernant l'idée que rien n'est permanent, donne à la métempsycose une force telle qu'elle peut facilement s'y passer de l'illustration populaire de la transmigration des âmes. La métempsycose y a toute sa force logique, rejoignant le "tout s'écoule", panta rei (panta rei), du philosophe de l'Antiquité grecque Héraclite, comme le fleuve qu'il donne pour illustration, où l'on ne se baigne jamais deux fois : d'où donc, "rien ne transmigre". Tout se meut, fluctue, il n'est pas d'élément stable, pas même une âme.

 

On touche ici sans doute à la signification profonde de la doctrine, qui est, de cette façon, et on va le voir, on ne peut plus éloignée de celle de l'enseignement moderne de la réincarnation. Ce dernier enseignement ne se rapproche de la pensée profonde de l'Antiquité que parce que s'y est développée l'illustration de la transmigration.

 

 

Transmigration des âmes

 

Dans la perspective savante, en Inde, la transmigration des âmes est donnée comme simple illustration populaire, parfois nettement méprisée, de la doctrine de la métempsycose. Cela venant du fait qu'il n'est au fond, donc, pour transmigrer, pas de moi autre que supra personnel, ou illusoire. Au fond il est impropre de dire "mon âme".

 

L'approche grecque est similaire, qui considère la transmigration comme ayant une fonction pédagogique. Ainsi, Platon écrivait que les fables que l'on doit raconter aux enfants "ne sont en somme que des mensonges, malgré les vérités qui s'y trouvent"[8]. Ce qui explique la relation que l'on doit percevoir entre les fables transmigratoires et la métempsycose. Il est bien question chez Platon de chute de l'âme supra individuelle dans les méandres sombres de la matière, chute qui peut s'étendre, pour le philosophe, jusqu'aux animaux[9], mais qui sur le plan rationnel, ne descend pas en deçà de l'animal rationnel, l'homme[10]. La transmigration illustre la théorie, sans prétendre l'accompagner jusqu'au bout : la raison, qui pourtant fonde la conscience individuelle, se perd dans les zones les plus basses du processus de la métempsycose, les zones de la stricte animalité, quasi inconscientes pour certaines (tel le limaçon). Ce qui laisse apparaître combien la théorie concerne une âme supra individuelle, vivant un processus impersonnel. C'est ainsi qu'avec la métempsycose, il s'agit bien, au sens propre, de changement en âme, d'âme en chute, subissant des changements, et non de changement en corps, non d'âmes au pluriel qui passeraient de corps en corps, comme l'illustration, la transmigration, pourrait le faire croire à tort.

 

Il est à ce propos intéressant de considérer la relecture de la doctrine de Platon qui a été celle de ce platonicien chrétien, le célèbre théologien de l'Église primitive, Origène. Platonicien, Origène suit le maître grec ; chrétien, il ne peut le suivre jusqu'au bout. Le retour universel en question dans la "métempsycose", devient chez lui le retour de leur exil dans leur corps de péché, des âmes originellement créées bonnes, préexistant dans cette pureté originelle et céleste, puis déchues à différents niveaux de misère corporelle. Le retour a lieu pour Origène dans le monde à venir, le monde de la résurrection où les âmes rachetées par le Christ réintègrent leur état de pureté originel. C'est ainsi qu'il faut s'inscrire en faux contre l'idée qu'Origène aurait professé la transmigration des âmes. L'idée de retour de l'âme, genre de "métempsycose", qu'il enseigne, ne signifie plus rien d'autre chez lui qu'une interprétation fortement spiritualisée d'une notion chrétienne de rédemption, depuis un paradis originel céleste d'où l'âme a été exilée en descendant dans un corps. Ce n'est que lorsque la théologie d'Origène eût été marginalisée que certains de ses disciples tardifs, au VIe siècle, semblent - si l'on en juge par la condamnation portée contre eux en 553 par le IIe concile de Constantinople - avoir repris une théorie de la métempsycose plus proche de celle de Platon. De même que plus tard, vers le XIIIe siècle, certains cathares d'Occitanie, sous plusieurs angles proches d'Origène.

 

Mais rien en ces développements qui puisse être attribué à Origène lui-même. Il condamne l'idée de transmigration - dans son Commentaire de Jean (6, 64), sous le nom de métensomatose. C'est pourquoi on ne trouve point non plus chez lui, de reprise de textes du Nouveau Testament auxquels on voudrait de nos jours de toute force faire dire ce qu'ils ne disent pas. Au contraire, lui dont on sait le goût de l'allégorie, de la lecture spirituelle de la Bible, s'attache à remettre en question les exégèses spiritualistes de certains gnostiques, voulant y appuyer un héritage peut-être pythagoricien, en tout cas point hébraïque. Il est intéressant à ce propos de remarquer que l'on ne trouve pas non plus dans les rares témoignages relatifs à cette croyance dans le catharisme d'usage de références bibliques.

 

Aujourd'hui par contre, dans les milieux proches du New Age, on aime bien solliciter des textes du Nouveau Testament ; mais souvent d'une autre façon que chez les gnostiques, qui de toute façon utilisaient des livres supplémentaires, non reconnus par le reste de l'Église : aujourd'hui, on aime bien par exemple trouver l'idée de transmigration dans l'enseignement de l'Évangile de Jean sur la nouvelle naissance, en fait fondamentalement et littéralement "naissance d'en haut". L'Antiquité chrétienne a toujours ignoré un tel usage de ces textes. Mais on y a utilisé comme de nos jours des textes comme ceux identifiant Jean-Baptiste à Élie (Mc 9:13 ; Mt 11:14). Origène faisait remarquer que cette identification renvoie simplement au fait que le Baptiste annonçait les jours du Messie, comme Élie était attendu du ciel pour ce faire ; on voit effectivement mal comment la logique populaire aurait pu imaginer une âme d'Élie se réincarnant en Jean-Baptiste, puisque selon la Bible, Élie n'était pas mort. On presse aussi volontiers des textes dans lesquels Jésus est identifié à tel ou tel prophète, sans remarquer que Jean-Baptiste, décapité alors que Jésus avait atteint l'âge mûr, est du nombre de ces prophètes (Mt 16:14) : c'est pour le bon sens, à se demander quelle était l'âme de Jésus avant la mort de Jean-Baptiste ! La croyance qui sous-tend ces rumeurs était évidemment celle de la résurrection et non de transmigrations. A noter qu'à l'époque, et c'est très important chez Origène, on distingue fréquemment l'âme de l'esprit. Ainsi, dans sa perspective, renvoyer Jean-Baptiste à Élie correspond facilement à ce que l'on ferait aujourd'hui en disant par exemple qu'un peintre est doué de l'esprit de Van Gogh : on ne s'imaginerait pas pour autant que son âme est celle de Van Gogh réincarnée ! Les objections d'Origène à ce type de lectures concernent aussi la sollicitation que l'on a fait d'autres textes comme le récit de l'aveugle-né de l'Évangile de Jean que nous lisions en introduction. Peut-être, tout au plus, y aurait-il là la trace d'une croyance ambiante à la préexistence des âmes, croyance qui existe en effet dans le judaïsme d'alors.

 

Cet usage en faveur de la transmigration, de textes bibliques enseignant autre chose, s'est largement développé récemment, suite au développement de la croyance à la réincarnation individuelle. Dans l'Antiquité, l'idée de transmigration illustrait celle de métempsycose universelle : la polémique des philosophes païens des premiers siècles contre les chrétiens et les Livres bibliques porte en effet à l'époque largement sur ce qui est considéré comme l'indignité des choses corporelles, individualisées, qui y apparaissent régulièrement. Et les prophètes, patriarches et autres personnages bibliques, sont en effet des individus, bien en chair, scandaleusement en chair pour une bonne part de la pensée antique, dans ses courants ses courants enseignant la métempsycose notamment. Or, pour plusieurs polémistes chrétiens, oh comble, cette rigueur charnelle est là pour le mieux : pensons déjà à Paul et à son insistance sur le scandale de la croix (1 Co 1-2). Sous cet angle, dans la tradition biblique, l'individualité n'est pas un défaut. Chose devenue évidente de nos jours, elle l'était beaucoup moins dans l'Antiquité. L'individu s'avère pour le monde hébraïque, finalement étrangement unique, irremplaçable. Il n'est pas tant le moment d'une chute dans la matière, que l'expression culminante de la spiritualité, voire même réalisée en plénitude selon le quatrième Évangile, dans la manifestation individuelle, dans le temps, de la Parole éternelle, Jésus. Incarnation. La proximité avec le terme de réincarnation n'est évidemment pas le fait du hasard.

 

 

Réincarnation

 

L'idée de réincarnation se distingue justement de celle de métempsycose par sa participation de deux idées principales, d'origine biblique, revues et corrigées par la pensée moderne. L'idée d'individu comme réalité positive, et une idée du temps conçu comme n'étant pas uniquement une chute, un défaut d'éternité, mais devenant même un élément de progrès. C'est là qu'intervient le texte de Job que nous avons cité, un texte biblique. Il fallait se situer dans l'héritage biblique pour trouver un sens autre que négatif à l'idée de retour. C'est dans le judaïsme que cela s'amorce. Sur une base fragile, il faut le constater : le seul texte de Job 33, dont le sens n'est pas évident.

 

Les premiers linéaments de l'idée moderne de réincarnation remontent au XVIe siècle avec la Cabale d'Isaac Luria. Il y a deux temps principaux de la Cabale, qui est la tradition mystique du judaïsme : les XIIe-XIIIe siècles, avec ce livre principal de cette période, qu'est le Zohar : un commentaire mystique de la Bible, puis un second temps important, au XVIe siècle, après l'expulsion des juifs d'Espagne, où Isaac Luria essaie de donner une explication spirituelle et mystique de cette catastrophe. Et là apparaît ce qui peut ressembler à ce qui deviendra, plus tard encore, la réincarnation.

 

Quant à la Cabale antécédente, au XIIIe siècle, si une approche similaire à celle des disciples du chrétien Origène peut s'y trouver, ce qu'on a appelé métempsycose, ce n'est pas là encore ce que l'on peut appeler proprement la réincarnation moderne. Point d'enseignements de ce type dans les textes de la Cabale antécédents au XVIe siècle, l'époque de Calvin - et donc à plus forte raison, inutile de le dire, point de réincarnation ni de transmigration des âmes chez les Esséniens, comme on voudrait le faire dire à l'historien Flavius Josèphe au prix de contresens[11] !

 

Appliquant l'idée de progrès, nouvelle au XVIe siècle, au monde spirituel, Isaac Luria reprend l'idée de métempsycose, mais ici, donnée au plan individuel. La transmigration, qui par ailleurs commence à devenir populaire en Occident chez plusieurs écrivains de la Renaissance, est le signe chez Isaac Luria, d'un long processus de purification des âmes[12].

 

C'est là la première trace de ce qui deviendra aux XIXe et XXe siècles, la doctrine de la réincarnation. Sa mise en place devra beaucoup à un mouvement appelé la "théosophie" fondé par Mmes Blavatsky et Besant, qui entendaient intégrer la pensée de l'Inde à la spiritualité occidentale. C'est aussi là une de racines de ce qui deviendra le New Age. Ce faisant, à travers ce mouvement "théosophique", occidental, la doctrine indienne de la métempsycose se colore de l'individualisme occidental, et de l'idée, occidentale aussi, de progrès, qui bat son plein avec l'optimisme du XIXe siècle. On comprend alors volontiers la métempsycose universelle comme concernant les âmes individuelles de la pensée occidentale, qui ainsi se réincarneraient pour croître spirituellement. Remarquons qu'on est aussi à l'époque où naît le mouvement spirite : on trouve des idées parallèles dans la doctrine de son fondateur, connu sous son pseudonyme Allan Kardec.

 

Cette synthèse occidentale nouvelle en est même venue à rejaillir sur la philosophie indienne, qui dès lors, chez tel ou tel de ses penseurs, comme Shrî Aurobindo ou Gandhi, s'écartera d'autant de l'enseignement indien classique.

 

Une modification de la notion d'individu consécutive à la synthèse des pensées de l'Inde et de l'Occident, et qui débouche sur l'idée nouvelle de réincarnation, est donc, dans le mouvement dit "théosophique" du XIXe siècle, vécue de façon certaine, mais diffuse. Ce n'est, semble-t-il, qu'avec le mouvement dit "anthroposophique" de Rudolf Steiner (dissidence du mouvement théosophique) qu'elle débouche définitivement sur la réincarnation individuelle, à l'occasion de ce que Steiner, entend précisément insister plus que le mouvement théosophique sur les acquis de l'héritage chrétien et de la pensée moderne, individu et progrès. Le Christ, dit-il, enseigne "à retrouver au-dedans même de l'individu la loi primitivement donnée du dehors"[13] - disons sur de la pierre ou du papier, et dorénavant au dedans, dans les coeurs. Ce faisant, il ne manque pas d'assimiler cet héritage à la notion indienne de karma : pour lui, "le Karma et le Christ résument [...] toute l'évolution. Le Karma est la loi de cause à effet dans le monde spirituel ; il est la spirale de l'évolution. La force du Christ intervient dans le développement de cette ligne karmique, comme l'axe directeur". Ainsi, écrit-il, "le Karma est à la fois une rédemption de l'homme par lui-même, par son propre effort, par son ascension graduelle à travers la série des réincarnations, et à la fois ce qui rapproche l'homme du Christ"[14].

 

Ainsi culmine l'alchimie qui débouche sur la doctrine moderne de la réincarnation, qui connaîtra le succès que l'on sait, et qui au prix d'une inversion du sens ancien de la métempsycose, viendra nourrir l'espérance du New Age.

 

 

Pour conclure

 

Voici donc un enseignement récemment forgé à partir d'éléments disparates, sinon contradictoires : idée antique de temps comme chute contre idée moderne de temps comme progrès ; individu illusoire, lieu de chute d'une âme universelle, contre individu lieu de réalisation d'un dessein unique.

 

C'est, semble-t-il, en ce point précis, l'unicité de l'individu, que grincent le plus nettement les rouages de la réincarnation. On y voit apparaître une âme qui n'est ni commune à tous les êtres vivants comme dans la métempsycose, ni propre à un seul individu qui ne vit qu'une fois, mais commune à un groupe d'individus vivant à travers plusieurs siècles. L'âme individuelle fait place à une âme séparée du corps, partagée dans un chemin d'évolution par plusieurs personnages - pour M. Dupont par exemple : lui-même, et auparavant Jeanne d'Arc, Louis XIV, Mozart, etc. - mais en général plutôt des gens remarquables dont l'âme, semble-t-il, s'est étrangement multipliée de nos jours, puisque les personnages célèbres sont loin d'être aussi nombreux que les adeptes de la réincarnation.

 

C'est à cela que l'on peut mesurer combien la fortune de l'idée de réincarnation est grande, devenant de nos jours un lieu commun de la pensée du New Age, cela sous sa forme évolutionniste, dans le sens le plus optimiste du terme... depuis Jonathan Livingston le Goéland[15] jusqu'au couturier Paco Rabanne (qui avant de prédire la fin du monde et les chutes de satellites fut prêtre égyptien, initiateur des Pharaons, participant à l'embaumement de Toutankhamon, etc...)[16] ; en passant par l'actrice Shirley MacLaine (qui sent, dit-elle, qu'elle a passé beaucoup de temps dans les montagnes des Andes)[17]. Tout cela dans le New Age, à l'appui de ce qui s'imagine être une forme de la "science" contemporaine, depuis les NDE (near death experiences - en français : "expériences proches de la mort") - cf. Le film Experience interdite - jusqu'aux OBE (out of body experiences - en français : "expériences hors du corps")[18].

 

Et ici la boucle est bouclée : la doctrine classique fondait le cycle transmigratoire sur une forme ou une autre de préexistence, suivie d'une chute malheureuse appelant réparation. Dorénavant l'idée d'évolution a été si bien intégrée, que celle de préexistence s'est estompée, est passée au second plan, quand elle n'est pas devenue inutile. La métempsycose était le signe d'une catastrophe, la réincarnation est un chemin de progrès.

 

C'est ainsi qu'on penserait volontiers se tromper assez peu en voyant dans la foi en la réincarnation le signe désespéré d'un souhait de s'immortaliser. Souhait moderne : l'Inde comme l'Antiquité grecque ont le souci inverse : se débarrasser du malheur de la métempsycose, sortir enfin du cycle immortel des renaissances. Quant à la foi chrétienne, sachant qu'elle entend aussi, bien que d'une autre façon, débarrasser ses tenants de ce genre de souhait  - en communiquant à l'individu la certitude de sa présence, dès ici-bas dans le regard éternel de Dieu (cf. 1 Co 15:55, l'exclamation de Paul reprenant Osée 13:14 : "Mort, où est ton aiguillon ?"), - on est en droit de se demander si le passage à vide qu'ont connu le christianisme et la spiritualité entre le XIXe et le XXe siècles occidentaux n'est pas un des éléments expliquant la naissance et le développement de la foi à la réincarnation... pour une sorte de nostalgie du merveilleux.

 

 

R.P.

 

 

 

___________________________________

[1] Jean CALVIN, Commentaires sur le N.T. Évangile de Jean, Genève, Labor et Fides, 1968, p. 267.

[2] Cf. Antiquité juive, II, viii, 10 ; XV, x, 4.

[3] Cf. Guerre juive, II, viii, 14 ; Antiquité juive, XVIII, i, 3.

[4] Albert SCHWEITZER, Les grands penseurs de l'Inde, Paris, Payot, s.d., p. 37, in Denis MÜLLER, Réincarnation et foi chrétienne, Genève, Labor et Fides, 1986, p. 22.

[5] In MÜLLER, op. cit., ibid.

[6] Ou tout au plus, pour certains courants, transmigre tel et/ou tel composant de l'être, qui n'est de toute façon en aucun cas constitutif plénier de l'"âme" de la personne.

[7] Alexandra DAVID-NEEL, Le bouddhisme, Paris, Plon, 1936, p. 38-39. Réédition : Le bouddhisme du Bouddha, Paris, Le Rocher/Pocket, 1977, 1989.

[8] République, 379a. La plupart des ouvrages de Platon sont édités en français chez Flammarion, collection G.F.

[9] Timée, 91b.

[10] Phédon, 249bc ; République, IV, 441ab.

[11] Guerre juive, II, viii, 11. Antiquités juives, XV, x, 4. Cf. supra, p. 2-3.

[12] Guershom SCHOLEM, Le messianisme juif, Paris, Calmann-Lévy, 1974, p. 98.

[13] Rudolf STEINER, L'ésotérisme chrétien, Paris, Triades-Revue, 1957, p. 133-134.

[14] Ibid., p. 134-135.

[15] Richard BACH, Jonathan Livingston le Goéland, Paris, J'ai lu, 1983.

[16] Paco RABANNE,Trajectoire - D'une vie à l'autre, Paris, J'ai lu, 1992 (p. 70-71).

[17] Shirley MacLAINE, Miroir secret. Mon plus grand rôle, ma vie, Paris, R. Laffont, 1987, ch. 19.

[18] Cf. Benoît DOMERGUE, Points de repères sur la réincarnation, Paris, éd. de l'Emmanuel, 1993, p. 125-133.

 

 

 

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Réincarnation ? Résurrection ?

Par rolpoup :: mercredi 07 mars 2007 à 8:24 :: Entre temps

 

 

 

 

 



RÉINCARNATION ? RÉSURRECTION ?

 

 

 

 

Lorsqu'on met aux prises la foi à la résurrection avec la croyance à la réincarnation, décidément actuelle, on est aux prises en même temps et d'emblée avec deux risques, on est entre deux écueils :

 

- Un premier écueil concerne les tenants de la notion de résurrection, et parmi eux ceux qui se sentent menacés, eux ou au moins leur foi, par cet apparent raz de marée réincarnationiste. Ce sentiment de menace prend la forme d'une sorte de mise en parallèle de deux croyances, qui débouche sur une sorte d'alternative. Alternative réincarnation ou résurrection. Comme entre deux façons deux d'envisager la survie - Pinochet est-il voué à ressusciter ou à se réincarner ? Alternative cauchemardesque qui nous situe dans la perspective d'une résurrection d'épouvante à la Stephen King, ou plus classique, "la nuit des morts vivants". Une espèce de survie. Or, à y regarder de près, ce n'est pas exactement la doctrine classique de la résurrection !

 

- Le deuxième écueil concerne les tenants de la croyance à la réincarnation. Il consiste à recevoir au pied de la lettre, au pied du discours, ce qui, on va essayer de le mettre en lumière, est un mythe - cela dit sans nuance péjorative. Cet écueil débouche sur une confusion généralisée, qui consiste à s'imaginer avoir été Mozart, Jeanne d'Arc ou Léonard de Vinci, mais plus rarement Pinochet ! Les personnages célèbres intéressants voient ainsi leur âme se multiplier étrangement de nos jours puisque les personnages célèbres intéressants sont loin d'être aussi nombreux que les adeptes de la réincarnation. Ce faisant ces adeptes naïfs de la réincarnation s'offrent à la critique et à l'ironie en prêtant le flanc de leur croyance au ridicule. On connaît les Paco Rabanne, Shirley McLaine, et autres figures d'artistes clamant avoir été dans une autre vie prêtre égyptien, moine tibétain, que sais-je encore, quand des personnages célèbres, donc, ne sont pas explicitement cités, ou, pour les plus humbles, crapauds devenus princes - par le miracle du baiser de papa et maman qui a fini par conduire à leur naissance à leur vie actuelle. La croyance est poétique, avec une dimension mythique donc - les croyances à la réincarnation, faudrait-il dire, car elles sont très diverses. Mythiques, poétiques, elles présentent par là un intérêt qu'il ne faut pas négliger.

 

Concernant ceux qui admettent la résurrection et qui seraient ébranlés par le succès de ce qu'ils vivent comme une concurrence, il faut souligner encore que c'est là une erreur de perspective liée à une façon de comprendre la résurrection comme une sorte de survie, nécessairement alternative, dans cette perspective, à la réincarnation : en effet, selon cette façon de voir les choses, soit on survit en se réincarnant, soit on survit en ressuscitant, mais difficilement les deux. Que dire alors du judaïsme de la Kabbale, qui croit aux deux à la fois ? C'est que la résurrection n'est pas une sorte de survie, mais l'accès à une dimension de l'être qui n'est pas celle de notre vie organique qui se perpétuerait. Il suffit de relire 1 Corinthiens 15 pour se convaincre que ce genre de perpétuation n'était pas la conception de Paul, ou de relire les récits de la résurrection de Jésus pour constater que c'est tout autre chose qu'une perpétuation de la vie naturelle, ou animale pour le dire comme Paul. La résurrection est accès à une autre réalité, et investissement de la réalité naturelle par cet indicible. Aucun parallèle avec la réincarnation, qui est au contraire, justement, retour à cette réalité, serait-ce dans une perception mythique, ou poétique, ou bien imagination, ou espérance, de retour à un organique tout à fait connu, lui. Il est important de bien poser ces repères pour éviter ces deux écueils.

 

 

Le christianisme ignore globalement la croyance à la réincarnation, quoique sous d'autres formes, elle semble y émerger périodiquement. Je laisse tomber évidemment les contrevérités à sensation que l'on trouve parfois dans des publications ésotériques du genre "la réincarnation reconnue au Concile de Nicée" (lorsqu'il m'est arrivé de lire cela, j'ai cru tout d'abord à la pure mauvaise foi de ceux qui professaient ce genre d'abîme d'inculture. Puis entendant certains jeunes chrétiens, dans tel entretien de préparation au mariage, par exemple, me parler d'incarnation pour désigner la transmigration des âmes, j'ai cru comprendre : j'imagine que certains auteurs ésotériques ont confondu le dogme de l'Incarnation, sujet de Nicée effectivement, avec la réincarnation. Non pas mauvaise foi, mais lacune culturelle. Quoiqu'il en soit, rien de cela à Nicée).

 

Mais cela dit, il existe quelques émergences de ce type de croyance. La plus fréquemment évoquée est celle du christianisme cathare[1]. Effectivement dans le catharisme occidental tardif apparaît une croyance à la transmigration des âmes, à partir du XIIIe et surtout du XIVe siècle. Cet enseignement est ignoré dans le catharisme antécédent, et n'apparaît jamais dans les textes orientaux du catharisme. Mais il faut quand même en tenir compte.

 

Toutefois, parler ici de réincarnation, au sens moderne du terme est anachronique. On est plus proche du platonisme, avec son idée que l'âme est une réalité universelle, qui fait perpétuellement retour (c'est le sens du mot d'origine grecque "métempsycose"). On a affaire dans le platonisme, non pas à une âme individuelle qui se réincarnerait (au quel cas il aurait fallu dire "métensomatose", mais cela est précisément évité dans la philosophie grecque). Point d'âme individuelle qui change de corps, comme l'imaginent les modernes, mais une âme commune qui fait perpétuellement retour, et dont chacune de nos individualités est une sorte de dégradation passagère.

 

Or, il existe dans l'Antiquité, sans parler de la gnose, une forme chrétienne, et orthodoxe, de platonisme : l'enseignement d'Origène. Alors le platonisme y est fortement nuancé par l'héritage biblique, mais on y trouve de façon très précise cet élément du platonisme : la préexistence des âmes. Nos âmes ont été créées à l'origine bonnes et sont déchues dans des corps suite au péché originel, corps dont il s'agit d'être rachetés dans la foi, puis dans la résurrection, l'accession à des corps spirituels, comme le dit la 1ère épître aux Corinthiens. Et ce passage à la sphère paradisiaque, la traduction latine du traité des principes d'Origène (l'original grec étant perdu) l'appelle "in animam verti" (littéralement "changements en âme"), ce qui correspond à la notion grecque de "métempsycose". Point de réincarnation en tout cela, on le voit, mais il se trouve que certains moines origéniens ont été condamnés au IIe Concile de Constantinople, en 553, pour y avoir adhéré, si l'on en croit le Concile. L'idée de préexistence aurait permis de glisser à la croyance.

 

C'est là qu'on revient au catharisme. On sait aujourd'hui que les cathares sont les tenants, au Moyen Âge, d'une forme plus ancienne de christianisme, de type origénien justement, avec un large courant qui professe explicitement la préexistence des âmes, précisément. C'est sans doute un des éléments qui les a fait définir comme dualistes : un monde céleste, d'où nous sommes déchus, opposé à un monde terrestre où nous sommes en exil. Toujours est-il que du coup, la croyance à la transmigration a pu se développer. Comme éventuellement pour les moines origéniens condamnés à Constantinople, rien n'empêche en effet qu'on ait pu admettre chez certains cathares tardifs, que cette âme préexistante revête plusieurs corps successifs, pour une fonction proche finalement de celle que revêt dans le christianisme catholique d'alors, le purgatoire. Il se trouve qu'on est alors aux XIIIe-XIVe siècles, et qu'on a vu apparaître alors un parallèle de cette idée dans le judaïsme kabbalistique...

 

 

Il faut souligner que l'on est avec tout cela en présence d'une approche mythique, cela dit sans nuance péjorative, soulignons-le encore. On est en présence d'autant de tentatives d'approcher des réalités pressenties, mais qui échappent à notre capacité de cerner les choses, de saisir, de conceptualiser. On est en présence de réalités auxquelles on n'accède que par un travail de l'imagination. Cela vaut pour notre réalisation de ce qu'il y a un parallèle entre une notion comme celle du purgatoire, et l'idée de réincarnation. Travail de l'imagination pour aborder, en image donc, ce qui en soi échappe à l'image.

 

***

 

Il y a, par ailleurs, dans la tradition mystique de l'islam, le soufisme, où, en général, on ne croit pas à la réincarnation, une notion parallèle très importante concernant pour le coup, le monde de la résurrection. Il s'agit de la notion de "monde imaginal", selon la traduction effectuée par Henry Corbin, ce grand spécialiste de l'islam et de sa mystique, traduction à partir du latin médiéval mundus imaginalis de ce qui est en arabe le 'alam al-mithâl, le monde intermédiaire - intermédiaire en l'occurrence entre les réalités matérielles d'ici-bas, accessibles à nos sens, et les réalités purement spirituelles qui nous échappent totalement, puisque nos intelligences ne fonctionnent qu'à partir de nos sens. Des mystiques musulmans du Moyen Âge, comme Sohrawardi ou Ibn 'Arabi, ont ainsi conçu l'idée d'un monde intermédiaire entre celui des sens et celui de l'Intelligence pure, Dieu, un monde intermédiaire accessible à l'imagination, non pas un monde imaginaire, mais un monde imaginal, c'est-à-dire un monde qui existe réellement, contrairement à ce qui serait un monde imaginaire. C'est le monde des corps subtils, corps spirituels ; monde intermédiaire, où s'opère la création, où les idées pures de Dieu revêtent une forme qui va se réaliser dans la matière, monde où s'opèrent les miracles, et monde, donc, de la résurrection.

 

Ce monde réel est donc accessible à notre pouvoir imaginatif, sans lequel de toute façon ce qui est hors matière nous demeurerait parfaitement inaccessible, dans la mesure où nous ne pensons qu'au moyen d'images. Mais tandis que l'imaginaire est dévoiement de ce pouvoir, en ce qu'il ne conduit nulle part, ou qu'il ne conduit qu’à des images sans correspondance réelle, le monde imaginal est un monde réel accessible à cette même faculté imaginative, comme un lieu carrefour, espace de rencontre entre notre monde et celui de Dieu. C'est là, soulignons-le, que sont, dans cette perspective, les corps de résurrection.

 

La rencontre entre le monde céleste et le monde matériel, s'y fait, pour notre imagination, dans le mythe. Car nos soufis, influencés par la tradition persane zoroastrienne, le sont aussi par le platonisme. En effet pour le platonisme, c'est dans le mythe qu'a lieu le point de contact entre le monde des Idées et celui de la matière. Le mythe n'est pas à prendre à la lettre, comme s'il décrivait une réalité matérielle ; il n'est est pas moins porteur d'une vérité à laquelle donc il donne accès, comme au travers d'un miroir, dirait Paul. C'est ce monde que l'on rejoint dans la résurrection.

 

On a donc un monde des idées pures - idées éternelles -, un monde inaccessible aux êtres de sens que nous sommes ; et une matière brute qui n'aurait pas de sens hors l'intelligence qui l'oriente, l'idée que Dieu en a en quelque sorte, et un troisième monde, intermédiaire, où ce sens se forge, imaginal, matière dans l'esprit, esprit dans la matière, où nous sommes, êtres humains, êtres de sens et intelligents à la fois, les témoins, dont nous sommes les ministres, et les destinataires dans la résurrection. Monde autre toutefois que celui l'on se réincarnerait, qui lui est notre monde de sens, organique. Ici, on est dans le monde angélique, dans l'autre siècle, le siècle à venir, pour le dire dans les termes du Nouveau Testament.

 

 

L'âme a été perçue comme immortelle dans l'essentiel du monde méditerranéen antique, ce monde de culture grecque. Sauf chez quelques-uns comme les Épicuriens qui optaient pour penser qu'après la mort, il n'y a plus rien. C'était leur façon à eux d'affronter la mort dans la sérénité : avant la mort, il n'y a pas de mort, on vit ; après la mort, il n'y a plus de pensée pour craindre encore quoique ce soit : la mort n'a donc pas à être redoutée. Mais à part ce courant, en fonction de notre conception des Idées, ou des formes pures mathématiques, on croit donc sous une forme ou une autre à l'immortalité de l'âme. Le monde juif et chrétien n'a évidemment pas échappé à la pensée ambiante.

 

Point de réincarnation à l'époque, au sens où on l'entend aujourd'hui, puisque cette croyance ne date que du XIXe siècle ; mais partage de l'idée d'une âme immortelle, cela en parallèle avec la croyance à la résurrection des morts. Le partage d'une conception épicurienne de la mortalité totale de l'âme avec celle de la résurrection est moins bien attesté. Cette croyance prisée aujourd'hui, qui est même parfois réputée biblique, me paraît aussi assez moderne. Le shéol de la Bible n'est pas la mortalité épicurienne, même si pour certains philosophes juifs, peut-être de la mouvance sadducéenne - si on en croit ce que disent d'eux leurs adversaires pharisiens ou chrétiens -, ont pu s'en rapprocher en se réclamant par exemple, à tort ou à raison, de l'Ecclésiaste. La croyance majoritaire, qui accompagne celle de la résurrection, reste probablement celle de l'immortalité. L'historien Josèphe en témoigne clairement, mais aussi, concernant le christianisme, divers propos du Nouveau Testament.

 

Tôt ou tard, devait donc apparaître la question de la compatibilité de cette croyance avec celle de la résurrection. Et comme celle de la résurrection est, elle, très clairement attestée, comme, de plus, elle a souvent été comprise de façon assez matérialiste, résurrection ou immortalité ne pouvaient pas ne pas en venir à être reçues comme une alternative (qui rejoint d'ailleurs celle qui est entre réincarnation et résurrection) : ou l'une ou l'autre. Et c'est souvent ainsi qu'on perçoit de nos jours immortalité de l'âme et résurrection des corps. Une alternative, ou bien deux temps successifs : une âme immortelle, qui après la mort du corps, attend la résurrection. C'est là sans doute la conception majoritaire du christianisme. C'est d'ailleurs dans ce temps intermédiaire entre la mort et la résurrection qu'a pris place le purgatoire. Ce peut-être pourquoi Luther a fini par pencher pour la mortalité de l'âme. Ce en quoi le protestantisme, dans sa majorité, ne l'a pas suivi.

 

On a parlé du monde imaginal dans le soufisme, le monde des corps subtils et de la résurrection, corps spirituels. On a peut-être là une solution. Liée à ce que l'on ne peut concevoir d'être humain, d'être pensant, que dans le cadre de la faculté imaginative. On ne pense pas, en effet, on l'a dit, sans cet intermédiaire. Or, la faculté imaginative participe de la dimension sensorielle de nous-même, donc corporelle. Nos sens sont la dimension corporelle par laquelle nous sommes reliés au monde. Nous en recevons l'information qui fait de nous des êtres pensants. D'où, à y réfléchir, l'immortalité n'est concevable finalement que comme résurrection, pas forcément matérialiste, mais sensorielle, d'une façon ou d'une autre, à savoir, au minimum, imaginale. C'est où l'immortalité de l'âme revêt forcément une dimension résurrectionnelle, un revêtement imaginal.

 

Et finalement on est très proche de l'interrogation que posait l'école d'Aristote à celle de Platon - qui est, on le sait, un moment essentiel dans la réception de l'immortalité de l'âme. Mais l'école d'Aristote interrogeait celle de Platon en ces termes : les Idées éternelles, parmi lesquelles l'âme immortelle, peuvent-elles exister en dehors de la matière où elles se réalisent ? Ou en tout cas, peut-on, nous, les concevoir en dehors de la matière où nous les percevons ? C'est ainsi que chez les aristotéliciens chrétiens du Moyen Age, au premier rang desquels Thomas d'Aquin, on définissait l'âme comme la structure du corps, la structure inscrite dans la pensée de Dieu. Dieu qui nous fait advenir comme êtres humains, dans le corps qui reçoit cette structure. Idem de la résurrection. La même structure qui nous fonde dans ce temps, nous fait advenir à nouveau dans la résurrection. C'est ainsi que la résurrection est corporelle, sans qu'il soit besoin d'aller imaginer un remodelage des éléments de matière devenus pour leur part pissenlit ou tragique pourriture [2].

 

Le dilemme résurrection/immortalité n'est pas sans ressemblance avec le dilemme résurrection/réincarnation. On vient de voir rapidement comment ce dilemme-là a été à peu près résolu. Celui-ci est tout de même un peu plus difficile à résoudre, mais si l'on considère la kabbale, il n'est peut-être pas insoluble. Il reste que les deux notions renvoient à deux attentes qui elles, sont fort dissemblables : retour en ce monde, dont on a vu qu'il n'est pas sans rapport avec une sorte de purgatoire, en tout cas si l'on est optimiste. Parce que faire retour en un monde où Auschwitz a réellement existé, est-ce simple purgatoire, n'est-ce pas déjà l'enfer ? Les cathares se posaient déjà de telles questions. Retour en ce monde, donc, pour la réincarnation, accession à un monde libéré, sauvé, racheté, pour la résurrection,... genre de Nirvana, peut-être, emportant l'esprit et les sens dans leur réintégration imaginale...

 

 

R.P.

 

 

 

_____________________________

[1] Voir mon livre : R. Poupin, Les cathares, l’âme et la réincarnation, Loubatières, 2000.

[2] Cette conception des choses qui résout le dilemme immortalité/résurrection peut pour le même coup résoudre la question de savoir ce qu'il en est du temps intermédiaire imaginé entre la mort et la résurrection. Si l'on pense à la dimension subjective, liée à nos sens, de notre conception du temps, de l'espace, et de leur relation, notre faculté imaginale peut nous faire percevoir comment subjectivement, la résurrection suit immédiatement la mort, comme le réveil suit immédiatement l'assoupissement pour celui qui dort, comme le dit Paul, tandis que le temps continue à s'écouler interminablement pour celui qui veille.

 

 

 

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«L’essentiel est invisible pour les yeux»

Par rolpoup :: samedi 03 mars 2007 à 9:55 :: Entre temps

 

 

 

 

 



« L’essentiel est invisible pour les yeux » 

Amour de Dieu, amour humain

 

 

 

 

Distinction, choix : ce sont les premiers mots que je suis tenté d'employer pour parler de la notion en question. Amour. Contentons-nous tout d’abord de ce mot-là, de cette traduction-là du terme agapè employé le plus souvent par le Nouveau Testament pour parler de ce que l’on rend communément par « amour », avant d’aller plus loin.

 

Voyons donc cette idée de distinction, de choix : aimer apparaît aisément comme relevant d’un choix, au sens où l’on pense d’emblée qu’il signifie qu’on n’aime pas n’importe qui (un genre de tri, donc) ; et un choix dont on perçoit peut-être aussi d’emblée qu’il nous dépasse. Ainsi, ce qui vient communément à l’idée est que l’on « choisit » malgré soi l'autre à aimer (voilà qui semble fortement limiter la portée de l’amour — à un cercle limité — voire exclusif, par exemple si on l’applique au couple).

 

Et puis apparaît en outre dans un deuxième temps que face à l'autre, pardonner tout, tolérer tout, comme le dit l'Apôtre Paul, faire confiance en tout, ne pas s'enorgueillir ou faire le fier, etc., tout cela est un choix concret à renouveler sans cesse. On voit bien que sans cela, les choses se dégradent. Dès lors, aimer, pour être viable, suppose un sous-bassement qui perçoit l’autre comme... pour le moins, précieux, un être « cher ». Ce qui permet d’aller un peu plus loin.

 

Au-delà de tout cela, et c’est évidemment par là qu’il faut commencer, le premier choix est celui de Dieu : « nous aimons Dieu parce qu’Il nous a aimés le premier », rappelle la 1ère épître de Jean (1 Jn 4,19), Il nous a aimés comme ayant du prix « à ses yeux ». Avant que nous ne le cherchions, Il nous a cherchés ; avant que nous ne le connaissions, Il nous a connus ; avant que nous ne venions à lui, Il nous a appelés.

 

L'amour, celui de Dieu d’abord, puis en second celui qu’il nous est donné de vivre, est quelque chose qui choisit, qui distingue, qui reçoit l'autre comme être de choix, qui est cher, digne d’être chéri — où l’on trouve ce « chérissement » que signifie originellement le mot « charité » qu’utilisaient les anciennes traductions pour rendre le mot grec agapè. Hélas les mots finissent par s'user...

 

Pour « charité » comme pour ce mot que j’ai employé pour tenter d’en qualifier la nature, « distinguer » : cela me rappelle ce romancier alors étranger (Milan Kundera), qui, publiant en France pour la première fois, s'imagine que la secrétaire de sa maison d’édition qui lui écrit est amoureuse de lui : pensez, elle lui envoie "ses salutations distinguées". Distinguées, choisies. Lui choisi ! Plus tard, il découvre que non : le mot est usé. C'est comme l'amour : quel mot tarte à la crème ! On emploie le même pour la tarte à la crème, justement, un film à la télé ou son conjoint ! Eh bien l'amour dont il est question dans notre texte n'a rien à voir avec cela. C'est le même mot que celui qui a donné "cher" : "cher Untel, chère Unetelle". Et qui veut aussi dire précieux, choisi...

 

Rien à voir avec l'amour vague, l'amour guimauve, qui n'a rien de concret ; qui veut qu’on aime en général, parce qu'on est sympathique, parce qu'on doit aimer son prochain comme soi-même…

 

Façon étrange de concevoir l'amour, et qui n'est pas du tout ce qu'en dit la Bible, bien sûr, même si elle appelle à aimer tout prochain.

 

Pour retrouver en cela la dimension élective, sélective, dont on a parlé, l'amour suppose la conversion du regard, un regard toujours renouvelé, pour découvrir ce qu'il y a d'unique dans l'autre à aimer. Il est tout sauf tarte à la crème. Il est choix (mais choix qui nous dépasse, qui dépasse les « raisons » pour lesquelles on le choisirait), il est d'abord choix de Dieu, choix par Dieu qui donne à percevoir l'autre comme précieux. C’est ce sens qui est derrière cette proposition d’explication par Paul dans son fameux passage de la 1ère Épître aux Corinthiens (1 Co 13 – voir ci-dessous), du mot agapè qui est dans notre passage. L’idée de charité au sens de cherté, sens de ce qui est précieux, « chérissement » donc, rend très bien le mot agapè expliqué par l’Apôtre comme relevant de l’invisible, de ce qui précède l’élan qu’il suscite. Fondement du don, et du don de soi, et donc plus que ce don-là, selon ce que dit Paul dans ce passage : si je me donne moi-même mais sans ce « chérissement », quel sens cela a-t-il ?

 

Ainsi, en premier lieu, l'amour n'est pas quelque chose de général et interchangeable. Il est don et choix, choix reçu comme un don.

 

Ensuite, pour être encore plus concret, pour que cela se réalise, l'amour s'inscrit indirectement dans des commandements : être patients, humbles (pardonner tout)... À ce point le préjugé généraliste est encore plus bousculé. Comme aimer est perçu souvent comme quelque chose de vague, aimer est aussi perçu comme quelque chose qui ne se commande pas, quelque chose sans loi. D'ailleurs ne le dit-on pas expressément : l'amour ne se commande pas. (C’est vrai de l’amour désir, certes : on y vient.)

 

C'est cet oubli de ce qu’il a de concret qui fait que l'amour est transformé en quelque chose de non seulement vague, mais aussi vaguement sentimentaliste. J'aime parce que je le sens. C'est comme ça (avec ce que cela induit de limitatif). Ici, en général, on est plutôt d'accord avec l'idée de choix, qu'on ne nommera certes pas comme cela. Mais puisqu'on aime comme on sent, on aime qui on sent quand on le sent. L'amoureux à sa fiancée : aujourd'hui je t'aime je le sens, si demain je le sens assez fort je t'épouse ; si après demain je ne le sens plus, je te quitte.

 

Et c'est là que se laisse deviner le fait que les choses sont moins simples que prévues ; contrairement à ce que l'on dit qu'il ne peut point y avoir de commandement dans l'amour. Quand on pense cela, c'est qu'on croit que l'amour est sentir, mais pas agir. Les faits semblent dire l'inverse : aimer, c'est agir, construire, être attentif à une démarche, entrer dans une démarche de liberté. Cela s'appelle un commandement. C’est d'ailleurs ainsi que Jésus le dit à ses disciples : ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. Ici, l'amour se commande. Le commandement d'amour fait lever, fait aller vers autrui. Fait s'engager. Et le chemin est continu. L'amour est mouvement vers l'autre, l'amour est dans le commandement accompli d'aller vers, recevoir jour après jour l'autre comme précieux et choisi par Dieu. L'amour ici consiste à laisser l'autre devenir soi-même.

 

Commandement et choix, tel est l'amour selon l'Évangile. À ce point, on est à des années-lumière de la guimauve indifférenciée. Aimer est choisir, aimer se commande, comme un mouvement que l'on doit entreprendre. Ce commandement-là permet de saisir ce qu’il en est de l’usage normatif de la Loi. Il s’agit de la Loi comme injonction. Injonction à devenir, c’est-à-dire à devenir en relation.

 

Se sachant choisi par quelqu'un venu vers nous — il est venu chez les siens —, en qui Dieu lui-même est présent de façon cachée, caché et nous choisissant : Dieu qui nous envoie pour que nous devenions nous-même en allant vers l'autre, l'amour est alors ce qui fait devenir l'autre et soi-même comme quelqu'un d'unique, et qui nous dévoile en retour comme éternellement unique. L'amour est ici toujours réciprocité multipolaire et élective, jamais à sens unique.

 

Point de fruit dans un amour à sens unique. Or nous sommes choisis pour aller, aller vers, aller hors de — comme Jésus est allé hors de. C'est tout le mouvement de l'envoi de Jésus par le Père qui se poursuit dans l'Église. Aller, ce qui est déjà porter du fruit, dans la fécondité de la rencontre. Promesse extraordinaire, qui est dans ce choix qui s'accomplit en entrant dans le commandement qui le réalise ; et qui porte le fruit qui fait pousser le monde vers le Royaume de Dieu, immanquablement.

 

Tout un programme, « chérissement », voir autrui devenir toujours plus précieux.

 

Ce qui permet évidemment de mettre en doute la pertinence de la traduction « moderne », par « amour » donc, de ce mot qui était antan traduit par « charité », devenu insupportable.

 

Voyons donc le mot amour. C’est la transcription française d’un mot latin, amor, qui traduit « le désir », en grec « éros », non pas tant au seul sens littéraire moderne, comme fondement d’une « érotique », mais en un sens plus vaste, disons religieux, voire mystique. C’est l’usage que fait Platon de ce mot : le désir de Dieu, le désir de la perfection — qui me manque —, devenu plus tard et paradoxalement le désir de l’infini, éventuellement signifié dans « la Femme » et sa manifestation passagère dans « une femme ». On connaît toute la mythologie courtoise, largement au fondement de l’érotique comme des théories romantiques de la matrimonialité.

 

C’est cette notion-là que rend le mot amour ; bien plus passionnante que la froide « charité » en son sens usé. Or cette usure est sans doute fatale dans la confusion que l’on entretient entre désir de ce qui manque d’un côté — éros — et don de soi de l’autre — agapè.

 

Si les choses sont bien ainsi — prendre opposé à donner — l’usure de « charité », c’est-à-dire, ne nous y trompons pas, l’usure d’agapè, est fatale. Rien de plus triste que ce devoir du don face à la passion de ce qui est — au moins momentanément — infiniment désirable.

 

« La charité, M’sieur dames ! » Ou, en d’autres termes : « vous devez me donner ». L’amour, le vrai est don ! Et tant va le don à l’eau qu’à la fin il s’use et devient plus ou moins synonyme de pitié ! On sait qu’on en est là.

 

La cause n’est pas à chercher ailleurs que dans cette opposition entre le désir d’un côté, dont on perçoit bien qu’il est passionnant, ayant sa source dans l’infiniment désirable, Dieu ultimement, comme pour Platon — et le don de soi de l’autre côté, dont on ne voit pas la raison…

 

… Sauf à découvrir que l’agapè n’est pas tant le « don de soi » que le fondement qui le permet : ce n’est rien d’autre que ce qu’écrit Paul : si je me donne et que je n’ai pas la charité, l’agapè, je ne suis rien… L’agapè est donc autre chose, ou plutôt quelque chose en dessous — « quelque chose qui est invisible pour les yeux » mais qui donne son prix, qui ouvre sur le don, qui sinon est non seulement triste, mais, en termes modernes, psychanalytiquement douteux. Quel est en effet le moteur de ce « don de soi », prétendu gratuit, que serait l’agapè ? Ce qui est en dessous est décisif.

 

Eh bien, en fait, l’agapè est quelque chose en dessous. C’est là ce qui explique que le mot est aussi employé pour Dieu : tu aimeras le Seigneur ton Dieu. A-t-on quelque chose à donner à Dieu de qui viennent toutes choses ?

 

 

La réponse est dans la question ! C’est même carrément la trace de Dieu en laquelle se source le chérissement qui ne périt jamais. Et qui permet d’approcher le paradoxe qui veut que « Dieu est amour — agapè ».

 

Signe d’infini que cet agapè. Il n’est donc pas si étranger que cela à l’éros de Platon auquel il est peut-être mal venu de l’opposer tout comme il est mal venu d’y opposer la philia d’Aristote. Pour Aristote (voir son Éthique à Nicomaque), la philia, l’amitié trouve plusieurs fondements pour être ce qu’elle est, partage : partage de ce que j’ai, mais que l’autre n’a pas, dans un échange avec ce qu’il a, mais que je n’ai pas (ici on rejoint l’éros). Ou partage de goûts communs, de ce que l’on a en commun, et qui ne manque donc pas. Le mot philia est dans le Nouveau Testament, employé par Jésus pour parler du cœur de sa relation avec ses disciples. Il y a là quelque chose qui relève de l’accomplissement de l’agapè en partage (Jean 20 et les trois questions de Jésus à Pierre : m’aimes-tu — deux agapè et un philia — pour une réciprocité octroyée par Jésus pour la confiance de Pierre).

 

Il n’y a pas lieu d’opposer tous ces termes, mais à se demander pourquoi ces deux derniers, et plus souvent agapè, ont été choisis par les auteurs du Nouveau Testament pour traduire l’amour de Dieu selon la Torah. « Tu aimeras Dieu et ton prochain » — bha — ahèb. Le choix de agaph — agapè — en grec du Nouveau Testament n’est pas indifférent pour rendre cette notion, qui signifie au plus près « chérir ». Cela en un sens qui est très englobant, puisqu’il inclut jusqu’à l’amour au sens de éros : agapè en effet est utilisé par la traduction grecque des LXX du Cantique des Cantiques.

 

Paul aux Corinthiens, 1 Co 13, nous donne sans doute un élément de la raison du choix de ce mot grec. Ce chérissement est comme le frémissement qui est dans la matricialité originelle de Dieu préparant la venue de la création tandis que l’Esprit, matriciel, planait à la face des eaux.

 

Agapè, chérissement, comme fondement, sous jacent, avant même éros, le désir, ou l’amour, qu’il suscite, et qui se rencontre dans l’amitié, philia, qui en est le partage. Mais l’agapè est avant tout, qui ne périra jamais, comme la substance qui sous-tend le monde : « l’essentiel est invisible pour les yeux » !

 

 

1 Corinthiens 13

1  Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges, s'il me manque l'amour, je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.

2  Quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et de toute la connaissance, quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien.

3  Quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, je n'y gagne rien.

4  L'amour prend patience, l'amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil,

5  il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune,

6  il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité.

7  Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.

8  L'amour ne disparaît jamais. Les prophéties? Elles seront abolies. Les langues? Elles prendront fin. La connaissance? Elle sera abolie.

9  Car notre connaissance est limitée, et limitée notre prophétie.

10  Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli.

11  Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Devenu homme, j'ai mis fin à ce qui était propre à l'enfant.

12  A présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors, ce sera face à face. A présent, ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu.

13  Maintenant donc ces trois-là demeurent, la foi, l'espérance et l'amour, mais l'amour est le plus grand.

 

 

R.P.

 

 

 

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Incarnation (1)

Par rolpoup :: mardi 20 février 2007 à 8:08 :: Entre temps

 

 

 

  

 



La parole faite chair

 

 

 

 

Selon la Bible, la Parole est au commencement de toute chose, de tout ce qui existe. De même — c'est le message du début de l’Évangile de Jean — elle est à nouveau au recommencement de toute chose, pour une nouvelle création, le monde de la résurrection, que l’Évangile de Jean appelle la vie.

 

Dieu dit, et la chose se produit, le monde existe, nous existons, et en premier la lumière — première parole : « que la lumière soit ». C'est de cette Parole qu'il est à nouveau question au début de l’Évangile de Jean. Une lumière qui est avant toute lumière : cette lumière-là est « la vraie lumière, qui éclaire tout homme venant dans le monde ».

 

C’est cette Parole de lumière qui vient en Jésus, cette Parole qui est faite chair en Jésus, qui existe avant toute chose.

 

Et c’est encore cette même Parole qui nous fait venir à l'être qui peut aussi nous faire venir à la vie de Dieu, pour la résurrection à la vie, pourvu que nous l'accueillions.

 

Car la création, dès lors qu'elle ne reçoit pas cette Parole par laquelle elle existe, n’est pas dans la « vie nouvelle », vie de résurrection, que porte la lumière, mais dans les ténèbres : c'est cette Parole qui sépare la lumière d'avec les ténèbres. Parole, et lumière. Souvenons-nous : « ta Parole est une lampe à mes pieds, une lumière sur mon sentier » (Psaume 119, 105).

 

Mais « ceux qui ont reçu cette Parole ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». C’est recevoir la Parole venue en Jésus et qui fait accéder à la vie de résurrection.

 

Face à cela, les ténèbres naturelles sont le signe qu'il y a une limite à l’effet de la lumière : ne pas l'accueillir. Ne pas accueillir la lumière dans laquelle nous venons à l'être, c’est rester dans les ténèbres — en manque de vie de résurrection.

 

Mais dans cet accueil est le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Juste par l'accueil, dans la foi, de cette Parole et de sa lumière. C’est pour cela qu’elle est venue en Jésus-Christ, pour être dévoilée, manifestée. Jésus fait ainsi connaître celui que seul il connaît comme un fils connaît son Père, Dieu. Cette Parole est ainsi appelée aussi le Fils unique de Dieu — en qui est le pouvoir de devenir enfants de Dieu à notre tour pour nous conduire à la résurrection, la vie.

 

 

R.P.

Fil des jours,

nov.-déc. 2006

 

 

 

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Incarnation (2)

Par rolpoup :: mardi 20 février 2007 à 8:06 :: Entre temps

 

 

  

 

 



Le mythe devenu fait

 

 

 

 

Dieu est très proche de nous, nous sommes loin de lui. Alors il s’est approché de nous.

 

Un chrétien anglican du XXe siècle, C.S. Lewis, l’auteur du conte de Narnia, devenu un film célèbre, a écrit un essai qui s'appelle « Le Mythe devenu Fait ».

 

Qu’est qu’un mythe ? — C’est une histoire imaginaire qui porte des vérités.

 

Prenons un des mythes de Noël les plus connus : celui du Père Noël. Qu’est-ce qu’il dit ce mythe ? — Qu’il est possible de donner secrètement et gratuitement, par amour.

 

On peut aborder les choses sous d’autres angles. Sous l’angle de la lumière, « le Mythe de la Caverne », par exemple, écrit par Platon, parle d’un homme venu de la lumière et qui descend dans la nuit d’une caverne pour y porter la lumière aux hommes dans la nuit.

 

Voilà que ce mythe est devenu réalité à Noël : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne meure pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). C’est le grand cadeau de Noël. Dans la nuit de notre hiver — comme l’hiver perpétuel du mythe de Narnia — descend celui qui est la lumière du monde.

 

Un chrétien célèbre qui vivait aux IV-Ve siècles, connaissait bien les livres de Platon. Ce chrétien s’appelait Augustin, plus connu comme saint Augustin.

 

Voici ce qu’écrit Augustin — Confessions, livre VII, ch. 9 — :

« Dans plusieurs livres platoniciens, j’ai lu, non en propres termes, […] "qu’au commencement était la Parole ; que la Parole était en Dieu, et que la Parole était Dieu; qu’elle était au commencement en Dieu, que tout a été fait par elle et rien sans elle : que ce qui a été fait a vie en elle ; que la vie est la lumière, des hommes, que cette lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l’ont point comprise." Et que l’âme de l’homme, "tout en rendant témoignage de la lumière, n’est pas elle-même la lumière, mais que la Parole de Dieu, Dieu lui-même, est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ;" et "qu’elle était dans le monde, et que le monde a été fait par elle, et que le monde ne l’a point connue. Mais qu’elle soit venu chez elle, que les siens ne l’aient pas reçue, et qu’à ceux qui l’ont reçue elle ait donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en son nom ;" c’est ce que je n’ai pas lu dans ces livres. J’y ai lu encore : "Que la Parole-Dieu est née non de la chair, ni du sang, ni de la volonté de l’homme, ni de la volonté de la chair ; qu’elle est née de Dieu." Mais "que la Parole se soit faite chair, et qu’elle ait habité parmi nous (Jean, I, 1-14)," c’est ce que je n’y ai pas lu. »

 

À présent, en Jésus, le mythe est devenu fait. Le même Augustin pourra alors dire : « Deus intimior intimo meo » — ce qui veut dire : Dieu est plus proche de moi que je ne suis proche de moi-même.

 

Dieu est très proche de nous, nous sommes loin de lui. Alors il s’est approché de nous…

 

 

R.P.

Fil des jours,

déc. 2006 - janv 2007

 

 

 

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Un Dieu...

Par rolpoup :: mercredi 14 février 2007 à 7:51 :: Entre temps

 

 

 

 

 



... absent et sourd ?

 

 

 

 

Luc 18, 1-8 :

1  « Jésus leur dit une parabole sur la nécessité pour eux de prier constamment et de ne pas se décourager.

2  Il leur dit: ''Il y avait dans une ville un juge qui n’avait ni crainte de Dieu ni respect des hommes.

3  Et il y avait dans cette ville une veuve qui venait lui dire: Rends-moi justice contre mon adversaire.

4  Il s’y refusa longtemps. Et puis il se dit: Même si je ne crains pas Dieu ni ne respecte les hommes,

5  eh bien! parce que cette veuve m’ennuie, je vais lui rendre justice, pour qu’elle ne vienne pas sans fin me casser la tête.''

6  Le Seigneur ajouta: ''Ecoutez bien ce que dit ce juge sans justice.

7  Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit? Et il les fait attendre!''

8  Je vous le déclare: ''il leur fera justice bien vite. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?'' »

 

 

Pour obtenir quelle justice les élus crient-ils à Dieu nuit et jour (Luc 19, v. 7) ? Car c’est donc bien finalement d’eux qu’il est question dans cette affaire de veuve. Élus c’est-à-dire en bref : peuple en mission.

 

 Voilà qui donne une connotation qui vaut de n’être pas négligée : élus/veuve. Au-delà du fait que les veuves, en un temps sans protection sociale, sont le plus souvent dans un dénuement total, le parallèle élus/veuve éveille un soupçon redoutable. Si en effet la métaphore matrimoniale est constante chez les prophètes, qui connote peuple de Dieu et épouse de Dieu, ne voilà t-il pas une parabole pouvant suggérer comme une apparente… mort de Dieu ?! Ou au moins une absence : c’est là un des thèmes de l’exil.

 

Revenons aux élus : élus, c’est-à-dire invariablement, élus pour un envoi. Peuple en mission : voilà qui évoque, on le sait, une autre des interprétations de l’exil. Mission, car que ressort-il de l’exil ? — : que le Nom de Dieu se diffuse parmi les nations. Ce qui n’atténue que partiellement le mystère de l’exil. Quid de son motif historique ? — : « ce sont vos péchés qui vous éloignent de moi » disait Ésaïe (59, 2). Ainsi, il y aurait un éloignement par rapport à Dieu. Se serait-il absenté ? — comme le suggèrent nombre d’autres paraboles évangéliques…

 

Reste que pour la veuve — image, pour lors, d’Israël en exil, coupée de son Dieu — l'attitude du juge demeure incompréhensible, et ne trouve surtout pas dans la parabole d'explication par quelque manquement. Mais l’exil historique est censé pourtant avoir pris fin ! Eh bien précisément : voilà l’exil devenu le signe historique d'un exil plus fondamental : l'exil dans le malheur, la douleur, et le péché. Et au-delà de toutes les rédemptions, c'est de la rédemption de cette captivité-là que Jésus se veut porteur.

 

On sera tenté de dire : ces maux-là qui adviennent, incompréhensibles, l'auteur n'en serait-il pas le diable ? Ce serait certes une façon commode d'excuser Dieu, commode, mais courte, trop commode : Dieu serait-il impuissant face au diable ? Ce n’est pas ce que suggère Jésus, qui renvoie, via le juge agacé, non pas au diable, mais à Dieu. Où notre parabole garde tout son poids et son mystère. Il est des choses qui nous semblent bien étranges, bien injustes, dignes de révolte.

 

Ce que Jésus ne nie pas. Il ne nous induit point à tergiverser face à ce qui tient finalement du scandale : ce juge est imbuvable. Il ressemble au Dieu qui nous semble muet et sourd à nos malheurs !

 

Et Jésus ne suggèrera même pas d'excuses à fournir à ce Dieu, qui reste Dieu, mais à persévérer, à requérir la justice de la foi, à même de se manifester, dans sa splendeur et sa liberté. L'exil aura son terme, l'errance au désert prendra fin…

 

Encore que : « Quand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » !

 

 

R. P.,

sur Luc 18, 1-8 –

pour Échanges — juillet-août 2006

 

 

 

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